Galantine de volaille pour dames frivoles
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1987
- Язык: французский
- ISBN: 2-265-03740-0
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Galantine de volaille pour dames frivoles». Краткое содержание книги:
Le célèbre journaliste, monarque incontesté de la littérature actuelle, vient de nous adresser un rectificatif pour nous dire sa crainte de voir cet « après » mal interprété et créer une notion de subalternité dont San-Antonio aurait à souffrir par rapport à Shakespeare ; il préférerait substituer à son « après » la préposition « depuis », qu'il juge moins équivoque.
Nous le remercions pour sa grande probité morale et espérons que le présent ouvrage renforcera encore son admiration pour l'immense écrivain.
Les éditeurs.
Avant de s'en aller, mes « déménageurs » m'ont apporté une grande cantine de fer bourrée de nourriture et de boissons. Selon l'expression : on peut tenir un siège !
Mathias a pris des photos du gonzier avant qu'il ne se réveille ainsi que ses empreintes de gitane, comme dit le Gros, et s'en est allé vaquer. Une plombe plus tard, l'identité du tueur tombait et il me la téléphonait : « Jean-Jacques Aubergenville, né à Clermont-Ferrand. Tout le papier : ses débuts. Au départ fils de commerçant, études plutôt brillantes, mais de sales instincts. Il a à moitié défoncé le crâne d'un condisciple au cours d'une bagarre et il a été placé en maison de correction. A compter de ça, c'est le tournant de son match. Au sortir de la maison de correction, il va à Lyon, s'acoquine avec des malfrats, participe à un braquage de banque et se fait poirer. Quatre piges de gnouf ! Faut croire qu'en taule il se forge une philosophie nouvelle car, une fois sa peine purgée, il disparaît dans la nature et ne fait plus parler de lui. Il a pigé que le mitan n'était pas fait pour sa pomme. C'est un individualiste. il devient tueur à gages.
J'écoute le papier que m'en fait Mathias, tout en regardant l'homme couché à mes pieds. Lui aussi me défrime. Putain, ce qu'il a l'air mauvais, ce mec ! Sa cruauté naturelle est atténuée par l'incompréhension qui le taraude. Il se pose des questions et n'ose nous les transmettre. Trop fier. II s'en veut de s'être fait gauler comme un con. Son orgueil en a pris un vieux coup ! Comme il est intelligent, il a de l'instinct. Il a compris que ça pue mauvais pour eux deux. Mon plan est sans faille. Sitôt que tout ce circus sera achevé, je retournerai chez Marie-Jeanne. Elle me hante, cette petite fleur jaune !
Jérémie s'ouvre une boîte de coke et la gloute.
— T'as pas soif ? me demande-t-il.
— Non, mais tu devrais nous préparer un bouffement, fils.
Il explore nos victuailles.
— Pâté, poulet froid, fromage ?
— Banco.
— Et naturellement, tu prendras du vin ?
— Naturellement ! Du rouge.
— Y a que du rouge puisque c'est toi qui as fait la liste et que tu n'aimes pas le blanc ! rechigne le schwartz mec.
— Toi tu ne prends pas de vin du tout, n'est-ce pas ? laissé-je tomber.
— Je m'en voudrais !
— Alors qu'est-ce que ça peut bien te foutre qu'il n'y ait pas de blanc ?
Bon, on se rend compte de l'oiseuseté de notre converse. On est là, on monte un grand coup biscornu et on se chicane comme deux écoliers qui se tirent une bourre rapport à la couleur de leurs sucettes !
Pendant la clape, on branche la télé pour le baveux de vingt plombes. Je veux savoir s'ils passent mon communiqué. Oui ! Ils l'étalent même en seconde position, tout de suite après les chines iraniennes. « Du nouveau dans l'assassinat de l'ambassadeur du Toufoulkan : la police a l'intime conviction que M. Tabîtâ Hungoû a été tué parce qu'il détenait un secret d'une importance capitale. Elle a la presque certitude que ce secret lui a été arraché sous l'effet de la torture par son meurtrier et que celui-ci aurait déjà pris des contacts afin d'en négocier la vente… »
Je lorgne le couple pendant ce blabla qu'il écoute comme je te vois, vu que le poste usine plein tube catholique (comme dit Béru). Instinctif, le regard qu'ils s'échangent. La môme Smurgh a illico tourné sa frime bâillonnée vers son jules. On lit un certain effarement sur ce qui lui reste de visage. Aubergenville, quant à lui, a les traits tirés tout soudain.
