Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Une fois débarrassé de sa coiffe, le casque tenait plus ou moins bien sur la tête du voleur. Jamais Everard ne rentrerait dans la cotte de mailles, mais il ne pensait pas en avoir besoin. Si une sentinelle s’approchait de trop près, il avait désormais une épée pour l’affronter.
Personne ne chercha à l’arrêter lorsqu’il monta sur les remparts et parcourut le chemin de ronde en quête d’un endroit à sa convenance. Vu l’obscurité, les soldats qui l’apercevaient ne remarqueraient rien d’anormal, et sa démarche était si assurée que personne ne songerait à le retarder. Il fit halte à mi-distance de deux guérites, depuis lesquelles il n’apparaissait au mieux que comme une ombre floue. La patrouille chargée de faire la ronde était encore loin.
Il avait passé le lasso autour de ses épaules. D’un mouvement vif, il coinça la boucle autour d’un merlon et jeta la corde en contrebas. Il avait largement de quoi atteindre la bande de terre séparant les murailles des quais. Il enjamba le parapet et se laissa glisser. Les sentinelles trouveraient la corde le lendemain et se demanderaient si elle avait appartenu à un espion ou à un criminel souhaitant quitter la ville, mais il y avait peu de chance pour que Théonis eût vent de l’incident.
Tout en marchant d’un bon pas, il parcourut du regard la contrée alentour. Les maisons et les champs viraient au gris foncé, pour se fondre dans la nuit noire à mesure qu’il s’éloignait, mais quelques braises rougeoyantes signalaient les fermes incendiées. Dans le lointain brillaient les feux de camp de l’ennemi. Ils étaient bien plus abondants de l’autre côté de la ville, acculant Bactres au fleuve qui l’arrosait.
Ses pieds foulèrent bientôt l’herbe. La pente qu’il descendait était si forte qu’il faillit trébucher. Quelque part, un chien hurlait. Il pressa le pas, s’éloignant du rempart pour gagner l’intérieur des terres.
Première chose à faire : me trouver une meule de foin ou quelque chose d’approchant et dormir une poignée d’heures. Je suis vraiment crevé, nom de Dieu ! Demain matin, il faudra que je me procure de l’eau, de la nourriture si possible et… ce dont je pourrai avoir besoin. Je connais l’air et la chanson, mais je n’ai pas de partition et, à la première fausse note, j’aurai droit aux tomates. La Californie de la fin du XXe siècle semblait encore plus lointaine que les étoiles dans le ciel.
Pourquoi diable suis-je en train de penser à la Californie ?
1988 apr. J.C.
Lorsqu’il entendit le téléphone sonner dans son appartement new-yorkais, il étouffa un juron et envisagea un instant de laisser le répondeur enregistrer l’appel. La musique l’emportait vers de nouveaux sommets. Mais c’était peut-être important. Son numéro était sur liste rouge et il ne le donnait pas à tout le monde. Il se leva, décrocha et marmonna : « Manse Everard…
— Bonjour, dit une voix de contralto un rien tremblante, ici Wanda Tamberly. » Il se réjouit aussitôt d’avoir répondu. « Je… j’espère que je ne vous dérange pas.
— Non, non, lui dit-il, je suis seul à la maison ce soir. Que puis-je faire pour vous ? »
Elle se mit à bredouiller. « Manse, je suis sincèrement navrée, mais… notre rendez-vous… serait-il possible de le remettre à un autre jour ?
— Mais bien sûr ! Quel est le problème, si je puis me permettre ?
— C’est… Oh ! ce sont mes parents, ils veulent nous emmener en excursion pour le week-end, ma sœur et moi, avant que je parte rejoindre mon nouveau poste… Déjà que je suis obligée de leur mentir, je ne veux pas en plus leur faire de la peine. Jamais ils ne penseraient à me le reprocher, mais… mais ils pourraient croire à de l’indifférence de ma part. Vous comprenez ?
— Naturellement. Cela ne présente aucune difficulté. » Everard partit d’un petit rire. « L’espace d’un instant, j’ai cru que vous alliez me poser un lapin.
