Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
L’âme a un mouvement de recul quand on se penche sur ces temps. Et pourtant il est vrai que des cités magnifiques ont été fondées au premier cycle.
— Roum, Perris, Atin, Jorslem — et que de splendides prouesses y furent accomplies. On éprouve un sentiment de crainte respectueuse devant de tels ancêtres nauséabonds (sans nul doute), illettrés, dépourvus de machines et qui, pourtant, se sont révélés capables de s’adapter à leur univers et de le dominer dans une certaine mesure.
Le premier cycle était placé sous le signe de la guerre et de la désolation. La destruction et la création étaient presque simultanées. Les flammes dévoraient les cités les plus glorieuses et l’ordre menaçait à tout instant de sombrer dans le chaos. Comment des hommes ont-ils pu supporter une pareille situation pendant des milliers d’années ?
Une bonne partie de ce primitivisme avait disparu vers la fin du premier cycle. Enfin, l’homme disposait de sources d’énergie. On vit naître des moyens de transport proprement dit. La communication à longue distance devint possible. De nombreuses inventions transformèrent le monde en un bref laps de temps. L’art de la guerre se développait au même rythme que le progrès technologique dans d’autres domaines mais la catastrophe totale fut évitée, encore qu’en plusieurs occasions il s’en fallût d’un cheveu. Cc fut durant la phase terminale de ce cycle que l’on colonisa les continents perdus ainsi que Stralya et que furent noués les premiers contacts avec les planètes voisines de notre système solaire.
Le passage du premier cycle au second est arbitrairement fixé au jour où l’homme rencontra pour la première fois des êtres intelligents originaires de mondes lointains, c’est-à-dire, estiment les Souvenants, moins de cinquante générations après que les gens du premier cycle eurent acquis la maîtrise des énergies électronique et nucléaire. On est donc en droit de soutenir que nos ancêtres sont passés directement de la sauvagerie au contact galactique — ou, à tout le moins, qu’ils ont rapidement franchi le gouffre en quelques enjambées.
C’est, là encore, un sujet d’orgueil. Car si le premier cycle fut grand en dépit de ses handicaps, le second n’eut pas de handicaps et il fit des miracles.
Ce fut à cette époque que l’humanité atteignit les étoiles et que les étoiles vinrent à l’humanité. La Terre était le carrefour commercial où convergeaient les richesses de toutes les planètes. Les merveilles étaient chose banale. L’espérance de vie était de plusieurs siècles. On remplaçait les yeux, les cœurs, les poumons, les reins, aussi facilement qu’une paire de chaussures. L’air était pur, personne ne souffrait de la faim, la guerre était oubliée. Des machines de toutes sortes étaient au service de l’homme. Mais les machines ne suffisaient pas et les gens du second cycle créèrent des hommes qui étaient des machines — ou des machines qui étaient des hommes : des créatures génétiquement humaines mais engendrées artificiellement auxquelles on administrait des drogues les empêchant de conserver des souvenirs permanents. Ces êtres, analogues à nos neutres, travaillaient avec efficacité mais ne pouvaient édifier ce corpus de souvenirs, d’expériences, d’espérances et d’aptitudes qui est la marque de l’âme humaine. Des armées de ces créatures pas tout à fait humaines se chargeaient des mornes tâches quotidiennes, permettant ainsi aux hommes qu’elles libéraient de vivre une existence radieuse et épanouie.
Après la création des sous-hommes vint celle des super-animaux qui, par le truchement de manipulations biochimiques du cerveau, étaient capables d’activités transcendant les facultés de l’espèce : des chiens, des chats, des souris, du bétail furent enrôlés dans l’armée du travail tandis que certains primates supérieurs prenaient en charge des fonctions autrefois réservées aux humains. Grâce à cette exploitation totale de l’environnement, l’homme créa un paradis sur Terre.
La pensée atteignit les cimes. Poètes, intellectuels et savants apportèrent une admirable contribution au progrès. Des cités sublimes émaillaient la Terre. La population était immense mais il y avait cependant place pour tout le monde et les ressources étaient inépuisables. On pouvait se passer toutes ses fantaisies, quelles qu’elles fussent. De multiples recherches sur la chirurgie génétique, la mutagénétique et les produits tératogènes se poursuivaient de sorte que l’espèce humaine revêtait de nombreuses formes nouvelles. Néanmoins, il n’y avait rien de comparable aux variants de notre cycle actuel.
Des stations spatiales destinées à satisfaire tous les besoins imaginables sillonnaient le ciel en un majestueux cortège. C’est à cette époque que furent construites les deux nouvelles lunes dont les Souvenants n’ont d’ailleurs pas déterminé si elles avaient un rôle fonctionnel ou esthétique. Les aurores qui, aujourd’hui, illuminent chaque nuit le firmament ont peut-être été installées en cette période bien que certaines écoles de Souvenants pensent que les aurores des zones tempérées sont apparues en même temps que les premiers bouleversements géophysiques annonciateurs de la fin du second cycle.
C’était, en tout cas, l’ère la plus merveilleuse pour y vivre. « Voir la Terre et mourir » était le mot d’ordre des non-Terrestres. Quiconque faisait le tour de la galaxie s’en serait voulu d’omettre cette planète aux miracles. Nous réservions bon accueil aux étrangers, acceptions leurs compliments et leur bel argent, nous étions aux petits soins pour eux et nous affichions fièrement notre grandeur.
Le sort des puissants — le prince de Roum peut en témoigner — est parfois d’être abaissés et plus votre splendeur est élevée, plus dramatique sera la chute. Après quelques millénaires d’un lustre que je suis incapable d’imaginer, les bienheureux contemporains du second cycle, victimes de leur présomption, commirent deux mauvaises actions — l’une du fait d’une folle arrogance, l’autre en raison d’une confiance excessive en eux. La Terre paye encore les frais de leur outrecuidance.
Les conséquences de la première erreur mirent du temps à se faire sentir. Elle découla de l’attitude des Terriens à l’endroit des autres races de la galaxie, attitude qui était passée successivement au cours du second cycle de la crainte respectueuse à l’indifférence et, finalement, au mépris. A l’aube de ce cycle, une Terre naïve et mal dégrossie avait fait son entrée dans une galaxie déjà peuplée de races qui entretenaient depuis longtemps des rapports mutuels. Cela aurait pu produire un traumatisme psychologique catastrophique mais il n’en fut rien : la confrontation engendra chez les Terriens la volonté farouche d’affirmer leur suprématie, de l’emporter sur leurs interlocuteurs. Et ils en vinrent bientôt à considérer la plupart des Galactiques comme leurs égaux, puis à mesure que se développait le progrès, comme des inférieurs. Graduellement, ils s’habituèrent ainsi à mépriser les peuples rétrogrades.
De fil en aiguille, l’idée naquit de créer sur Terre des « réserves d’étude » où seraient rassemblés des spécimens des races inférieures. On y reconstituerait l’habitat naturel de celles-ci et elles seraient ouvertes aux chercheurs désireux d’observer leur mode de vie. Toutefois, les frais nécessités par la collecte et l’entretien des spécimens s’avérèrent tels qu’il fut bientôt nécessaire d’ouvrir également ces réserves au grand public et de les convertir en centres d’attractions. Ces réserves à caractère prétendument scientifique étaient, en fait, des zoos à l’usage d’autres créatures intelligentes.