Galantine de volaille pour dames frivoles
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1987
- Язык: французский
- ISBN: 2-265-03740-0
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Galantine de volaille pour dames frivoles». Краткое содержание книги:
Le célèbre journaliste, monarque incontesté de la littérature actuelle, vient de nous adresser un rectificatif pour nous dire sa crainte de voir cet « après » mal interprété et créer une notion de subalternité dont San-Antonio aurait à souffrir par rapport à Shakespeare ; il préférerait substituer à son « après » la préposition « depuis », qu'il juge moins équivoque.
Nous le remercions pour sa grande probité morale et espérons que le présent ouvrage renforcera encore son admiration pour l'immense écrivain.
Les éditeurs.
Il me tend un faf.
— Voici l'adresse de l'agence en question, Tonio. Au verso tu trouveras celle du studio qu'habite la fille depuis hier, à la Muette. Elle se fait appeler Hildegarde Staube, se pretend allemande, née à Cologne, et a déclaré comme profession : secrétaire à la Frankfurt Bank, agence de Paris, je ne te réponds pas de l'orthographe car j'ignore l'allemand.
Le vieux constate qu'au cours de ses explications, son clope s'est éteint. Il souffle sur son extrémité pour tenter de le ranimer, mais autant souffler sur sa bitounette pour la faire bander ! Alors, il soupire et sort d'une de ses poches sans fond un vieux briquet que son papa lui a ramené de la guerre de 14 : un truc de cuivre sans couleur, avec une mèche, et qui tire un feu d'artifice lorsque tu en actionnes la molette avant de proposer une flamme de lampe à souder.
L'opération rallumage est si périlleuse que tout le monde retient son souffle. La Fine approche la torche de son visage que cet afflux de lumière sublimise.
Il a beau avancer ses lèvres un max, ça se met à puer les poils du nez carbonisés et le bord de chapeau de feutre roussi. Ayant triomphé dans son entreprise, il rabat le couvercle du briquet, mais la flamme continue de s'échapper, refusant de mourir. Pour éteindre son chalumeau, il est contraint de l'envelopper de son mouchoir. Dernière odeur de brûlé, tout rentre dans l'ordre.
— Je voudrais ajouter encore ceci, déclare Pinaud. Etant allé repérer l'adresse de la fille Smurgh, je l'ai vue qui sortait de l'immeuble. Par un réflexe professionnel que tous, ici présents, comprendrez aisément, je l'ai suivie. Elle s'est rendue pour commencer dans une agence de voyages à la Muette, puis elle a acheté des denrées alimentaires dans un magasin de luxe. Lorsqu'elle est revenue à son domicile, un homme jeune se tenait à la fenêtre. Je parierais qu'il s'agissait de son compagnon, à la manière dont il la suivait du regard. J'ai l'impression qu'il m'a repéré. Sentiment très fugace. J'ai poursuivi ma route mine de rien, mais il est préférable que je ne me montre plus dans le secteur.
Un élan de gratitude me fait lui tendre la main. Il y dépose une demi-livre de viande froide avec os que je presse comme si c'était appétissant.
— Bravo, César !
Et, me tournant vers les cradingues mal fagotés qui nous cernent :
— Que cet homme vous soit un exemple, messieurs ! Il est l'âme de notre ingrat métier !
Pinaud pleure.
Je lui concède une minute d'émotion. N'après quoi je fais front aux troupes rassemblées. Un dur combat se livre en moi. Partagé entre ce que m'a dit Marie-Jeanne, la chère surdouée de bonne rencontre et la bonne vieille tactique policière, j'hésite. Si je fais cerner l'immeuble et saute le couple, comme la logique le commande, je risque de ne pouvoir remonter à la source. Si je laisse les deux meurtriers en liberté surveillée, ils peuvent, à la faveur d'une couillerie imprévisible, se tirer et me laisser marron.
Ah ! combien il est difficile de décider.
Et ma perplexité ne doit pas s'éterniser, car elle dessert mon prestige. Les subalternes ne croient plus aux chefs indécis. Ils ont besoin d'avoir à leur tête des hommes qui tranchent infailliblement.
Un temps mort, ça oui, ça fait même bien dans le paysage, ça montre que le king coordonne ses idées. Mais pas bivouaquer dans le flou, bordel ! Ça, never ! Au grand never !
J'interpelle muettement mon petit lutin à gages.
« Qu'est-ce qu'on décide, Futé ? »
Il me chuchote une propose que moi, franchement, je trouve bath comme un bouquet de violettes.
Un flot brûlant embrase alors mes veines.
— Mes amis, dis-je, je vous mijote une opération comme vous n'en avez encore jamais vu !
En piste !
— Tu ne crois pas qu'il est un peu tard pour un emménagement ? murmure Jérémie, assis contre moi à l'intérieur du camion.
— Les jours sont longs, objecté-je, et puis notre bidule comporte des plaques néerlandaises. Lorsqu'on vient de loin, on arrive quand on peut !
