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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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Initialement, on n’y mettait que des êtres si dissemblables, si éloignés des normes biologiques ou psychologiques humaines, qu’il n’y avait guère de danger qu’on puisse voir en eux des « gens ». Une chose équipée de faisceaux de membres logée dans une cuve de méthane sous haute pression ne suscite pas la compassion de ceux qui seraient prêts à protester contre la mise en captivité de créatures intelligentes. Et s’il se trouve que l’amateur de méthane appartient à une civilisation complexe unique en son genre, adaptée à son environnement, on peut avancer que c’est une raison de plus pour reproduire cet environnement sur la Terre afin de permettre l’étude d’une aussi curieuse civilisation. En conséquence, les premières réserves contenaient exclusivement des échantillons bizarres. En outre, il était expressément interdit aux pourvoyeurs de capturer des représentants d’espèces qui n’avaient pas encore atteint le stade du voyage intergalactique : il aurait fait mauvais effet de kidnapper des formes de vie dont les cousins se trouvaient parmi les touristes interstellaires sur lesquels reposait maintenant pour une large part l’économie mondiale.

Le succès que rencontrèrent les premières réserves en entraîna la création de nouvelles. Les critères de sélection devinrent moins rigoureux. On ne se contenta plus de capturer des extra-terrestres totalement dissemblables et grotesques : on se mit à ramener sur la Terre les représentants de toutes les espèces qui n’étaient pas en mesure de faire des représentations diplomatiques. Plus l’audace de nos ancêtres augmentait, plus les règles s’assouplissaient, tant et si bien que les réserves finirent par compter des échantillons originaires d’un millier de planètes dont certaines pouvaient s’enorgueillir d’une civilisation plus ancienne et plus raffinée que la nôtre.

Il ressort des archives des Souvenants que l’expansion des réserves suscita le mécontentement dans bien des régions de l’univers. Les Terriens furent accusés de maraudage, de rapts et de piraterie, il se constitua des comités qui dénoncèrent notre mépris gratuit des droits inaliénables attachés à la personne des créatures douées de raison ; des voyageurs séjournant sur d’autres mondes étaient pris à partie par des indigènes hostiles qui s’attroupaient pour exiger que nous libérions sans délai tous les pensionnaires des réserves. Les protestataires n’étaient cependant qu’une minorité : la plupart des Galactiques observaient un silence gêné. Ils déploraient la barbarie de nos réserves mais ne manquaient jamais de s’y rendre lorsqu’ils venaient sur la Terre. N’était-ce pas le seul endroit où il était possible de voir en quelques jours des centaines de formes de vie provenant de toutes les parties de l’univers ? Les réserves étaient une attraction de choix, l’une des merveilles du cosmos. Par cette conspiration du silence, nos voisins se faisaient les complices d’une pratique amorale afin d’avoir le plaisir de visiter les prisonniers.

Les archives des Souvenants contiennent dans un silo à mémoire le témoignage d’une visite de réserve. C’est l’un des plus vieux documents visuels de la confrérie et j’eus les plus grandes difficultés à y avoir accès. Il fallut une intervention personnelle d’Olmayne. Bien que le bonnet soit muni d’un double filtre, la scène que l’on voit est floue mais, malgré tout, on distingue suffisamment. Une cinquantaine de créatures originaires d’un monde sans nom, au bas mot, sont parquées derrière une surface transparente concave. Leur corps pyramidal est bleu foncé avec, sur chaque pan, des zones optiques roses. Elles ont des jambes courtes et épaisses, et une paire de membres préhensiles par côté. Il est, certes, téméraire d’interpréter les sentiments intimes de créatures extra-terrestres mais il est évident que celles-ci sont habitées par un infini désespoir. Elles se déplacent mollement, apathiquement dans l’atmosphère verdâtre qu’elles respirent. Plusieurs ont leurs arêtes en contact — c’est certainement leur mode de communication. L’un des captifs semble être mort depuis peu de temps. Deux autres sont prostrés à même le sol comme des jouets au rancart mais leurs membres palpitent — peut-être sont-ils en prière. Ce spectacle est atroce. Par la suite, j’ai déniché d’autres documents analogues, oubliés dans des recoins de l’édifice. Ils m’ont beaucoup appris.

La multiplication des réserves se poursuivit au second cycle, sans entraves pendant plus d’un millier d’années, tant et si bien que tout le monde — sauf les victimes — finit par trouver logique et naturel que la Terre pratiquât ces cruautés au nom de la science.

Or, on découvrit un jour sur une lointaine planète où les Terriens n’avaient pas encore mis le pied, des êtres d’une espèce primitive comparables à nos ancêtres du premier cycle. D’aspect approximativement humanoïde, ils étaient incontestablement intelligents et d’une farouche sauvagerie. Après que plusieurs Terriens eurent perdu la vie, une expédition s’empara d’une colonie de reproducteurs qui furent ramenés sur Terre et installés dans une réserve.

Ce fut la première des deux fatales erreurs du second cycle. Au moment de cet enlèvement, les indigènes de ladite planète — son nom ne figure pas dans les archives : elle est seulement désignée par son numéro de code, H362 — n’étaient en mesure ni de protester ni de procéder à des représailles. Mais ils ne tardèrent pas à recevoir la visite d’émissaires de plusieurs mondes politiquement alliés contre la Terre. Sous l’impulsion de ces envoyés, les naturels de H362 demandèrent qu’on leur rende leurs compatriotes. La Terre refusa, arguant de la longue tolérance interstellaire dont elle avait bénéficié. Aux multiples représentations diplomatiques qui s’ensuivirent, elle répondit simplement en réaffirmant son droit d’agir comme elle le faisait en vertu de ce précédent.

Les habitants de H362 passèrent alors à l’intimidation : « Un jour, vous le regretterez, dirent-ils. Nous envahirons et conquerrons votre planète, nous délivrerons tous les captifs des réserves et transformerons la Terre elle-même en une gigantesque réserve pour tous ses habitants. »

Compte tenu du rapport de force, le défi amusa.

Les millénaires suivants, on n’entendit plus beaucoup parler des contestataires de H362. Ils faisaient des progrès rapides là-bas, dans leur lointaine province de l’univers, mais comme, selon les estimations, il leur faudrait une période cosmique entière pour constituer une menace, la Terre les ignorait. Allez donc avoir peur d’une bande de sauvages armés de sagaies !

Et la Terre se lança un nouveau défi : s’assurer le contrôle du climat de la planète.

A partir de la fin du premier cycle, on savait modifier la météo sur une petite échelle — faire éclater les nuages porteurs de pluies en puissance, disperser les brouillards, rendre la grêle moins dévastatrice. On s’était livré à certaines opérations en vue de faire fondre les glaces polaires et de fertiliser les déserts. Mais ce n’avait été que des tentatives strictement localisées qui, à de rares exceptions près, n’avaient pas eu de conséquences durables sur l’environnement.

Le second cycle se lança dans une vaste entreprise consistant à implanter d’énormes colonnes en plus de cent endroits du globe. Nous ignorons quelle hauteur elles atteignaient puisque aucune n’est demeurée intacte et que les cahiers des charges ne sont pas parvenus jusqu’à nous, mais on s’accorde pour penser qu’elles égalaient ou dépassaient les édifices les plus élevés construits jusqu’alors. Il est possible que leur altitude ait été de deux mille mètres ou davantage. Elles recelaient des dispositifs destinés, entre autres, à déplacer les pôles du champ magnétique terrestre.

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