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Galantine de volaille pour dames frivoles

Электронная книга - «Galantine de volaille pour dames frivoles». Краткое содержание книги:

Dans le numéro spécial de Lire (plus de 800 pages) qu'il a consacré à San-Antonio et qui s'intitule : SAN-ANTONIO, son vit, son œuvre, Bernard Pivot a écrit dans sa brillante introduction que San-Antonio était le plus grand écrivain de langue française après Shakespeare.
Le célèbre journaliste, monarque incontesté de la littérature actuelle, vient de nous adresser un rectificatif pour nous dire sa crainte de voir cet « après » mal interprété et créer une notion de subalternité dont San-Antonio aurait à souffrir par rapport à Shakespeare ; il préférerait substituer à son « après » la préposition « depuis », qu'il juge moins équivoque.
Nous le remercions pour sa grande probité morale et espérons que le présent ouvrage renforcera encore son admiration pour l'immense écrivain.
Les éditeurs.
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L'emménagement commence. La tactique est simple : créer un barrage de meubles au-dessus de studio, et un autre au-dessous, de façon à ce que toute retraite soit coupée aux tueurs.

Prépusse vient prendre un petit bonheur-du-jour dans le camion.

— Opération A terminée, dit-il, à vous de jouer !

Je mate le grand rétro : nobody à la fenêtre des lascars : donc ils ne peuvent nous voir. Nous sautons du bahut.

Le porche. Regard dans la loge. Monestier fait du gringue à la concierge : une petite boulotte pas désagréable à boulotter le jour où ta maîtresse de banlieue a raté le dur pour venir te faire étinceler.

Note que lui ça ne va pas loin. Le côté : « Vous savez que vous n'êtes pas mal du tout dans votre genre ? » Voire encore : « Je donnerais bien mon treizième mois de salaire pour être à la place de votre mari ! » Galantine de volaille, quoi ! De garçons de bains comme on disait jadis, au temps où l'on s'en allait laver, le samedi dans des établissements conçus pour. Savonnette et serviette en sus, comme à l'hôtel Mon Bijou.

Sous le porche, on s'attrape un canapé d'au moins trois mètres cinquante de long, M. Blanc, Mathias, Prépusse et ma pomme. Et on n'est pas trop de quatre pour escalader ce catafalque dans les étages. Arrivé sur le palier des brigands, le jeune Prépusse me désigne leur porte. Alors, bon, ayant bien combiné notre truc, on s'arrange de manière à bloquer le canapé. Il heurte leur lourde. On sacre, on lance des « Mein Got, mein Got » à la noix, vu que seul Mathias qui est polygone jacte le néerlandais. L'effet ne tarde pas à porter ses fruits. L'huis finit par s'écarter légèrement, juste ce que permet la chaîne de sécurité. On défrime un coin de visage femelle. Une voix lance, mauvaise :

— Mais qu'est-ce qui se passe, bon Dieu !

Mathias explique en hollandais que ce putain de canapé ne parvient pas à passer par I'escadrin. La fille nous répond en allemand, car elle est alsaco d'origine et le langage choucroute, ses vieux ont dû le lui apprendre par osmose. Prépusse lui relaie dans la langue de Schiller les explicances bataves du Rouquin. Tout ça fait vrai à ne plus en pouvoir. Mathias balance quelque chose à Prépusse. Prépusse répond que « ja ja » et traduit à la gonzesse :

— Si c'était possible qu'elle ouvre sa porte afin qu'on puisse engager juste l'angle du canapé chez elle manière à pouvoir prendre le virage.

Là-dessus, le mec de la gonzesse ramène sa fraise :

— Qu'est-ce qu'ils veulent, ces branques ?

— Qu'on ouvre pour qu'ils arrivent à virer avec leur monument !

Le type ricane :

— Tu parles de déménageurs de mes deux ! Ils n'ont qu'à le placer à la verticale, ce canapé !

Et puis il n'en casse pas plus vu que Mathias vient d'usiner prompto en vaporisant, presque à bout portant, l'un de ses chers gaz dont il a le secret et qui nous furent si tellement utiles à Harlem dans mon booksif précédent.

