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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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Dès le départ, la bande à Baldisseri travaille avec les cardinaux les plus ouverts et les plus gay-friendly : l’Allemand Walter Kasper, chef de file des libéraux au Vatican, qui a été chargé de rédiger le rapport préparatoire, ainsi que l’Autrichien Christoph Schönborn et le Hondurien Óscar Maradiaga, ami personnel du pape.

— Notre ligne, sur le fond, c’était celle de Kasper. Mais ce qui était également important, c’était la méthode. Le pape a voulu ouvrir les portes et les fenêtres. Il fallait que le débat ait lieu partout, dans les conférences épiscopales, dans les diocèses, parmi les croyants. Le peuple de Dieu devait se prononcer, me raconte Baldisseri.

Cette méthode est inédite. Et quelle rupture par rapport à Jean-Paul II, qui fut l’archétype du « control-freak », ou à Benoît XVI, qui refusait d’ouvrir ce genre de débats par principe et par peur ! En déléguant à la base la préparation du synode, en lançant une vaste consultation en trente-huit questions dans les quatre coins du monde, François pense pouvoir changer la donne. Il veut remettre l’Église en mouvement. Ce faisant, il entend surtout contourner la curie et les cardinaux en place, lesquels, habitués à la théocratie absolue et à l’infaillibilité papale, ont tout de suite senti le piège.

— On a changé les habitudes, c’est vrai. C’est la méthode qui a surpris, m’explique prudemment le cardinal.

La bande à Baldisseri va vite, c’est sûr. Confiant, peut-être téméraire, Walter Kasper fait savoir publiquement, avant même le synode, que les « unions homosexuelles, si elles sont vécues de manière stable et responsable, sont respectables ». Respectables ? Ce seul mot constitue déjà en soi une révélation.

À partir de cette immense consultation de terrain, le secrétariat du synode prépare un texte préliminaire que les cardinaux discuteront.

— L’appel au débat a été entendu. Les réponses sont arrivées en masse, de partout, dans toutes les langues. Les conférences épiscopales ont répondu ; les experts ont répondu ; beaucoup d’individus ont également répondu, se réjouit Baldisseri.

Une quinzaine de prêtres sont mobilisés en urgence pour lire toutes ces notes, ces lettres arrivées par milliers, un flot inattendu, une vague sans précédent. Il faut aussi traiter les réponses provenant des 114 conférences épiscopales et de presque 800 associations catholiques, en d’innombrables langues. Parallèlement, plusieurs plumes (dont au moins un homosexuel que j’ai rencontré) sont mobilisées pour écrire les premiers jets d’un texte qui deviendra, un an plus tard, la célèbre exhortation apostolique : Amoris lætitia.

Une formule est ajoutée à dessein dans ce brouillon : « Les homosexuels ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne. » Une autre est une référence explicite au sida : « Sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu’il existe des cas où le soutien réciproque jusqu’au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires. »

— François venait ici chaque semaine, me raconte Baldisseri. Il présidait personnellement les sessions où nous débattions des propositions.

POURQUOI FRANÇOIS a-t-il choisi de bouger sur les questions de famille et de morale sexuelle ? Outre le cardinal Baldisseri, et certains de ses collaborateurs, j’ai interrogé sur ce point des dizaines de cardinaux, évêques et nonces, à Rome et dans une trentaine de pays, opposants ou soutiens de François, partisans du synode ou réfractaires. Ces entretiens me permettent de retracer le plan secret du pape et la bataille inimaginable qui va bientôt se jouer entre deux factions homosexualisées de l’Église.

Dès le début de son pontificat, le pape a mis en garde la curie, tant sur les affaires financières que sexuelles : « Nous sommes tous des pécheurs, mais nous ne sommes pas tous corrompus. Les pécheurs doivent être acceptés, pas les corrompus. » Il entend dénoncer les doubles vies et prône une tolérance zéro.

