La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Que pouvons-nous faire pour vous, monsieur Horner ? demanda Jacobsen.
Sa voix aurait amené l’eau de mer à son point de congélation.
— J’étais en train de me dire, ravissante dame, que plutôt que de nous répartir les tâches, nous devrions impérativement les conjuguer. Il faut que nous nous unissions pour optimiser les résultats de cette mission.
Il employait la même voix que lors de ses sermons télévisés. Elle engluait l’atmosphère comme une nappe de pétrole. Perfide. Sa peau était-elle aussi visqueuse que ses paroles ? se demanda Andie.
Jacobsen croisa les bras et se renversa dans son fauteuil.
— Comment cela ?
— Convenons que les intérêts de vos électeurs et les miens sont les mêmes. En d’autres termes, présentons un front uni.
— Similaire au Front Uni des Musulmans ?
Impossible de ne pas discerner le sarcasme d’une telle question. Andie s’efforça de ne pas rire.
— Eh bien, oui… C’est-à-dire, non, bredouilla Horner, visiblement embarrassé. Ce que j’essaie de vous dire… Seriez-vous prête à reconsidérer ma proposition ? Cela m’inciterait à communiquer toute information que je serais en mesure d’obtenir…
— Sénateur Horner, comme vous le savez, vous êtes tenu selon la loi de partager avec le comité toute information que vous pourriez découvrir au cours de cette enquête. Sinon, nous n’avons rien à faire ici. Et si je vous soupçonne de cacher quoi que ce soit afin de monnayer des faveurs ou d’extorquer des complaisances, j’investirai aussitôt votre esprit pour en extraire moi-même l’information ! (La voix de Jacobsen n’était plus qu’un murmure.) Je vous ai déjà dit que je ne vois aucun avantage à m’aligner sur un groupe de pression particulier, quel qu’il soit.
— En dehors de celui que vous représentez déjà.
Le ton de Horner n’était plus visqueux. L’homme s’était mis à braire comme un âne.
— Je représente l’État de l’Oregon, répliqua Jacobsen posément.
— Vous représentez les mutants ! Et le viol mental est contraire à la loi !
Andie retint son souffle, dans l’attente de la riposte. À son grand étonnement, son patron se mit à rire.
— Oh, allons, Joseph ! Vous pouvez faire mieux. Le viol mental ?
Le visage de Horner devint rouge de colère.
— À votre place, je ne rirais pas si fort, sénateur. Vous ne rendez pas service à votre électorat en lui refusant l’aide et le soutien de l’Église.
Jacobsen eut un sourire forcé, mais ses yeux ne riaient plus.
— Joseph, il n’est nul besoin d’être télépathe pour savoir ce que vous cherchez. Je suis bien sûre que l’Église serait très attachée à posséder dans ses rangs quelques mutants dotés des pouvoirs qui sont les leurs. Elle les accueillerait à bras ouverts. Et même à bourse déliée. Tout mutant qui le désire est libre d’agir en ce sens. Mais, ajouta-t-elle en durcissant le ton, ce n’est pas moi qui vais parrainer une campagne d’adhésion à un groupe quel qu’il soit. Je n’en ai pas l’autorité. Ni l’intérêt.
— Vous pourriez le regretter.
— Est-ce une menace ?
— Une simple remarque.
Jacobsen posa ses mains à plat sur la table et se leva.
— Gardez vos remarques pour l’enquête, sénateur. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser.
Et elle s’éloigna, suivie par une Andie aux anges.
Dans le couloir, la jeune femme prit une profonde inspiration et la relâcha bruyamment.
— Décidément, il est parfaitement agaçant, dit-elle.
— J’ai essayé de l’écarter de ce voyage, mais il est parvenu à ses fins. Et je suis obligée de lui mener la vie dure pour éviter les fuites. Les vampires des médias se délecteraient de ce genre de choses.
— Pensez-vous qu’il risque de nous créer des ennuis ?
— Non. Mais je serai soulagée quand nous serons rentrées à Washington. Avez-vous déniché quelque chose à la bibliothèque ?
— Nada. La ligne officielle est : Des yeux dorés ? Quels yeux dorés ? Ah, ceux-là ? Des lentilles de contact.
Un sourire chagriné marqua le visage de Jacobsen.
— Bon, continuez vos recherches.
— J’y retourne cet après-midi.
— Peut-être la clinique de Jacarepaguâ nous fournira-t-elle de meilleures pistes que celles que nous avons trouvées jusqu’ici.
Un instant Andie envisagea de raconter au sénateur sa rencontre avec Skerry. Et si Jacobsen ne la croyait pas ? Malgré la cartouche ? Skerry lui avait recommandé de ne pas en parler tant que la mission ne serait pas rentrée au pays. Un robomestique passa dans le couloir devant les deux femmes ; ses lumières bleues clignotaient et ses détecteurs émettaient des bips-bips. Andie éprouva un frisson. Skerry lui avait dit que Jacobsen était surveillée ; par des gens, mais peut-être aussi par des machines. Avant de révéler ce qu’elle avait appris, elle attendrait qu’elles soient rentrées. En sécurité.
— De quoi vouliez-vous que nous discutions, Andie ?
— Oh, je… je voulais juste savoir quelle impression vous a faite Ribeiros.
Surprise, Jacobsen haussa les sourcils.
— Je croyais m’être déjà expliquée à ce sujet. Il est très froid. Apparemment, il coopère, or, je me méfie des apparences.
— Vous soupçonnez quelque chose ?
— Oui. Mais je n’ai aucune preuve.
— Allez, je suis convaincue que nous allons bientôt découvrir quelque chose, dit Andie en espérant paraître plus confiante qu’elle n’était en réalité.
— S’il y a quelque chose à découvrir, rectifia Jacobsen avec une légère pression sur l’épaule de son assistante. Venez, je vous dépose à la clinique.
Deux heures plus tard, l’écran affichait toute une série de colonnes floues de lettres et de chiffres ambrés indiquant les mouvements de population. Andie se frotta les yeux et décida d’aller voir si Karim avait du nouveau. Peut-être avait-il déniché des supermutants assis en bande sous un jacaranda. Ou au volant de tous les taxis de Rio. N’importe quoi ferait l’affaire.
Elle le trouva dans le jardin en conversation avec des patients qui avaient tous un pansement autour de la tête. Certains portaient des écouteurs radar reliés à leur poignet, car leurs yeux étaient couverts d’un bandeau les protégeant de la lumière. À l’approche d’Andie, la porte s’ouvrit dans un grincement monocorde. Karim leva les yeux et sourit. Il s’excusa auprès des patients et vint à la rencontre de la jeune femme.
— J’ignorais qu’on pouvait avoir accès aux patients dans cette clinique, remarqua Andie en jetant un regard circulaire sur la salle, admirant au passage les plantations de broméliacées en fleurs et le ruisseau artificiel.
— Disons que je n’ai pas exactement demandé la permission, rectifia Karim avec un sourire. Je me suis simplement autorisé une petite balade, histoire de voir ce que je pouvais glaner.
Andie se mit à rire.
— Autrement dit, vous avez rôdé dans les parages en attendant que l’endroit se vide, puis vous vous êtes subrepticement glissé ici.
— C’est ce que je pensais avoir dit. Quoi de neuf ? Vous avez trouvé quelque chose ?
Elle sentit un picotement dans le milieu du dos, comme si quelqu’un l’épiait. Elle prit le jeune homme par le bras et jeta un œil par-dessus son épaule ; mais le couloir était désert.
— Sortons un moment, proposa-t-elle. Ça vous dirait, une petite promenade le long de la plage ?