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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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Plus rien ne restait de sa froideur première : il écumait. Habité d’une frénésie qui rendait presque ses propos incohérents, il trahissait sa faiblesse intérieure en perdant ainsi toute maîtrise de soi. Nous étions tous trois pétrifiés, abasourdis par la violence de ce torrent verbal mais le charme se brisa quand, emporté par le courroux, le Souvenant prit le prince par les épaules et se mit à le secouer brutalement.

— Bas les pattes, racaille ! vociféra Enric qui le repoussa des deux poings, le propulsant à l’autre bout de la pièce.

Elegro heurta un berceau volant. Trois récipients remplis de liquides brasillants s’entrechoquèrent et répandirent leur contenu sur le tapis qui émit un cri de protestation et de douleur. Elegro, étourdi, hoquetant, porta une main à sa poitrine et nous regarda, implorant notre assistance.

— Voies de fait…, balbutia-t-il d’une voix entrecoupée. C’est un crime abominable !

— C’est toi qui as porté la main sur lui le premier, dit Olmayne.

Braquant sur le prince un index tremblant, Elegro murmura :

— Pour cela, il n’y aura pas de pardon, Pèlerin !

— Ne m’appelle plus ainsi.

Enric agrippa le grillage de son masque. Olmayne poussa un cri pour essayer de l’arrêter mais rien ne pouvait contenir la colère du prince. Il arracha le masque qui tomba à terre, révélant son visage dur, ses traits cruels et acérés de faucon, les grises sphères mécaniques logées dans ses orbites et qui dissimulaient l’intensité de sa fureur.

— Je suis le prince de Roum, gronda-t-il. A terre et rampe ! A terre et rampe ! Vite, Souvenant ! Les trois prosternations et les cinq mortifications !

On eût dit qu’Elegro s’effritait. Il dévisagea le prince avec incrédulité puis s’affaissa et avec une sorte d’étonnement machinal accomplit le rite d’obéissance devant l’homme qui avait séduit sa femme.

C’était la première fois que le prince révélait son rang depuis que Roum était tombée et la joie qu’il en éprouvait éclairait à tel point son visage mutilé que ses yeux vides eux-mêmes paraissaient briller de fierté régalienne.

— Dehors ! ordonna-t-il. Laisse-nous.

Elegro déguerpit.

Je demeurai là, hébété et tremblant sur mes jambes. Il m’adressa un courtois signe de tête.

— Si tu veux bien nous excuser, mon vieil ami, nous te serions reconnaissants de nous laisser seuls un moment.

6

Une attaque surprise met le faible en déroute mais, après, il cogite et rumine des plans. Ce fut ce qui se passa avec le Souvenant Elegro.

Hors de la présence terrifiante du prince qui s’était démasqué et l’avait chassé de chez lui, il recouvra son calme et sa cautèle. Un peu plus tard, alors que je débattais avec moi-même pour savoir si je ne devais pas prendre quelque drogue pour dormir, il me fit appeler.

Je le retrouvai dans sa cellule d’étude au niveau inférieur de l’édifice au milieu de tout l’arsenal de la confrérie : bobines et bandes d’enregistrement, lamelles de données, capsules, bonnets à pensées. Il y avait un quarteron de crânes montés en série, une brochette d’écrans terminaux, une petite hélice ornementale — bref, tous les symboles propres aux collecteurs d’informations étaient réunis au grand complet. Il étreignait un de ces cristaux absorbeurs de tension importés d’une des planètes de la Nuée, dont la teinte laiteuse vira rapidement au sépia à mesure qu’il s’imbibait des angoisses habitant l’esprit du Souvenant.

Elegro me dévisagea d’un air d’autorité faussement sévère comme s’il avait oublié que j’avais été témoin de sa lâcheté.

— Connaissais-tu l’identité de cet homme quand tu l’as conduit à Perris ? me demanda-t-il.

— Oui.

— Tu n’as rien dit.

— On ne m’a rien demandé.

— Sais-tu à quels risques tu nous as tous exposés en nous faisant accorder asile à notre insu à un Dominateur ?