— Hein ? Moi, vous jouer un tour pareil, après tout ce que vous avez fait pour…» Elle s’efforça d’être drôle. « A la veille de rejoindre l’Académie de la Patrouille du temps, une nouvelle recrue annule son rencard avec l’agent non-attaché qui veut fêter sa réussite. D’accord, ça pourrait asseoir ma réputation auprès de mes condisciples, mais je préfère qu’ils m’admirent pour d’autres raisons. » Redevenant sérieuse : « Monsieur… Manse… vous avez été si gentil avec moi. Puis-je vous demander un autre service ? Je ne voudrais pas passer pour une mauviette, ni pour un pot de colle, mais… pourrions-nous discuter deux ou trois heures quand vous viendrez ici ? On peut se passer de restau si votre temps est compté ou si ça vous barbe trop. Je le comprendrai, même si je vous sais trop poli pour me l’avouer. Mais j’ai besoin de… de conseils, et je ferai de mon mieux pour ne pas pleurer sur votre épaule.
— Elle vous est grande ouverte, si j’ose dire. Je regrette d’apprendre que vous avez des ennuis. J’apporterai des mouchoirs de rechange. Et je ne risque pas de me barber, je vous l’assure. Au contraire : j’insiste pour que nous allions dîner à l’issue de cette conversation.
— Oh ! chic, Manse, vous… Enfin, on n’a pas besoin d’aller dans un quatre-étoiles. Vous m’avez déjà fait découvrir des tables fabuleuses, mais je ne suis pas obligée d’arroser mon caviar Béluga avec du Dom Pérignon. »
Il gloussa. « Écoutez, c’est vous qui allez choisir le troquet. Vous vivez à San Francisco, après tout. Étonnez-moi.
— Mais je…
— L’addition n’a aucune importance. Mais, vous connaissant, je suis sûr que vous préférerez un endroit simple et décontracté. Car je crois deviner quel est votre problème, voyez-vous. Et puis je suis du genre à me contenter de palourdes arrosées d’une bonne bière. C’est comme il vous plaira.
— Manse, à vrai dire, je…
— Non, s’il vous plaît, pas au téléphone ; si j’ai deviné juste, il vaut mieux que nous nous parlions face à face. Vous vous posez certaines questions, et je peux déjà vous dire que ça n’a rien d’anormal et que c’est tout à votre honneur. Je vous retrouve où et quand vous le souhaiterez. L’un des avantages du voyage dans le temps, rappelez-vous. Alors ? Et, en attendant, reprenez le moral.
— Merci. Merci infiniment. » Il remarqua la dignité avec laquelle elle prononçait ces mots, ainsi que la façon dont elle régla aussitôt les détails pratiques. Une fille adorable. Qui deviendra sous peu une femme fantastique. Lorsqu’il lui souhaita une bonne nuit, il constata que leur conversation n’avait en rien gâché son plaisir de mélomane, bien que le mouvement en cours présentât un contrepoint des plus subtils. En fait, il se sentait propulsé vers des sommets majestueux. Cette nuit-là, il ne fit que de beaux rêves.
Le lendemain, bouillonnant d’impatience, il emprunta un scooter et partit directement pour San Francisco à la date fixée, se ménageant quelques heures d’avance. « Je pense revenir ce soir, mais assez tard, peut-être même après minuit, dit-il à l’agent de faction. Aussi ne vous inquiétez pas si vous ne voyez pas mon véhicule en prenant votre service demain matin. » Il se procura une clé anti-alarme, qu’il reposerait à son retour dans un certain tiroir, puis prit le bus pour se rendre dans une agence de location de voitures ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Enfin il fila vers le Golden Gâte Park, où il fit une promenade dans l’espoir de se calmer un peu.
Le soir tombait en ce jour de janvier lorsqu’il frappa à la porte des parents de Wanda. À peine celle-ci lui avait-elle ouvert qu’elle lançait un « Au revoir ! » par-dessus son épaule et le rejoignait. L’éclat des réverbères faisait luire ses cheveux blonds. Elle était vêtue d’un sweater, d’une veste de toile et d’une jupe en tweed, et chaussée de souliers à talons plats ; de toute évidence, il ne s’était pas trompé sur la tonalité de leur soirée. Elle lui accorda un sourire doublé d’une ferme poignée de main, mais en voyant la lueur dans ses yeux, il la conduisit sans tarder à sa voiture. « Ravi de vous voir », déclara-t-il.