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Galantine de volaille pour dames frivoles

Электронная книга - «Galantine de volaille pour dames frivoles». Краткое содержание книги:

Dans le numéro spécial de Lire (plus de 800 pages) qu'il a consacré à San-Antonio et qui s'intitule : SAN-ANTONIO, son vit, son œuvre, Bernard Pivot a écrit dans sa brillante introduction que San-Antonio était le plus grand écrivain de langue française après Shakespeare.
Le célèbre journaliste, monarque incontesté de la littérature actuelle, vient de nous adresser un rectificatif pour nous dire sa crainte de voir cet « après » mal interprété et créer une notion de subalternité dont San-Antonio aurait à souffrir par rapport à Shakespeare ; il préférerait substituer à son « après » la préposition « depuis », qu'il juge moins équivoque.
Nous le remercions pour sa grande probité morale et espérons que le présent ouvrage renforcera encore son admiration pour l'immense écrivain.
Les éditeurs.
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C'est ben pour dire combien les gonzesses sont connes, par instants : ell' préfèrent passer à côté d'une bitée à grand spectac' just' pour préserver les conv'nances sociables ! Comme si un monstre coup de guiseau pouvait s' rattraper ! Comme s'il s'rait pas préférab' à toutes les chichiteries mondaines, bordel !

M'v'là à tome. Merde ! j'ai pas mes clés ! Celles dont j'ai dans ma fouille coïncident pas av'c la serrure. Y a eu gourerie quéqu'part. Alors, je sonne.

Un moment s'écroule, et puis ma Berthe vient déponner. L'est pile comm'j' la préfère : en p'tite culotte mauve à dentelle noire et garde-fou d'avalanche d' même métal.

M'apercevant, elle rit large comme une corbeille à pain.

— Par exemple ! elle gazouille, la bonne surprise !

Et moi, sans perd' de temps, d'lui montrer av'c les deux pognes conjuguées d'sus l'ampleur de mon émoi.

— La v'là la surprise, ma poule ! T'es seulâbre, j'espère ?

— Non, y a la mère Safran, la femme d'ménage ; mais j'me gêne pas d'elle !

Je lourde d'un coup d'talon et on fonce dans not' chamb' comme des Auleblaques qui montent à l'essai ! Justement, la mère Safran est en train de faire not' lit. Elle s'applique à tendre l'drap du d'sus.

Elle boite, la mère Safran, consécutivement à son opération de l'arthrose qu'a pas déroulé dans de bonnes conditions. C't'une p'tite dame pas belle, avec des ch'veux teints à la six-quatre-deux, couleur queue de vache ; un cul extrêmement large et une poitrine qui chute dans la poche ventrale d'son tablier. C'qui est l'plus moche, chez elle, c'est ses verrues qu'elle fait l'élevage, on dirait ! Plein sa bouille ingrate ! Façon tarte aux mirabelles ! Certaines ont des aigrettes de maharadjah.

Berthe lui crie :

— Laissez, laissez, mâme Safran, on a b'soin du lit immédiatement ; mais vous pouvez passer l'aspirateur pas perd' d'temps, ça nous dérange pas.

Ma gravosse, elle est superbe quand elle éprouve d'la passion ! La frénésie du fion, chez une personne comme elle, c'est féerique dans son genre ! On dirait qu'é fume comme une merde en hiver !

— Vite, vite, voyou ! m'implore-t-elle. Dépoile-toi pas, c'est pas la peine. Arrache-moi mon slip av'c les dents, beau bandit, que j'aye l'impression qu'tu me violes ! Moui ! Mouiii ! Comme ça ! Oh ! qu'y l'est terrib', ce monstre ! V'v' rendez compte d'un tendeur, mâme Safran ! Qui m'aurait dit qu'y s'pointerait à l'improvisation, sans crier garce ! J'étais là, à m'habilier, ma toilette faite, quand on sonne. J'vais ouvrir, croiliant au facteur, et qu'est-ce j'trouve-t-il su' l'paillasson ? Môssieur, avec un pantalon comme l'capot d'une Ferrari ! Oh ! mais c'est qu'y laisse pas l'temps de me remett' de mes surprises, le goulu ! Faut dire qu'av'c un chibre aussi conséquent, t'as plus l'humeur à patienter ! Vous avez vu le panais de ce seigneur, mâme Safran ? Faites-moi pas croire qu'vot bonhomme se trimbale un goumi aussi féroce ! Dans les ch'mins de fer, y z'ont pas des zobs d'Cosaque ! Qu'est-ce y veut ? Qu'est-ce y cherche ? Le petit ? Ah ! non ! c'est pas qu'j'rechigne à prend' du rond à l'occasion, mais s'lement avec des messieurs raisonnab'ment montés ! Oh ! mais il insiste, le mignon dégueulasse ! Y déprave à mort, aujord'hui ! Qu'est-ce y a pris, tout soudain, de monter m'faire la cour, lui qui n'fait pas attention à moi d'ordinairement ? Vous pensez qu'ça vient du temps, mâme Safran ? L'baromèt' qu'est en'n'hausse et qu'excite ? Oh ! Oh ! la la ! Mais y va m'démolir l'frigounet, le gueux ! Ah ! charogne ! Tu la veux, ta gosse ! Vas-y, grande brute ! Y m'tuera, c'mec ! Et la mère Safran qui peut plus résister ! La v'lа qui s'fait un doigt d'cour et s'joue un solo de banjo au lieu d'passer l'aspirateur ! Faudra pas m'marquer cette branlette su' vos heures, mâme Safran : j'serais pas d'accord !

