Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Историческая проза » tant que la terre durera - tome 3
tant que la terre durera - tome 3 - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

tant que la terre durera - tome 3

Электронная книга - «tant que la terre durera - tome 3». Краткое содержание книги:

tant que la terre durera - tome 3
1 ... 27 28 29 30 31 32 33 34 35 ... 104
Перейти на страницу:

CHAPITRE II

Les épreuves étaient criblées de fautes. Avec patience, Nicolas rectifiait l’orthographe, rétablissait la ponctuation, dépouillait le texte de ses coquilles. Parfois, il éprouvait le besoin de renforcer l’expression originale de sa pensée. Tout le début de l’article lui semblait, d’ailleurs, trop abstrait. Ayant réfléchi un moment, il ratura le paragraphe de tête, et inscrivit à la place, d’une plume vive et menue : « Le peuple s’éveille lentement, et ses premières paroles étonnent par leur profonde sagesse. Un paysan de Toula, illettré et pataud, à qui je demandais l’autre jour ce qu’il pensait de la Douma, me répondit… » L’anecdote du paysan de Toula était une invention. Nicolas répugnait à la raconter. Pourtant, elle égaierait heureusement le ton général du morceau. Que faire ? Il releva le front, considéra la chambre sordide, avec ses chromos pendus au mur, sa table de jeu, son samovar en cuivre terne, ses chaises de bois blanc. Des mégots à longs bouts de carton étaient écrasés devant lui, dans une soucoupe. Derrière les vitres, respirait la grande nuit d’hiver, blanche et bleue. La flamme d’un réverbère palpita et s’éteignit sous la fenêtre. « Un paysan de Toula… » Il devait être trois heures du matin. Nicolas avait sommeil. Mais il avait promis de livrer sa copie à l’aube. Autrefois, il goûtait un plaisir douloureux à travailler pour le parti jusqu’aux limites de ses forces. Mais depuis quelques semaines, une lassitude médiocre lui gâchait sa joie. Il se versa un verre de thé tiède, y jeta quelques rondelles de pomme et lapa distraitement le breuvage. Oui, il avait changé. Et le parti avait changé. Les socialistes-révolutionnaires subissaient une crise indéniable. Depuis l’année 1907, des rafles monstres avaient décimé cette armée secrète. Les chefs étaient arrêtés ou se réfugiaient à l’étranger. Les imprimeries clandestines, les laboratoires d’explosifs, les dépôts d’armes tombaient aux mains de la police. Enfin, pour porter un coup suprême à la foi des conspirateurs, Evno Azev, directeur général de l’organisation de combat, était convaincu de servir les intérêts de l’Okhrana, en même temps que ceux des terroristes. Il était le dernier des hommes que ses camarades eussent accusé de trahison. Pourtant, sa duplicité était reconnue par le Comité central, qui publiait à cette occasion un communiqué d’alarme. Cette révélation avait atterré les membres du parti. Un doute nouveau les torturait. Ils se méfiaient les uns des autres. Ils s’épiaient, ne dénonçaient, oubliaient leur fraternité d’autrefois. À cette fièvre de délation, s’était ajoutée, lors des élections de la quatrième Douma, une discorde idéologique très grave. Les socialistes-révolutionnaires devaient-ils participer aux élections de la Douma, ou combattre cette institution faussement démocratique ? Les uns prêchaient l’inutilité de la terreur et la nécessité de collaborer aux travaux de la Douma, afin de préparer légalement et pacifiquement le règne du prolétariat. D’autres proclamaient que la révolution risquait de s’endormir dans le lit du parlementarisme. D’autres encore méditaient de réorganiser le parti par la base, car l’affaire Azev leur avait prouvé les dangers d’une « hiérarchie dynastique ». Et, tandis que le parti se désagrégeait et se cloisonnait de la sorte, des flots de brochures illégales offraient aux fidèles une littérature à laquelle leurs auteurs mêmes ne croyaient plus !