— La concierge n'est pas prévenue, elle va faire du suif ?
— Monestier va s'occuper d'elle ; c'est un homme très persuasif. D'après les renseignements que j'ai pu obtenir, son mari travaille chez Renault à Funs ; il est justement de l'équipe du soir, en ce moment.
Mathias, qui se tient blotti entre un piano droit et une bergère Louis Trucmuche, assis sur sa marmotte d'ouvrier du Tour de France, murmure :
— Tout ira très vite.
Le lourd camion de déménagement « Transports Internationaux Hiëronymus VAN AEKEN, BOSCH, Pays-Bas » roule pesamment dans le calme seizième. Par un œilleton, je vois défiler un Paname que je connais bien et qui glisse en cette fin de journée dans une langueur bourgeoise. Dans la vaste cabine avant se tiennent quatre inspecteurs vêtus de combinaisons bleues. Aucun ne jacte. Ils sont tendus par l'imminence de l'action. Tu dirais les membres d'un commando chargé de faire sauter le palais de Buckingham.
Je les ai soigneusement choisis. Chacun sait ce qu'il a à faire et s'y prépare. Leur gravité me plaît. A l'exception de Monestier qui a dépassé la quarantaine (il faut un flic qui fasse sérieux pour « s'occuper » de la pipelette, je les ai pris jeunots et costauds : bédame, des déménageurs ! Blonds, aussi : rebédame, des Bataves !
Voilà, on vire dans la rue de la Muette. Le gros zinzin ralentit. Il se range devant l'immeuble des tueurs. Prépusse, un novice, saute du lourd bahut, une chiée de feuillets multicolores à la main, et se met à « vérifier » le numéro de l'immeuble. Tout ça bien ouvertement. Si nos « clients » sont aux aguets, il faut les mettre en confiance, pas qu'ils redoutent un instant un coup tordu, ou que, s'ils le craignent, ils soient vite rassurés par notre comportement.
Prépusse adresse un large acquiescement à ses acolytes. Le chauffeur met le clignotant de panne. Monestier descend à son tour et engouffre l'immeuble pour aller charmer la cerbère. Les deux autres passent à l'arrière du camion dont ils déverrouillent les portes arrière. Le jour poudré d'or, car il décline déjà, nous fait ciller. On devenait hiboux, nous trois autres, au fond de cette putain de caisse. Nous demeurons à notre poste. Prépusse est entré dans la crèche à son tour et, selon un plan convenu, grimpe à l'étage au-dessus du studio. Il sonne à la porte de M. Vergustin, ancien officier des douanes en retraite, que nous avons contacté téléphoniquement et qui est d'accord pour assister la police. Le jeune inspecteur parle allemand. Il dit, en un français choucrouteux comme quoi c'est le déménagement de Hollande qui est là. Qu'ils ont eu du retard à cause de ces chieries de douanes (gueule de ce bon M. Vergustin !). Mais bon, est-ce qu'il est d'accord pour que l'emménagement ait lieu tout de suite, comme ça ils gêneront moins la circulation. Tout cela est aboyé à la teuton. Le retraité répond que « Mais bien sûr, après une journée d'attente dans un appartement vide, c'est la moindre des choses ». Et ça boume !
Moi, je biche comme une puce en apercevant dans l'immense réflecteur extérieur du camion, convenablement orienté, le couple à la fenêtre. « Merde, me dis-je familièrement, on les tient ! Ça n'aura pas été long ». Après ce bout d'enquête décousue, où ça tiraillait à hue et à dia ! Je suis content de moi ! Des autres aussi. De Pinuche surtout, et puis d'Akourdidé qui aura allumé la lanterne. Et de la mignonne Eurasienne si futée qui, elle aussi, m'aura aidé à y voir clair. Content du fils de la femme de ménage portugaise, brave petit baisouilleur précoce.
Le couple ne demeure pas longtemps à la fenêtre : la fille ne tarde pas à s'en retirer. Le type reste encore un moment. Il ne semble pas inquiet. Faut dire qu'il y a déjà tout un bordel sur le trottoir. Une grande glace à trumeau, une armoire hollandaise, des fauteuils de cuir, une machine à laver, des sommiers enveloppés de toile de jute. On fourmille. Les inspecteurs entreprennent de grimper les meubles chez le pauvre père Vergustin, soixante-dix-sept ans, mais tout son chou. Veuf. Une fille religieuse. Des semis dans des petits bacs. Il fait pousser des mousses bizarres, c'est sa marotte, l'ancêtre, comme si lui-même n'était pas suffisamment moisi comme ça ! Mais non : des mômes, tous, patriarches ou pas. Le hobby ! Lui, c'est les lichens du Grand Nord, là que les cormorans ne vont même plus déféquer. Que juste tu peux y trouver, en fait de vie animale, des infusoires rampants, et encore !