Tu verrais si c'est fait de main de maître ! Juste un éclair. Sa main brandie tenant une cartouche métallique « Pchiiiiiiittt, cher ange ». Poum ! Les deux ont quelques halètements à la désespérée. Puis s'écroulent. D'un coup d'épaule je fais sauter la chaîne. Pas diff, il suffit pour ça de ramener la lourde à soi et d'y aller franco.

Mathias se place un petit masque sur le nez et pénètre le premier dans le studio dont il va ouvrir les deux fenêtres en grand, ainsi que le fenestron de la salle de bains, manière d'établir un courant d'air purgeur.

Il revient peu après.

— Attendez quelques minutes avant d'entrer, conseille-t-il.

Je donne des ordres à mon équipe :

— Remportez le matériel, les mecs, mission réussie cinq sur cinq. On arrosera l'exploit demain.

Dociles, ils opèrent en sens inverse. Jérémie, le Rouquemoute et Bibi, prenons possession des lieux. On commence à préparer le réveil des tueurs en leur passant les menottes (c'est bien à leur tour d'y avoir droit !). Ensuite nous les traînons dans le studio même, un coin coquet où il doit faire bon tirer une frangine opérationnelle.

— Sur la lancée, mes chéris, entravez-leur également les pinceaux ! recommandé-je.

J'entreprends une perquise très technique de l'appartement.

J'y déniche deux pétards gros comme ma cuisse, deux paires de menottes, un tas d'osier que je renonce à compter et une trousse de monte-en-l'air sophistiquée.

Ces formalités accomplies, je désigne le couple à Mathias.

— Ils en ont pour longtemps avant de se réveiller ?

— Cela dépend de leur organisme. La fille dormira sûrement plus longtemps que l'homme. Disons une bonne heure.

Je m'approche de l'appareil téléphonique pour tuber au Vieux. Il exulte.

— Bravo, mon cher petit. Et sans effusion de sang !

Un temps, il baisse la voix :

— Justement, à propos de sang…

Je pressens du cacateux en préparation.

Comme il tarde à répondre, je risque un :

— Je vous écoute, monsieur le directeur ?

Ça doit pas être joyce ce qu'il a à me dire. Déplaisant à outrance, même, je le devine à ses raclements de gorge embarrassés.

— Cette affaire touche au milieu diplomatique, San-Antonio. Vous êtes seul ?

— Moi, non, mais mon tympan, oui, vous pouvez parler.

Il se ramone le conduit à grumelances.

— Je viens de tenir un conseil de guerre avec les plus hautes instances… Tout à fait les plus hautes instances, San-Antonio. Il en résulte que, de l'avis unanime, il ne doit pas y avoir de… heu… procès des assassins ; pas de… heu… d'instruction non plus, comprenez-vous ?

Je chique les étourneaux :

— Alors, il faut les remettre en liberté après leur avoir fait promettre de ne plus recommencer, monsieur le directeur ?

Il s'emberluche, le Vioque ! Son ton devient âpre.

— Vous ne me comprenez pas, San-Antonio. Il convient de… d'interroger ces gens au maximum. Vous comprenez ce que je veux dire ? Au maximum. Et ensuite de les faire disparaître sans tapage. Les accidents de voiture ne sont pas faits pour les chiens.

— En somme, ricané-je, il faut que je trouve des tueurs à gages pour supprimer ces tueurs à gages ?

Le Vieux éclate d'un rire qui sonne aussi faux que de la monnaie de plomb !

— Ce que c'est farce ! Quel esprit vous avez, mon petit. Eh bien !.. heu… vous venez en effet de résumer les vœux de notre gouvernement.

— Vœux informulés, bien entendu ? insisté-je.

— Naturellement. Tout à fait informulés !

— Puis-je vous poser une question, patron ?

— Toutes celles que vous voudrez, mon enfant, mon bambin, mon mignon.

— Pour qui me prenez-vous ? laissé-je tomber, juste avant le combiné sur sa fourche.

Alexander Branlbitt, premier attaché (d'en faire autant) à l'ambassade U.S. de Paris, appuya sur son parlophone à moustache centrifugée.

— Faites entrer Ben Wilby ! jeta-t-il brièvement.

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