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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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Pour autant que nous le sachions, le rôle imparti aux machines météos était de transformer la géographie selon un programme soigneusement étudié en fonction de la répartition de ce que nous appelons l’océan Terre. Bien que connectés entre eux, ces vastes sous-océans étaient considérés comme des entités individuelles puisque, dans presque toutes les régions frontières, ils étaient coupés du reste de l’océan Terre par des masses terrestres. Dans la zone polaire boréale, par exemple, la jonction d’Aïs au continent perdu septentrional (appelé Usa-amrik) à l’ouest et la proximité d’Usa-amrik à Eyrop à l’est ne laissaient que d’étroits passages aux eaux polaires se mêlant à celles, plus chaudes, qui baignaient les continents perdus.

La manipulation des forces magnétiques induisit une vibration orbitale de la planète destinée à morceler la calotte polaire et à permettre aux eaux froides prisonnières de la banquise d’entrer en contact avec des eaux plus tièdes. L’élimination de la banquise boréale, ayant pour effet l’évaporation de l’océan septentrional, augmenterait dans des proportions considérables les précipitations sous ces latitudes. Afin que les pluies ne se transforment pas en chutes de neige dans ces régions, on procéda à d’autres manipulations dans l’intention de modifier le régime des vents d’ouest dominants entrainant les pluies sur les zones tempérées. Il fut envisagé de créer un flux naturel qui conduirait les précipitations des régions polaires vers des latitudes plus basses où l’humidité était insuffisante.

Ce n’est là qu’une faible partie de ce programme dont les détails nous échappent. Nous savons qu’il était question de détourner les courants océaniques en nivelant ou en exhaussant les masses terrestres, de dévier la chaleur solaire des tropiques vers les pôles et nous connaissons d’autres projets encore. Mais cela est sans importance. Ce qui compte, pour nous, c’est le résultat de cette grandiose entreprise.

Après une période de préparation qui s’étendit sur plusieurs siècles et qui coûta plus, en efforts et en argent, que n’importe quel autre projet de l’histoire humaine, les machines météorologiques furent mises en service.

Et ce fut la catastrophe.

Cette désastreuse expérience de modification de la géographie de la planète aboutit à un déplacement des pôles, à une longue période glaciaire intéressant la majeure partie de l’hémisphère septentrional, à la submersion imprévue d’Usa-amrik et de Sud-amrik, sa voisine, à la surrection du pont de Terre raccordant la Frique à Eyrope et au quasi-anéantissement de la civilisation humaine.

Ces bouleversements n’eurent pas lieu d’un seul coup. Apparemment, pendant les premiers siècles, tout se passa au mieux. Progressivement, les glaces polaires fondirent et l’on pallia l’élévation consécutive du niveau des mers en installant en divers points bien choisis de l’océan des évaporateurs à fusion — qui étaient, en fait, de petits soleils. Ce ne fut que peu à peu que l’on se rendit compte que les machines météos provoquaient des remaniements architectoniques au sein de l’écorce terrestre. Contrairement aux transformations climatiques, ceux-ci étaient irréversibles.

Pendant toute une période, de furieuses tempêtes, suivies d’interminables sécheresses, balayèrent la planète. Des centaines de millions de personnes périrent. Les communications furent coupées. Poussés par la panique, les habitants fuirent en masse les continents condamnés. Le chaos triompha. La grandiose civilisation du second siècle s’effondra. Les réserves furent anéanties.

Quelques-unes des races parmi les plus puissantes de la galaxie prirent alors en main les destinées de notre planète afin de sauver ce qui restait de sa population. Elles mirent en place des pylônes à énergie afin de stabiliser les oscillations aberrantes de l’axe du globe, démantelèrent les machines météos qui n’avaient pas encore été détruites, nourrirent les affamés, vêtirent ceux qui étaient nus et nous offrirent des prêts pour la reconstruction. Pour les Terriens, ce fut le temps du Grand Bouleversement. Toutes les structures, toutes les conventions sociales étaient réduites à néant. Ayant cessé d’être nos maîtres, nous acceptâmes la charité de l’étranger, réduits à l’état de miséreux.

Comme nous étions toujours faits du même bois, nous parvînmes à opérer un certain redressement. Nous avions dilapidé notre capital et ne pouvions, par conséquent, espérer être jamais autre chose que des faillis et des traîne-savates mais nous entrâmes néanmoins dans notre troisième cycle, encore que de plus humble manière. Certaines techniques scientifiques n’étaient pas mortes. Nous en inventâmes d’autres, généralement basées sur des principes différents. Les confréries furent créées pour introduire un ordre dans la société : les Dominateurs, les Maîtres, les Marchands et tutu quanti. Les Souvenants se mirent en devoir de sauver ce qui pouvait l’être du naufrage du passé.

Nos dettes envers nos sauveteurs étaient énormes. Nous avions fait banqueroute et étions dans l’incapacité de les honorer. Nous espérions qu’elles nous seraient remises, qu’il y aurait un moratoire. Les négociations étaient déjà engagées pour l’obtenir quand une intervention inattendue eut lieu : les habitants de H362 proposèrent aux créanciers de la Terre de les rembourser en échange d’une renonciation pleine et entière de leurs droits au bénéfice de H362.

Ainsi fut fait.

H362 se considéra dès lors comme propriétaire légitime de notre planète en vertu du traité, proclamant ainsi à tout l’univers qu’elle se réservait d’en prendre effectivement possession à tout moment. A cette époque, en effet, H362 ne connaissait pas encore la propulsion interstellaire. Mais elle était désormais légalement détentrice de l’actif de la Terre en cessation de paiement.

Tout le monde comprit que c’était sa façon de tenir la promesse faite de « transformer la Terre elle-même en une gigantesque réserve » pour venger l’affront que lui avait jadis infligé l’expédition qui s’était soldée par l’enlèvement des ressortissants de H362.

La société du troisième cycle se constitua sur les bases qui sont toujours les siennes, fondées sur une hiérarchie rigide des confréries. La menace de H362 était prise au sérieux car notre planète échaudée ne se gaussait plus des menaces, si aléatoires qu’elles parussent, et l’on institua une confrérie de Guetteurs ayant mission de scruter le ciel dans l’éventualité d’une invasion. La confrérie des Défenseurs et toutes les autres furent créées à leur tour. Nous démontrâmes marginalement que nous avions toujours autant de perspicacité que d’imagination quand l’idée fantasque nous vint de créer également une confrérie de mutants autoreproducteurs, les Volants, parallèle à celle des Nageants dont on n’entend plus guère parler aujourd’hui, ainsi que d’autres variétés, dont une guilde d’Elfons au comportement aussi agaçant qu’imprévisible et aux caractéristiques génétiques on ne peut plus aberrantes.

Les Guetteurs guettaient, les Dominateurs dominaient, les Volants volaient. La vie continuait au fil des années en Eyrope, en Aïs, en Stralya, en Frique, dans les chapelets d’îles, seuls vestiges des continents perdus d’Usa-amrik et de Sud-amrik. Le serment de H362 sombrait dans les brumes de la mythologie mais nous restions néanmoins vigilants. Et là-bas, très loin dans le cosmos, nos ennemis gagnaient en force, ils se forgeaient une puissance par certains points comparable à celle qui avait été la nôtre au second cycle. Ils n’avaient pas oublié le jour où leurs congénères avaient été enlevés et enfermés dans nos réserves.

Ils sont venus par une nuit d’effroi. Maintenant, ils sont nos maîtres. Il ont tenu parole, ils ont pris possession de leur bien.

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