Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Ce fut d’une voix à peine audible qu’elle répondit : « Vous ne pouvez pas savoir à quel point je le suis aussi. »
Toutefois, alors qu’ils s’installaient, il remarqua : « Je me fais l’effet d’un rustre, de partir ainsi sans avoir salué vos parents. »
Elle se mordit la lèvre. « J’ai un peu précipité le mouvement. Ce n’est pas grave. Ils sont ravis que je loge quelques jours chez eux avant de partir rejoindre mon poste, mais ils ne tenaient pas à me faire attendre alors que j’avais un rendez-vous galant.
— Je me serais contenté d’échanger des banalités, comme le vieux ringard que je suis, dit-il en démarrant.
— Oui, mais… Eh bien, je ne sais pas si j’aurais pu tenir le coup. Ils ne sont pas du genre à fouiner dans ma vie, mais cet homme mystérieux que je viens de rencontrer a éveillé leur curiosité, bien qu’ils ne l’aient vu que deux fois avant ce jour. J’ai dû leur raconter un… un bobard…
— Mouais. Et dans l’ignoble art du mensonge, vous n’avez ni talent, ni expérience, ni enthousiasme. »
— C’est ça. » Elle lui effleura le bras. « Et c’est à eux que je mens.
— Tel est le prix que nous payons. J’aurais dû vous mettre en contact avec votre oncle Steve. Il vous aurait rassérénée mieux que je ne pourrais le faire.
— J’y ai pensé, mais vous… euh…»
Il se fendit d’un sourire penaud. « Vous me voyez en figure paternelle ?
— Je n’en sais rien. Franchement, je n’en sais rien. Je veux dire… eh bien, en quelque sorte, oui – vous êtes un gradé de la Patrouille, vous m’avez secourue, vous m’avez parrainée et tout le reste, mais… J’ai du mal à appréhender mes sentiments… Ah ! assez de baratin psycho ! J’aimerais voir en vous un ami mais je n’ose pas encore sauter le pas.
— Voyons si nous pouvons arranger ça », repartit-il, bien plus calme en apparence qu’il ne l’était en réalité. C’est qu’elle est séduisante, bon sang !
Elle regarda autour d’elle. « Où nous emmenez-vous ?
— Twin Peaks ; j’ai pensé qu’on pourrait se garer et faire quelques pas. Le ciel est dégagé, la vue superbe et aucun des autres passants ne nous prêtera attention. »
Elle hésita un instant. « D’accord. »
Le lieu idéal pour un rendez-vous galant, en effet. Et, dans d’autres circonstances, j’aurais probablement sauté sur l’occasion. Toutefois… « Quand nous en aurons fini, vous me conduirez au restau de votre choix. Ensuite, si vous vous sentez toujours en forme, je connais dans Clément Street un pub irlandais où la bière est aussi bonne que la musique et où il se trouvera bien quelques solides gaillards pour vous inviter à danser. »
A en juger par le ton de sa voix, elle avait compris le fond de sa pensée. « Génial. J’en ignorais jusqu’à l’existence. Vous connaissez plein d’endroits sympa, on dirait.
— Un heureux hasard. » Il continua de parler tout en roulant, sentant qu’elle retrouvait déjà un peu de son allant.
Devant eux se déployait un splendide panorama, la cité pareille à une galaxie grouillante d’étoiles, les ponts élégants jetés sur des eaux miroitantes, les hauteurs où brillaient les lueurs d’innombrables demeures. Le vent tonitruant leur apportait le parfum de la mer. Il faisait trop froid pour rester longtemps au grand air. La main de Wanda chercha la sienne. Lorsqu’ils se réfugièrent dans la voiture, elle se blottit contre lui et il lui passa un bras autour des épaules ; puis, enfin, ils échangèrent le plus doux des baisers.