« Oh ! la crapule ! C't'un marteau-pilon ! V's'avez déjà pris un' tringlée pareille, mâme Safran ? Dites, y a pas qu'l'désir : faut la force, et la souplesse ! C'est du dix nœuds seconde qu'il me pratique là ! On bat des records, sans s'rend' compte !

« J'ai déjà relui dans ma bon Dieu d'existence, mâme Safran, mais relui à c'point, jamais ! C'est d'la folie ! Y m'entraîne dans les évanouissages, l'gredin ! Oh ! là. Oh ! la la ! J'sentais bien qu'y l'avait du tempérament, ce monstre ! V'savez qu'y va me faire mourir ! V's'rez témouine, mâme Safran ! Mais qu'est-ce vous faites ! L'embout d'l'aspirateur, çui pour aller faire chier la poussière dans les coins ! Les sens vous emportent, mâme Safran ! J'eusse jamais soupçonné, une femme comme vous, boiteuse et mal fichue, presque vieille, dévergonder du trésor à c'point, c'est maladif ! Dites, sous vos airs prudes, j'parie qu'vous en épongez en douce, des bonshommes ! Ça y est ! La v'là qui s'met à bieurler comme une fouine prise z'au piège ! Ça va ameuter les voisins ! Y vont s'imaginer qu'on partouze ! Toujours prêts à dauber, ces saligauds ! Quand c'est qu'on est passé par leur bave, nos pédigrees ressemb' à des murs de chiottes ! Un peu d'tenue, mâme Safran, quoi, bordel ! V'là qu'é nous joue Intervilles à elle tout' seule, c'te morue ! Ah ! les eaux dormantes, j'm'en rappellerai ! Tu la cigles sossante francs d'l'heure et tout c'qu'elle fait c'est d'se carrer l'aspirateur dans la moniche en poussant des cris d'or frais ! Mais elle' m'gêne les transports à gosiller d'la sorte, c'te peau ! Une boiteuse, merde ! On dirait qu'é s'fait chibrer par Julot Iglésias. Mâme Safran, restez av'c nous, bougre d'charognerie ! Misère ! V'là qu'é fait dégoder ce fripon ! Au s'cours ! Il déjante ! Fermez votre putain d'clapet, la vieille, v'voiliez pas qu'môssieur déclare forfait ! Y s'met à mollusquer, le pauvre ! Ah ! non, alors ! J'veux qu'y va m'finir ! Rester en rideau, à c'moment d'la pièce, j'sus pas d'accord ! J'peux plus m'permett' ! J'ai franchi le point d'non-retour, moi ! Laisse-toi pas impressionner par cette vieille gamelle, mon chéri ! Oublille-la ! J'eusse dû l'envoyer éplucher des patates pour mon gratin dauphinois d'à midi ! On serait été plus tranquilles, les deux. J't'en conjure, dégode pas, Chouchou ! Pense à des choses friponnes ! Tu veux qu'je vais mett' un film porno su' la vidéo ? Ça t'remontera les ardeurs ! Ça y est ! Il est nase ! Complèt'ment à plat ! Y m'quitte ! Y pend ! C'est râpé ! Archifoutu ! Une tringlée pareille qui capote, misère du Ciel ! Mais qu'est-ce j'espie pour viv' une chose aussi terrib' ! Ça m'arrache les sens ! J'vais être bonne pour la camisole d'force ! J'agonise ! Passez-moi ce putain d'aspirateur, mâme Safran, avant qu'j'soye tout à fait morte ! »

* * *

Tu sais ce que c'est qu'un cauchemar ?

T'en as fait, comme tout le monde, bien sûr !

T'es là, en plein drame ésotérique, et soudain, une monstre basculade s'opère dans ton esprit, voire dans tout ton être. Tu es en sueur, haletant, affolé. Tu regardes autour de toi. Tu ne piges pas. Et puis ça se réinstalle dans ta tronche. Mais il subsiste une sorte de traumatisme bizarre.

Moi, je titube dans la salle de bains innommable des Bérurier. Me fourbis à grande eau, malgré l'écœurement que me cause une savonnette rosâtre, pleine de poils de différentes provenances. Ensuite je me passe la tête sous le robinet l'autre, la vraie.

Je rajuste…

Le couloir qui pue le graillon en permanence. Des plaintes et des soupirs partent de la chambre. Je gagne le palier, dévale l'escalier en cognant les murs, genre Raskolnikoff après qu'il eut refroidi la logeuse. Le porche où des poubelles vides continuent de malodorer. Le jour, la rue ! Une grande ombre. Tu sais qui ? M. Blanc. il se tient adossé au deuxième vantail.

Il me regarde surviendre de ses grands yeux pareils à des sulfures.

Nos regards se prennent. Je lis une rassurance progressive dans le sien. Un léger mais bon sourire éclaire sa bouille négrotte.

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