Nous deux, M. Blanc, on continue de mastéguer le poulet. Il préfère les ailes, ce qui tombe bien vu que j'ai une dilection pour les cuisses (là comme ailleurs, on ne se refait pas).
Que nous demeurions imperturbables, ça crée une ambiance terrible pour le couple infernal.
Quand on a clapé la moitié du calandos surchoix, « fait à cœur », comme disent les fromagers, je me recule un peu, satisfait de ce bien-manger.
— Et bien sûr, c'est le nègre qui doit desservir ? demande M. Blanc, aigre.
— Non, dis-je, le pauvre nègre va se mettre dans le fauteuil et regarder Columbo à la télé pendant que le grand salaud de blanc fera le boy.
Voilà que je joue les petites femmes d'intérieur : portant nos assiettes, nos verres et couverts sur l'évier où je pratique une vaisselle sommaire. Il y a bien une machine à laver dans la kitchenette, mais ça vaut pas le coup de la brancher pour si peu et, d'ailleurs, je ne sais pas m'en servir.
— J'ai besoin d'aller aux toilettes ! fait tout à coup Aubergenville.
Nous ne lui répondons pas.
Il monte le ton :
— Vous entendez, les deux ? Faut que je chie !
Je reviens dans le studio, les mains roses et humides du Mir suractivé dont j'ai probablement forcé la dose.
— Défèque ! lui dis-je. Qui est-ce qui t'en empêche : t'as un trou du cul que je sache ?
C'est ça, et pas autre chose, qui met un comble à sa stupeur !
Je vais m'asseoir dans le canapé, non loin de Jérémie.
L'autre se met à gronder :
— Vous n'allez pas me laisser flouzer dans mon froc !
Je soupire :
— Jérémie, muselle-le aussi, j'ai pas envie qu'il nous casse les oreilles avec ses problèmes intestinaux !
M. Blanc obéit, grâce à une seconde paire de collants. La fille en a toute une flopée.
On visionne la télé jusqu'aux toutes dernières nouvelles où ça répète ce qui fut dit au baveux de vingt plombes. Après quoi, on se dispose pour la noye.
Vérification des liens et des bâillons. Je note que la fille s'est fait pipi dessous, comme on dit puis chez moi. Là est pour nous la mise en condition. Des êtres auxquels on n'accorde ni le manger ni le chier sont vite à fond de déprime. Je ne ressens ni compassion ni regret pour le couple. Il me suffit d'évoquer le cadavre supplicié de sa malheureuse Excellence pour chasser de mon cœur toute pitié. Ces deux êtres sont des bourreaux sadiques, dénués de tout sens commun. Bien que n'étant pas un forcené de la loi du talion (Béru dit : du tabellion), je trouve juste qu'ils en bavent à leur tour. Toutefois, quand je songe que le Vieux m'ordonne de les « neutraliser » complètement, de sa voix tranquille, pas ému le moindre, exactement comme s'il m'annonçait qu'il n'aime pas les anchois dans la salade niçoise, je suffoque de l'âme ! Que vais-je bien pouvoir fiche de ces deux horribles, une fois ma mission conduite à bien ? Mystère. Faudra que le père Achille trouve d'autres équarrisseurs !
M. Blanc dort le premier. On a décidé d'une demi-noye chacun. Il va en écraser de minuit à quatre, moi ensuite de quatre à huit, si toutefois le jour ne me tire pas des toiles plus tôt.
Je mets les loupiotes en veilleuse, que juste une petite lampette juponnée suffit à éclairer la pièce. Veste tombée, godasses ôtées, bien carré dans le fauteuil, j'entreprends un rêve éveillé tout ce qu'il y a de choucard, au cours duquel je pars en voyage dans un pays de soleil avec la petite Marie-Jeanne. Je lui achète des robes légères comme des pétales de rose trémière, et on fait l'amour dans une chambre climatisée dont les fenêtres donnent sur une mer bleue.
Quand tu as une frangine dans le crâne, c'est plus pire que si tu l'as dans la peau. Tu te passes des chiées de bouts de film au ralenti. Chacun diffère peu de l'autre. Mais il y a progression. Une fois elle est sur le plumard, en « Y » tout ce qu'il y a de grec, et toi agenouillé dans la fourche délectable. D'autre fois, tu t'es allongé parallèlement à elle, tu lui soulèves la jambe droite et lui glisses délicatement Pollux dans la frigounette. Ou bien encore… Mais merde, je vais pas te réinventer le Kama Sutra ! L'amour, c'est une perpétuelle invention, sinon y a rien de plus affligeant. Et les heures passent…