« Un paysan de Toula, à qui je demandais, l’autre jour… »

Nicolas réfléchit à ce paysan fictif et tenta de l’imaginer, avec son buisson de barbe, son nez gonflé, ses grandes mains sarmenteuses. Il existait quelque part, ce paysan. Et il n’avait nul besoin de Nicolas, de Zagouliaïeff, des groupes de combat et de la Douma d’Empire. Il faisait son métier. Nicolas faisait le sien. Cette pensée lui parut atroce. C’était vrai que la conspiration était devenue un métier pour lui. Non plus un sacerdoce passionné, mais une profession, avec ses ennuis, ses intrigues, ses erreurs, sa monotonie. Les changements de domicile, les grèves, les manifestes, les assemblées clandestines, tout cela était aussi habituel et morne que les incidents d’une vie de bureau. Accoutumé à se cacher, à feindre, il avait découvert, dans cette existence souterraine, un certain confort moral, et même (n’était-ce pas absurde ?) matériel. Quand il évoquait le parti, il le voyait sous l’aspect d’une vaste administration, avec son règlement, sa hiérarchie, ses employés bien notés, ou mal notés, ses avancements au mérite ou à l’ancienneté, ses affaires courantes, ses complots de couloirs, sa routine. Il y avait les rédacteurs de tracts, les imprimeurs, les ingénieurs, les ébénistes, les spécialistes de la désorganisation dans les casernes, et ceux qui ne travaillaient que dans les usines ou dans les universités. Chacun tenait son rôle. Et, depuis des années, il en était ainsi. La révolution se faisait trop attendre. À parler si longtemps de « masses ouvrières », de « technique insurrectionnelle » et de « drapeau rouge levé contre la monarchie », les membres du parti avaient usé la vertu de ces mots. Nicolas lui-même ne les écrivait plus, ne les disait plus avec le même enthousiasme. Par moments, ils lui semblaient dénués de sens. Alors, Nicolas se souvenait avec nostalgie de l’époque lointaine où les seuls cris de « Terre, Liberté, Égalité », l’enflammaient d’une ardeur religieuse. Ces mêmes paroles, inutiles maintenant, bourdonnaient aux réunions de Bâle. Personne n’y prenait garde. La machine tournait à vide. La jeune révolution s’assoupissait dans la paperasse.

Zagouliaïeff s’était rendu en Suisse pour assister au congrès socialiste international de novembre 1912. Mais, bien plus que Nicolas, il ne croyait à l’efficacité de ces assemblées bavardes. Il avait annoncé son retour pour le lendemain, 5 décembre. Nicolas devait l’attendre chez lui. Et qu’y aurait-il de changé après cette rencontre ? Nicolas alluma une nouvelle cigarette et repoussa les papiers qui encombraient sa table. Le froid coulait des murs. Un silence mort emprisonnait la ville, la maison, jusqu’à cette chambre du quatrième étage, où un homme réfléchissait, tentait encore de vivre.

— Je ne peux plus ainsi, murmura Nicolas.

Des houilles friables s’écroulèrent dans le poêle de faïence.

— Je ne peux plus ainsi…

Il y avait un manque dans son cœur. Comme s’il avait perdu une maîtresse et ne savait plus à qui dédier son amour. La révolution l’avait attiré d’abord par tout ce qu’elle exigeait de renoncement et de courage. Il avait aimé les tourments de conscience qu’elle lui imposait, ce jeu de terrain gagné, lâché et reconquis, ce va-et-vient, ces triomphes dont il était aussi la victime, ces défaites dont il était aussi le champion. Pendant longtemps, il s’était battu comme un forcené contre les mythes sacrés de son enfance. Il avait souffert d’humilier ce qui lui était cher. Il avait fait sa révolution. Une révolution intérieure, qui n’avait rien à voir avec l’autre. Et, maintenant que cette révolution intérieure était consommée, il s’étonnait que, hors de lui, l’autre révolution, celle des hommes, ne fût pas encore victorieuse. Était-il interdit, selon la doctrine socialiste, de se perfectionner soi-même avant de prétendre perfectionner le monde ? Pouvait-on concevoir une résurrection matérielle qui ne fût pas doublée d’une résurrection morale ? Allons donc ! La révolution, pour être efficace, devait opérer simultanément dans l’âme de chacun et dans le monde de tous. Secrète et personnelle, en même temps que publique et universelle. Que deviendrait la liberté, si ceux qui l’instituaient par la force étaient indignes de la penser par le cœur, si les hommes de demain s’employaient à régénérer le pays avant de s’être régénérés eux-mêmes ?

1 ... 27 28 29 30 31 32 33 34 35 ... 104
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)