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Galantine de volaille pour dames frivoles

Электронная книга - «Galantine de volaille pour dames frivoles». Краткое содержание книги:

Dans le numéro spécial de Lire (plus de 800 pages) qu'il a consacré à San-Antonio et qui s'intitule : SAN-ANTONIO, son vit, son œuvre, Bernard Pivot a écrit dans sa brillante introduction que San-Antonio était le plus grand écrivain de langue française après Shakespeare.
Le célèbre journaliste, monarque incontesté de la littérature actuelle, vient de nous adresser un rectificatif pour nous dire sa crainte de voir cet « après » mal interprété et créer une notion de subalternité dont San-Antonio aurait à souffrir par rapport à Shakespeare ; il préférerait substituer à son « après » la préposition « depuis », qu'il juge moins équivoque.
Nous le remercions pour sa grande probité morale et espérons que le présent ouvrage renforcera encore son admiration pour l'immense écrivain.
Les éditeurs.
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Seulement besoin de me reposer. Avant toute chose, bien me laver ! Alors bain chaud, douche froide. Et puis dormir ! Alors cachet de Ténébral. C'est comme une répulsion intense de l'existence. Un besoin de mutation. Chrysalide-papillon ! La bestiole doit connaître ce que je ressens. Le plus cocon des deux n'est pas celui qu'on panse (comme disait une jolie infirmière que j'ai beaucoup baisée).

Je pionce pendant cinq heures, pas davantage. Mais avec une rare application.

N'après quoi je me lève en forme, un peu patochard du bulbe because le cacheton ; un bon caoua de ma Félicie me remettra la pensarde à l'heure.

J'appelle le bureau.

Tombe sur Jérémie.

Il est jubileur tout plein, le Mâchuré ! Si Mathias n'a rien de nouveau à propos du phénomène dont nous fûmes victimes, Alexandre-Benoît et moi, par contre la vieille Pinoche a retrouvé la fille ! Quand je te le disais qu'il était irremplaçable dans certains domaines, mon vieux César branlant !

— Tu es capable de t'annoncer, demande M. Blanc, ou bien devons-nous prendre nous-mêmes des décisions ?

— Pauvre con ! lancé-je en raccrochant.

Prendre des décisions eux-mêmes, ces pafs volants ! Non, mais ils rêvent !

Je me saboule en énarque, dans les teintes sérieuses. Pas de négligeries surtout, comme ils y sont enclins tous les jeunastres d'à présent. Quand je les renouche, je crois rêver. C'est le blouson de faux cuir cradingue, le jean dégueu, plein de pisse par-devant, le tee-shirt Mickey avec des trous de cigarette et des taches abjectes, sans parler des baskets, naturellement, sales et informes, qu'onc clodo n'irait repêcher dans une poubelle !

Cet accoutrement leur est devenu un uniforme. Se croiraient déshonorés s'ils étaient vus en veston avec une vraie chemise et une cravate, des pompes de cuir, la gueule rasée !

Pour ça, le Vieux aura été un exemple pour ma pomme. Sans être, comme lui, tiré à quatorze épingles, j'ai toujours eu le souci de ma mise. L'homme bien loqué jouit d'un capital crédit (si je puis dire). Au départ, il est reçu et écouté.

Quarante minutes plus tard, me voici dans le palais des draupers, sûr de moi et dominateur.

Mon bureau est en état de siège, biscotte le père La Renifle majestueux, dans mon fauteuil pivotant, un mégot rallumé au bec, le bitos à l'horizontale. Vingt collègues sont là qui le harcèlent de questions. Et lui, le Desperados de la Rousse, il en jette comme un diamant entre les flotteurs de la mère Taylor. Son sourire est celui de ces statues de saints très recommandables qu'on trouve dans les églises d'Italie. Y a du céleste là-dedans, de l'infinie mansuétude, une prodigieuse acceptation de tout et du reste !

Comme c'est un subalterne très conscient de sa subalternité, il se lève à mon entrée pour me restituer mon siège. Mais moi, magnanime, je le lui consacre d'un geste si plein de noblesse qu'en le voyant, le bon roi saint Louis aurait déféqué dans son froc.

J'ai mon air des grandes occasions. Il produit un effet taureau (l'effet bœuf, c'est pas mon style) sur l'assistance. Les inspecteurs rassemblés vont se plаquer contre les murs, mués d'instinct en cariatides. Juste Jérémie demeure soi-même, les mains dans les vagues, fredonnant un air Banania de ses contrées bambou.

