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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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— Oui, murmura-t-il. Oui, j’écris.

Il appuya les doigts sur le papier, fit appel à toute sa puissance de concentration et projeta avec une violence désespérée sur la feuille de vélin sensible les mots que Koshmar lui avait dictés. Et, à sa profonde stupéfaction, des caractères brun foncé apparurent presque aussitôt sur le fond jaune. Il écrivait ! Il écrivait dans le Livre du Départ ! Son écriture n’était pas aussi belle que celle de Thaggoran, mais c’était une vraie écriture, nette et parfaitement lisible.

— Fais-moi voir, dit Koshmar.

Elle se pencha sur le livre, les yeux plissés, et hocha la tête.

— Oui, dit-elle, c’est bien. Tu sais donc vraiment écrire ? Petit garnement, petit fouineur, tu sais écrire !

Les lèvres pincées, elle prit fermement le livre entre ses deux mains et laissa courir son doigt sur la feuille en plissant les yeux.

— Le chef Koshmar décida alors que la tribu partirait à la recherche de Vengiboneeza, la grande cité des yeux de saphir…

La différence était minime, mais les mots que lisait Koshmar n’étaient pas tout à fait les mêmes que ceux qu’elle avait dictés à Hresh quelques instants auparavant et qu’il avait fidèlement transcrits. Comment était-ce possible ? Il tendit le cou pour regarder la page à laquelle le livre était ouvert. Ce qu’il avait écrit commençait par : Il fut alors décidé par le chef Koshmar… Était-il possible que Koshmar ne sût pas lire, qu’elle citât de mémoire ce qu’elle avait dicté ? Cela paraissait stupéfiant. Mais, après quelques instants de réflexion, Hresh songea que ce n’était finalement pas si étonnant que cela.

Au contraire d’un chroniqueur, un chef n’avait pas besoin de maîtriser l’art de la lecture.

Il fallut encore quelques instants à Hresh pour se rendre compte de quelque chose de tout aussi étonnant : Koshmar venait de lui révéler le but vers lequel la tribu marchait depuis plusieurs mois ! Jusqu’à cet instant, elle avait fermement refusé de divulguer à quiconque leur destination. Hresh était si absorbé par l’acte d’écrire qu’il n’avait prêté aucune attention à la signification des paroles de Koshmar, mais il en saisissait maintenant toute la portée.

Vengiboneeza ! songea-t-il en sentant les battements de son cœur s’accélérer.

Ils étaient à la recherche de la plus belle de toutes les cités de la Grande Planète !

J’aurais dû m’en douter, songea-t-il avec une pointe de dépit. Thaggoran lui avait dit qu’il était écrit dans le Livre de la Voie qu’à la fin de l’hiver le Peuple sortirait des cocons pour aller chercher au milieu des ruines de la Grande Planète ce dont il aurait besoin pour se rendre maître de la terre. Et quel meilleur endroit pouvait-il y avoir que l’ancienne capitale du peuple des yeux de saphir ? Koshmar y avait peut-être pensé elle aussi, mais c’est plus probablement Thaggoran qui le lui avait suggéré. Vengiboneeza ! La vie était devenue un véritable rêve !

— Alors, demanda-t-il en levant les yeux vers Koshmar. Est-ce que je suis le nouveau chroniqueur ?

— Quel âge as-tu déjà ? dit-elle en le considérant d’un air ironique. Neuf ans ?

— Pas tout à fait.

— Pas tout à fait neuf ans.

— Mais je sais lire. Je sais écrire. J’ai déjà appris beaucoup de choses, Koshmar, et, pour moi, ce n’est que le début.

— Oui, dit-elle en hochant lentement la tête. C’est peut-être le seul moyen de retenir ton attention. N’est-ce pas, Hresh-le-questionneur ? Tu vas lire ces livres. Ils répondront à une partie de tes questions et ils en soulèveront beaucoup d’autres. Tu seras si occupé que tu n’auras plus le temps de fouiner partout et de causer des ennuis à tout le monde.

— C’est moi qui ai découvert les rats-loups, le jour où j’étais parti tout seul, lui rappela Hresh.

— Oui, je sais.

— Cela montre que je peux aussi être utile.

— Peut-être, dit Koshmar.

— Ce n’es pas une blague que tu me fais, Koshmar ? Je suis vraiment le nouveau chroniqueur ?

— Oui, mon garçon, dit-elle en riant. Tu es le nouveau chroniqueur. Tu seras investi de cette fonction dès aujourd’hui, bien que tu sois encore trop jeune pour avoir fêté ton jour de baptême. Nous sommes entrés dans une ère nouvelle et tout est différent maintenant. Disons presque tout. Alors, mon garçon, qu’en dis-tu ?