— Nous sommes des Terriens. Ne reconnaissons-nous pas toujours l’autorité des Dominateurs ?

— Plus maintenant. Toutes les autorités d’avant la conquête ont été abrogées par décret des envahisseurs et les anciens dirigeants sont sous le coup d’une arrestation.

— Ne devrions-nous pas refuser de nous plier à de tels ordres ?

Elegro me décocha un regard énigmatique :

— Appartient-il aux Souvenants de se mêler de politique ? Nous devons obéissance aux autorités en place, Tomis, quelles qu’elles soient et quelles que soient les circonstances qui les ont amenées à exercer le pouvoir. Ici, ce n’est pas un foyer de résistance.

— Je vois.

— En conséquent, il faut nous débarrasser sur-le-champ de ce dangereux fugitif. Voici mes instructions, Tomis : tu vas te rendre immédiatement au quartier général des forces d’occupation pour faire savoir à Manrule Sept que nous avons capturé le prince de Roum et le tenons à sa disposition.

— Moi ! m’exclamai-je. Pourquoi charger un vieillard de cette commission en pleine nuit ? Un vulgaire bonnet à pensées suffit.

— Trop aléatoire. Des étrangers pourraient intercepter la communication et si la nouvelle s’ébruitait, cela porterait préjudice à la confrérie.

— Mais on pourrait s’étonner qu’on ait choisi comme messager un obscur apprenti.

— Nous sommes, toi et moi, les seuls à être au courant. Il n’est pas question que j’y aille. Donc, c’est à toi de voir le procurateur.

— Sans une recommandation, je ne serai pas autorisé à le voir.

— Tu n’auras qu’à dire à ses aides de camp que tu possèdes des renseignements permettant l’arrestation du prince de Roum. On t’écoutera.

— Dois-je citer votre nom ?

— Si nécessaire. Tu pourras dire que je garde le prince prisonnier dans mes appartements avec la coopération de ma femme.

Je faillis éclater de rire mais parvins à conserver un visage de bois devant ce couard qui n’osait même pas dénoncer lui-même l’homme qui l’avait cocufié.

— Le prince finira par comprendre la machination, objectai-je. Peux-tu légitimement me demander de trahir celui qui a été mon compagnon pendant tant de mois ?

— Il ne s’agit pas de trahison mais de notre devoir envers les autorités.

— Je ne me sens aucune obligation à leur endroit. Je suis fidèle à la confrérie des Dominateurs. C’est la raison pour laquelle j’ai donné assistance au prince de Roum en péril.

— Les conquérants pourraient fort bien t’arracher la vie pour cela. Tu n’as qu’un seul moyen d’expier ta faute : l’avouer et contribuer à la capture du prince de Roum. Va, à présent.

Jamais au cours d’une longue vie où j’avais pratiqué l’indulgence, je n’avais éprouvé autant de mépris pour quelqu’un. Mais je n’avais pas beaucoup de solutions, et aucune n’était satisfaisante.

Elegro voulait que le séducteur de sa femme soit châtié mais il n’avait pas le courage de le dénoncer lui-même : aussi me fallait-il livrer à l’occupant un homme que j’avais pris sous ma protection et dont je m’estimais responsable. Si je refusais, peut-être que le Souvenant me vendrait aux envahisseurs comme complice (puisque j’avais aidé le prince à s’enfuir) ou qu’il se vengerait en se servant de l’appareil même de la confrérie. D’un autre côté, si j’acceptai, mon honneur serait souillé à jamais et si les Dominateurs revenaient au pouvoir, j’aurais des comptes à rendre.

Tout en examinant ces diverses éventualités, je maudissais triplement l’épouse perfide et le mari sans courage.

Devant mon hésitation, Elegro eut recours à d’autres moyens de persuasion : il m’accusait d’avoir illégalement examiné des archives secrètes et d’avoir introduit un proscrit en fuite dans l’enceinte de la confrérie, il me menaça d’une interdiction à vie qui m’empêcherait d’avoir accès aux banques de données et parla de représailles à mots couverts.

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