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Galantine de volaille pour dames frivoles

Электронная книга - «Galantine de volaille pour dames frivoles». Краткое содержание книги:

Dans le numéro spécial de Lire (plus de 800 pages) qu'il a consacré à San-Antonio et qui s'intitule : SAN-ANTONIO, son vit, son œuvre, Bernard Pivot a écrit dans sa brillante introduction que San-Antonio était le plus grand écrivain de langue française après Shakespeare.
Le célèbre journaliste, monarque incontesté de la littérature actuelle, vient de nous adresser un rectificatif pour nous dire sa crainte de voir cet « après » mal interprété et créer une notion de subalternité dont San-Antonio aurait à souffrir par rapport à Shakespeare ; il préférerait substituer à son « après » la préposition « depuis », qu'il juge moins équivoque.
Nous le remercions pour sa grande probité morale et espérons que le présent ouvrage renforcera encore son admiration pour l'immense écrivain.
Les éditeurs.
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L'homme dormait dans un lit large d'au moins trois mètres, garni de draps brodés somptueux. La sonnerie quasi mélodieuse de son téléphone l'éveilla. Cela devait carillonner depuis longtemps car il venait de faire un rêve à épisodes, ayant pour cadre une cathédrale où se déroulait un mariage de princes, voire peut-être un couronnement royal ? Tout n'était que chants et musique, avec une ampleur solennelle.

Il soupira et bougea ses lèvres avant que d'ouvrir les yeux. D'un geste infaillible, il saisit le commutateur volant, à la tête du lit. Une « poire » à l'ancienne en acajou cerclé d'ivoire.

La lumière rose de sa lampe de chevet acheva de lui rendre sa lucidité. Sans hôte il décrocha le téléphone posé près de la lampe.

Il reconnut tout de suite la voix. Voix d'homme, dure et froide.

— Je vous réveille ? questionna-t-elle directement, sans que son interlocuteur se soit nommé.

— Ça ne fait rien, répondit-il.

— Avez-vous regardé les informations télévisées hier soir ?

— Non, fit l'homme. Quelle heure est-il ?

— Près de deux heures.

A l'autre bout du fil, l'interlocuteur nocturne reprit :

— Je crains que nous n'ayons des problèmes avec le type qui s'est chargé de l'opération que vous savez.

Du coup, le ci-devant dormeur fut pleinement éveillé et d'une lucidité acérée.

— Quel genre de problème ?

— Il aurait fait parler son client avant de le traiter. Ça ne me surprend pas : quand j'ai su que le bonhomme avait été terriblement chahuté, j'ai eu un pressentiment. La chose n'entrait pas dans le cadre de ce qu'on lui demandait. Elle était gratuite. Or, je ne crois pas beaucoup aux actes gratuits. Surtout de cette nature.

— Mais il ne pouvait pas prévoir que…

— Je suppose que l'autre a eu la frousse et lui a proposé un marché ; mais votre copain ne pouvait en conclure un, alors il a employé la manière forte.

— Ce type n'est pas mon copain ! se rebiffa l'homme. Votre valet de chambre est-il votre ami ?

Il n'eut pas de réponse. Il sentait gronder la colère de son correspondant et la redoutait.

— Vous êtes certain de ce que vous avancez ? demanda-t-il.

— Ce sont les hypothèses de la police.

— Une hypothèse, comme son nom l'indique, peut-être très éloignée de la réalité.

— Ce serait souhaitable, néanmoins nous devons prendre d'urgence les précautions qui s'imposent.

— C'est-à-dire ?

— Empêcher le type en question de parler. Vous savez où le joindre ?

L'interpellé eut une bouffée de chaleur.

— Pas pour le moment. C'est un fin renard qui a pour règle de changer de domicile après chaque affaire traitée.

— Comment faites-vous en ce cas pour le contacter ?

— Au bout d'un certain temps, il m'indique son nouveau point de chute.

— Si bien que vous voilà coupé de lui ?

— Pendant une certaine période, oui, convint le bonhomme du lit.

— Période laissée à son bon plaisir ! grinça l'autre. Vous savez, Morlon, c'est une chose qu'il faut régler sans tarder. Vous devez bien avoir d'autres… techniciens comme lui dans vos cartons, je suppose ?