Il avait réussi !

Hresh s’attela à sa nouvelle tâche avec le plus grand zèle. Il fit de son mieux pour mettre à jour le récit inachevé de Thaggoran narrant les aventures de la tribu depuis le Départ. Il s’efforça de reconstituer le calendrier afin que les rites puissent être célébrés à la date appropriée. Mais, dans la confusion ayant suivi la disparition du chroniqueur, nul ne s’était occupé de cette tâche et Hresh redoutait de ne pas avoir retrouvé le compte exact des jours, de sorte que les jours de baptême, les jours de couplage et autres événements rituels ne seraient peut-être pas célébrés à la date correcte. Il fit tout son possible pour y remédier, mais sans être persuadé d’y parvenir.

Hresh se rendait tous les jours auprès de Koshmar. Le chef s’entretenait avec lui et il consignait dans le grand livre tout ce qui lui paraissait être d’importance. Dès qu’il en avait l’occasion, il se plongeait avec délectation dans les ouvrages reposant au fond du coffret, avide de tout découvrir. Les abondants trésors de l’histoire lui procuraient une profonde volupté. Il lui faudrait peut-être consacrer la moitié de son existence à lire tous ces livres, mais il était résolu à le faire. Pris d’une soif inextinguible de connaissances, Hresh tournait les pages, les caressait, s’efforçait d’en absorber le contenu sans s’accorder le temps de lire plus de quelques lignes avant de passer à la suivante. A mesure qu’il explorait les différents ouvrages, les vérités qu’ils contenaient se brouillaient et s’enchevêtraient dans son esprit, engendrant des mystères encore plus profonds qu’ils l’avaient été avant qu’il les effleure. Mais ce n’était pas important ; il aurait tout le temps par la suite pour approfondir ses connaissances. Tout ce qu’il désirait dans l’immédiat, c’était dévorer goulûment.

Il avait décidé de porter en sautoir l’amulette de Thaggoran et ne l’enlevait ni de jour ni de nuit. Il avait eu au début le sentiment d’une étrange présence battant sourdement contre son sternum, mais il s’y était vite habitué et elle faisait maintenant presque partie intégrante de lui-même. Elle lui donnait un sentiment d’intimité avec Thaggoran et, quand il la touchait, il avait l’impression que le vieux chroniqueur lui communiquait sa sagesse.

Il reprit les ouvrages les plus anciens, ceux qu’il comprenait très difficilement, car ils étaient rédigés en une étrange sorte d’écriture sur laquelle son esprit avait beaucoup de mal à se régler. Mais en laissant courir ses doigts tremblants sur les pages racornies, il finissait par percevoir une signification, mais toujours ambiguë, elliptique, évasive. Il s’agissait de récits fragmentaires remontant à l’époque de la Grande Planète et qui évoquaient l’existence harmonieuse des Six Peuples : les humains et les hjjk, les végétaux et les mécaniques, les seigneurs des mers et. les yeux de saphir. C’était très flou, comme l’écho d’un écho lointain, mais cet écho éclatait dans son âme comme une sonnerie de clairon jaillissant de la nuit des temps. C’était, sans conteste, l’époque dorée, le faîte de la splendeur perdue de la Terre, quand la planète entière n’était qu’une fête. Hresh ne pouvait s’empêcher de trembler à l’évocation des différentes races, des multitudes d’habitants, des cités flamboyantes, des navires voguant orgueilleusement entre les étoiles. Tout cela dépassait véritablement l’entendement. Il sentait monter en lui toutes ces connaissances, aussi partielles fussent-elles, avec une telle violence qu’il craignait d’en être étouffé. Puis il avançait dans le temps jusqu’à la fin tragique de la Grande Planète, le moment fatal où les étoiles de mort commencèrent à tomber, comme il avait été prédit de très longue date. Mais comment ceux qui étaient parvenus à une telle grandeur avaient-ils pu laisser l’irréparable se produire ? Avaient-ils donc été incapables de détourner la course folle des étoiles fondant sur eux ? C’était certainement en leur pouvoir, puisque tout le reste l’était. Mais rien n’avait été fait. Il n’en était fait mention nulle part dans les chroniques qui ne parlaient que du cataclysme lui-même. Et les yeux de saphir avaient péri, car ils avaient le sang froid et ne pouvaient supporter le gel. Les végétaux étaient morts eux aussi, et pour la même raison, car ils avaient été créés à partir de cellules de plantes. Hresh avait dévoré le noble récit de la destruction volontaire des mécaniques qui avaient refusé la survie dans l’ère nouvelle qui s’ouvrait alors que cela leur eût été possible. Il lut tout, il avala tout avec ivresse.

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