En entendant ce qu’elle avait à lui dire, il ne fut nullement surpris. Tout démon a besoin d’être exorcisé. Quoique sincère, le sentiment de culpabilité qu’elle éprouvait vis-à-vis de sa famille dissimulait une centaine de craintes. L’excitation qui l’avait envahie à l’idée d’entrer dans la Patrouille du temps – imaginez un peu ! – avait fini par s’estomper. Personne ne peut ressentir longtemps une telle joie. À mesure que se succédaient les entretiens, les tests, les études préliminaires, ses pensées s’étaient assombries.
Tout est flux. La réalité impose les courants du changement au chaos quantique suprême. Non seulement votre vie est constamment en danger, mais il en va de même pour la possibilité de votre existence, sans parler du monde et de son histoire tels que vous les connaissez.
On vous interdira de connaître vos succès à l’avance, car cela ne ferait qu’accroître la probabilité de vos échecs. Dans la mesure du possible, vous suivrez le lien de la cause vers l’effet, comme le commun des mortels, sans déformer ni distordre quoi que ce soit. Le paradoxe, voilà l’ennemi.
Vous aurez le pouvoir de remonter le temps pour revoir vos chers disparus, mais vous n’en ferez rien, car vous seriez alors tentée de leur épargner la mort qui fut la leur, et cela vous déchirerait le cœur. Jour après jour sans cesse, à jamais impuissante, vous vivrez dans le chagrin et dans l’horreur.
Nous gardons ce qui est. Sans jamais nous demander si cela doit être. Et nous avons intérêt à ne pas nous interroger sur ce que signifie « être ».
« Je ne sais pas, Manse, je ne sais plus. Ai-je assez de force ? De sagesse, de discipline, de… de résistance ? Dois-je renoncer tant qu’il en est encore temps, accepter le conditionnement qui m’imposera le silence et reprendre le cours de ma vie… tel que l’envisageaient mes parents ?
— Allons, ce n’est pas aussi grave, tu ne fais que grossir tes problèmes. Ce qui n’a rien que de très normal à ce stade de ta formation. Si tu n’étais ni assez intelligente ni assez sensible pour te poser des questions et te faire du souci, voire pour éprouver certaines craintes… eh bien, tu n’aurais pas ta place parmi nous.
»… recherche scientifique, étudier la vie préhistorique. Je t’envie un peu, tu sais. La Terre était un séjour pour les dieux avant que la civilisation ne la souille irrémédiablement.
»… en rien préjudiciable pour tes parents et tes amis. C’est un secret qu’ils n’ont pas à connaître, voilà tout. Ne me dis pas que tu as toujours été franche avec eux ! Et, en fait, tu pourras de temps à autre leur donner certains petits coups de pouce qui leur apparaîtront comme des dons du Ciel.
»… une longévité de plusieurs siècles, sans jamais être malade un seul jour.
»… amis comme tu n’en as jamais connus. Il y a des types fabuleux dans la Patrouille.
»… plaisirs. Des expériences. Une vie pleinement vécue. Que dirais-tu de profiter d’une permission pour découvrir le Parthénon quand il était tout neuf, Chrysopolis quand elle sera sortie de terre, ou carrément la planète Mars ? Randonner à Yellowstone avant l’arrivée de Christophe Colomb, puis faire un saut à Huelva pour lui souhaiter bon voyage ? Voir Nijinski danser, Garrick jouer Lear, Michel-Ange le pinceau à la main ? À toi de faire un vœu et, dans les limites du raisonnable, il sera exaucé. Sans parler des petites fêtes que nous organisons entre nous. Des soirées authentiquement cosmopolites !
»… tu sais très bien que tu ne renonceras pas. Ce n’est pas dans ta nature. Alors fonce ! »
… jusqu’à ce qu’elle l’étreigne une nouvelle fois et dise d’une voix tremblante, partagée entre le rire et les larmes : « Oui. Tu as raison. Oh ! merci, Manse, merci. Tu m’as remis la tête à l’endroit, et ce en… ma parole ! en moins de deux heures, pas possible !