— Comme lui, peut-être pas, car c'est un vrai professionnel.

— En ce cas trouvez un amateur capable d'éclaircir la situation, ou chargez-vous-en vous-même. Il paraît que vous êtes l'homme le plus compétent de France en certaines matières ?

Il y eut un nouveau silence chargé de méditations moroses. L'homme qui téléphonait reprit :

— Bon, comme dans la vieille histoire, c'est maintenant moi qui vais dormir et vous qui allez gamberger, Morlon ! Salut !

Il raccrocha.

Morlon en fit autant. Il se leva pour aller gober quelques cachets dans la salle de bains. Le miroir du lavabo lui renvoya une gueule pas bandante qu'il se força néanmoins de contempler. Il avait encore pris du poids, perdu des cheveux et ses poches sous les yeux avaient gonflé. Il faudrait qu'il retourne faire teindre ses longs favoris sous peu car ils se remettaient à grisonner au bout de huit jours à peine.

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A quatre plombes, comme je n'ai toujours pas sommeil et que mon rêve continue d'être chouette, je décide de laisser dormir Jérémie, lequel, par contre, usine à pleins naseaux.

Avec des éteignoirs de cierge de ce calibre, ronfler est un devoir. Son pif, M. Blanc, me rappelle une gigantesque hotte de cheminée en tôle noircie dans un hôtel de Courchevel (je sais plus lequel, mais tu peux pas te tromper : il est près d'une piste).

De sales odeurs s'échappent du couple. Cette fois, le temps ayant passé, ils y sont allés de leur voyage, ces deux fumelards. Et moi, je biche, parce que le pauvre père Hungoû, lui aussi il avait bédolé plein son pyje, le pauvret, tant tellement ils lui ont fait peur, et mal et tout, ces misérables.

Un jour pâlot se met bientôt à rôdailler derrière les persiennes. Il y a un bruit de grains agités dans un tamis (je vous ai à l'œil, mon petit tamis !) et il me faut un bout pour comprendre que c'est la pluie qui fait ça. Today, le mahomed nous dit merde et se réserve pour les grands jets qui flottent au-dessus des cumulus, nimbus, petrus, amen ! C'est la lance d'été sur Paname. J'aime assez. Paris sous la pluie, c'est une poésie de Verlaine, moi je trouve.

Mes songeries éparses cessent d'appartenir au rêve pour devenir sensations délicates. Est-ce l'odeur pestilentielle du couple ? Mais je commence à me sentir pas net, moi aussi. Un corps est vachement endommagé par une nuit de veille, crois-moi. Quelle fragile boutiquerie ! On se croit, et puis tu vois, en quelques heures on malodore, on devient déliquescent dans ses hardes.

J'ignore s'ils ont dormi un peu, les amants terribles, ne m'étant point trop inquiété d'eux. Je calcule le comment me débarrasser d'eux, une fois obtenu ce que j'espère. Les raisons d'Etat, y a rien de plus terrifiant. Ça amène les hommes à prendre les pires décisions. Qu'après, rendus à la vie courante, les seigneurs gouvernants, comment s'arrangent-ils avec leur conscience ? M'objecte pas qu'ils en sont privés : tout le monde en trimbale une. J'ai idée que, pour certains, elles doivent remonter à la surface, les « saloperies d'Etat ». Tarabuster quelque chose en eux. Les empêcher de mourir sainement. Que moi, déjà, je vois l'à quel point elles me tracassent, mes saloperies de bipède pas trop pensant. « Les erreurs de jeunesse » que causent les vieilles gens : larcins, mensonges, filles engrossées, arnaques, insultes, toute la lyre ! Tout le paquet de linge sale que t'arrives jamais à laver en entier, ni convenablement. Persil, Omo, Ajax, mon cul ! C'est la sale petite tache de sang indélébile sur la clé de la penderie à Barbe Bleue ! Fourbi, le passé, mon pleutre ! Rachète-toi une innocence ! Sois bon apôtre, chrétien surchoix, il restera toujours ta glace pour t'obliger à baisser les yeux !

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