Je promène sur l'assistance un regard circulaire, décrivant sur mes talons un 360 degrés dont je ne te dis que ça. C'est une étrange faculté de l'homme que de chercher à se guérir de ses souillures par une démonstration de son autorité. Je cède pourtant à cette fâcheuse et conne réaction, si pauvre vraiment, pas besoin de purification, oui, comprenne qui peut ! Sentant confusément qu'en mettant le pied sur la scène de la bêtise universelle, je renonce délibérément à mon statut d'homme intelligent afin de faire amende honorable. Je m'abaisse pour me réprouver moi-même. Con volontaire, je peux mieux endosser la flétrissure de ce sombre coït avec la mère Bérurier. C'est un cilice chargé de mortifier ce qu'il y a de noble en moi.

Alors, va, Sana. Joue les grands chefs minables, soucieux de leur autorité, juchés sur la pyramide fragile de leurs prérogatives. Fais le con, mon con ! Et peut-être, par grande grâce divine, deviendras-tu con à ton tour, enfin incorporé ; délivré des inutiles branchies qui te permettaient, Gribouille gribouilleur, de te croire poisson parmi les gorets.

Amen !

Il s'est fait un grand silence, ignifugé et parfaitement étanche.

Je dépose alors dix-huit centimètres carrés de ma fesse gauche sur l'angle du bureau et dis simplement, m'adressant à Pinocchio :

— Alors ?

Il tète voluptueusement son mégot en papier maïs, d'un jaune de devant de vieux slip. Une certaine combustion s'opère, grésillante. Le vieux expulse une légère bouffée qui le fait larmoyer de son mauvais œil (l'autre n'est que « pas très bon »).

— Je l'ai retrouvée en cinq heures quarante minutes, déclare-t-il.

Sa voix s'en étrangle d'émotion. Comme il est fier de cet exploit, le devin divin ! Et à juste titre, comme disent les courtiers en Bourse. Chéri, va !

— Comment t'y es-tu pris, noble vieillard dont le nom sera inscrit au fronton de tous les édicules publics, afin de rappeler aux prostatiques de France qui tu fus ?

— Je dois reconnaître que la chance m'a beaucoup aidé, déclare loyalement le rat d'égout fumeur. Un vieux dicton assure que, dans notre métier…

Mais je l'interromps gentiment :

— César, mon biquet joli, tu rassembles tous tes vieux dictons, tu les roules serré et tu te les bourres dans le rectum après avoir enduit celui-ci de vaseline. Maintenant, aux faits, l'ancêtre !

Il retire sa relique de clope, prend l'assistance à témoin et jubile en me désignant :

— Il ne changera jamais ! C'est le garçon le plus facétieux que j'aie connu dans la police. A mes débuts, le brigadier Brizardin n'était pas mal non plus ; il se montrait particulièrement doué pour les jeux de mots et les contrepèteries. C'est lui qui, je crois bien, a inventé celui avec « Madame Vigée-Lebrun », qui se traduit par : « Madame, j'ai le vit brun » (rire pinulcien, aigrelet comme le tintement d'une sonnette fêlée).

— Procède avec tes souvenirs comme je t'ai conseillé de faire avec tes vieux dictons, Pinaud, coupé-je, le temps presse.

Il devient grave. Quelques neurones nazes venant de péter dans son disjoncteur, il murmure, penaud :

— De quoi parlions-nous ?

— De la tueuse que tu as su retrouver en cinq heures et quarante minutes.

— Oh ! oui. Je m'étais tenu le raisonnement suivant : si cette fille change fréquemment de studio meublé, elle doit être en cheville avec une agence de location, au lieu de chaque fois se présenter chez d'autres et devoir y établir un nouveau dossier. Alors, mes amis, j'ai pris le Bottin. Il existe plusieurs pages d'agences locatives, vous vous en doutez. Sans me décourager, j'ai commencé par la première. Et j'ai entrepris de téléphoner aux directeurs de chacune d'elles. A tous, j'ai sorti le même baratin : « Ici la Préfecture de police. Nous recherchons une jeune femme d'une trentaine d'années qui loue fréquemment des studios meublés. Cette fille vient à nouveau d'en louer un. » Etc. Je notais les agences qui prétendaient avoir ce genre de cliente. Quand je les ai eu toutes appelées, je disposais d'une liste d'une vingtaine de noms et je me suis mis alors à leur rendre visite. A la seconde où je suis allé, j'ai mis le doigt dessus. Les gens qui y travaillent ont parfaitement reconnu la fille Smurgh sur les photographies que je leur soumettais.

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