Plus encore que les traditionalistes et les conservateurs, François déteste avant tout, on l’a vu, les rigides hypocrites. Pourquoi continuer à s’opposer au sacrement pour les divorcés remariés quand les prêtres, eux-mêmes, sont si nombreux à vivre en concubinage avec une femme en Amérique latine et en Afrique ? Pourquoi continuer à haïr les homosexuels quand ils sont si majoritaires parmi les cardinaux et autour de lui au Vatican ? Comment réformer la curie, empêtrée dans le déni et le mensonge, quand un nombre insensé de cardinaux et la majorité des secrétaires d’État depuis 1980 pratiquent une vie contraire (trois sur quatre selon mes informations) ? S’il est grand temps de faire le ménage, comme on dit, par où commencer quand l’Église est au bord du gouffre en proie à l’une des crises les plus graves de son histoire.

Quand François entend ses opposants, ces cardinaux rigides qui enchaînent les discours conservateurs, misogynes ou homophobes et publient des textes contre son libéralisme sexuel◦– les Raymond Burke, Carlo Caffarra, Joachim Meisner, Gerhard Ludwig Müller, Walter Brandmüller, Mauro Piacenza, Velasio De Paolis, Tarcisio Bertone, George Pell, Angelo Bagnasco, Antonio Cañizares, Kurt Koch, Paul Josef Cordes, Willem Eijk, Joseph Levada, Marc Ouellet, Antonio Rouco Varela, Juan Luis Cipriani, Juan Sandoval Íñiguez, Norberto Rivera, Javier Errázuriz, Angelo Scola, Camillo Ruini, Robert Sarah et tant d’autres –, il ne peut qu’être abasourdi. Comment osent-ils, pense le saint-père qui est bien renseigné par ses proches sur cette invraisemblable paroisse.

François, surtout, est exaspéré par les affaires d’abus sexuels qui gangrènent par milliers – par dizaines de milliers en fait – l’Église catholique partout dans le monde. Chaque semaine, de nouvelles plaintes sont déposées, des évêques sont montrés du doigt ou inculpés, des prêtres sont condamnés, et les scandales succèdent aux scandales. Dans plus de 80 % des cas, ces affaires concernent des abus homosexuels◦– très rarement hétérosexuels.

En Amérique latine, les épiscopats sont hautement compromis et soupçonnés d’avoir souvent minoré les faits, tant au Mexique (Norberto Rivera et Juan Sandoval Íñiguez) qu’au Pérou (Juan Luis Cipriani). Au Chili, le scandale est tel que l’ensemble des évêques du pays doit démissionner, alors même que la plupart des nonces et des prélats, à commencer par les cardinaux Javier Errázuriz et Ricardo Ezzati, sont mis en cause (ils viennent tous les deux d’être mis en examen par la justice chilienne). Partout l’Église a été critiquée au plus haut niveau : en Autriche (Hans Hermann Groër), en Écosse et en Irlande (Keith O’Brien, Sean Brady), en France (Philippe Barbarin), en Belgique (Godfried Danneels) et ainsi de suite aux États-Unis, en Allemagne, etc. En Australie, c’est le « ministre » de l’Économie du Vatican, George Pell, qui est lui-même inculpé et finalement condamné à Melbourne. Des dizaines de cardinaux sont dénoncés nommément par la presse ou convoqués par la justice pour avoir couvert par leur inertie ou leur hypocrisie les méfaits sexuels commis par des prêtres, quand ils ne sont pas personnellement accusés de tels actes. En Italie, les affaires du même genre se multiplient aussi, impliquant des dizaines d’évêques et plusieurs cardinaux, même si la presse de la péninsule garde encore, étrangement, une sorte de retenue pour les révéler. Mais le pape et sa garde rapprochée savent bien que la digue va finir par céder, même en Italie.

Lors d’un entretien informel, à Rome, le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, me décrit la propagation inimaginable des affaires d’abus sexuels. L’homme est un expert en double langage : c’est un ratzinguérien qui prétend défendre le pape François. Pourtant, les chiffres que le Québécois évoque avec moi sont affolants. Il peint une Église littéralement en train d’exploser. Selon lui, toutes les paroisses du monde, toutes les conférences épiscopales, tous les diocèses seraient souillés. Le tableau que me dresse Ouellet est terrifiant : l’Église apparaît tel un Titanic en train de sombrer, alors que l’orchestre continue de jouer. « C’est instoppable », me dira, glacé d’effroi, l’un des collaborateurs gays de Ouellet, que j’ai également interviewé. (Dans un deuxième « mémo », Mgr Viganò dénoncera l’entourage homosexuel de Marc Ouellet.)

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