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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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— Ton père est formidable, dit Mélanie en s’efforçant d’allonger le pas derrière Kelly.

Le vent d’avril balayait l’aire de stationnement et rabattait ses fins cheveux sur son visage ; elle enviait Kelly et ses tresses brunes impeccablement nouées.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Il est drôle. Sympathique. Et bel homme, ajouta Mélanie en gloussant. Je sais que je le mets mal à l’aise, et il fait tout ce qu’il peut pour que ça ne se voie pas.

— Il ne comprend pas les mutants.

— Il n’en a pas rencontré à l’armée ?

— Pas souvent. On dirait qu’ils évitent assez facilement d’être incorporés.

Mélanie sourit en songeant avec quelle habileté ses cousins plus âgés s’étaient donné un petit coup de pouce télépathique afin d’influencer les conseils de révision.

— Ne le prends pas pour toi, dit Kelly, mais vous êtes un mystère pour mon père. Pour la plupart des gens, d’ailleurs. Et c’est cela qui les rend mal à l’aise.

— Et moi, je me sens comment, à ton avis ? répliqua Mélanie. Si tu crois que ça me plaît ? Ou bien les gens font des tas d’efforts pour se montrer gentils et finissent par en faire trop, ce qui rend les choses encore pires, ou bien ils sont désagréables.

La jeune mutante s’appuya contre le glisseur bleu tandis que Kelly fouillait dans le coffre.

— Oui. Je me demande bien pourquoi les mutants se fatiguent encore à essayer de s’entendre avec les non-mutants. La plupart du temps, nous nous comportons à votre égard comme des imbéciles.

Elle agrippa la poignée d’une sacoche verte qu’elle sortit du coffre avant de le refermer. Mélanie haussa les épaules.

— On ne peut pas éternellement se cacher. D’ailleurs, nous n’avons pas le choix. Vous êtes plus nombreux que nous.

— Le nombre des mutants augmente chaque année, non ?

— Si, bien sûr. Mais il nous faudrait passer tout notre temps à faire des bébés si on voulait vous rattraper.

— Ça serait amusant, remarqua Kelly en faisant tournoyer la sacoche. (Puis s’arrêtant brusquement, le visage grave :) Que penses-tu des bébés à moitié mutants ?

— Il n’y en a pas beaucoup.

— Est-ce qu’ils ont les pouvoirs des mutants ?

— Certains, oui. Mais le clan décourage les mariages mixtes.

— Oui, c’est ce que tu m’as dit.

Kelly s’était arrêtée, le regard perdu dans le lointain.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

— Rien.

— Tu es sûre ?

— Oui. Je réfléchissais simplement à l’avenir.

Elle se tourna vers Mélanie.

— Tu penses à mon frère, n’est-ce pas ? dit celle-ci.

Kelly hocha la tête.

— Je suis amoureuse de lui, fit-elle presque dans un souffle.

— Amoureuse ? répéta Mélanie en prenant son amie par l’épaule. Tu le lui as dit ?

— Non.

La voix de Kelly était comme cassée. Décontenancée, Mélanie la serra dans ses bras.

— Ne pleure pas. Je suis prête à parier qu’il t’aime aussi. Pourquoi ne le lui demandes-tu pas ?

— J’aurais l’air idiote. Il doit me le dire sans que je le lui demande, ou alors ça n’a pas de sens.

— Sans doute.

Mélanie lâcha son amie. Elle se sentait déchirée entre l’envie de l’aider et le refus de s’impliquer. Elle avait ses propres projets. Et elle avait pris suffisamment de risques en mentant à ses parents à propos de cet après-midi. La vie amoureuse de son frère ne concernait que lui. Sauf que Kelly était son amie. Mais comment lui dire que ce à quoi elle aspirait le plus était impossible ?

— Allons. Tu ne veux pas que ton père te voie en larmes, hein ?

Elle lui tendit un Kleenex.

— Merci. Si on parlait d’autre chose, suggéra Kelly en s’essuyant les yeux. Que vas-tu faire après tes examens ?

— Je crois que j’ai trouvé un boulot pour l’été à Washington. (À cette perspective, les yeux de Mélanie se mirent à briller.) Après ça, je ne sais pas. Je ne veux pas retourner aux études tout de suite.

— Ton père ne voulait pas que tu travailles pour lui ?

— Si, c’est ce qu’il ne cesse de répéter. Mais je préférerais travailler ailleurs. Organiser ma vie par moi-même et leur montrer que je peux me débrouiller.

Mélanie se repassa mentalement la petite annonce qu’elle avait vue à la télévision : « Vous avez dix-huit ans ou plus ? Il y a un travail pour vous cet été à Washington. Boîte postale E, code 7172A…» Elle songea à la grosse enveloppe enfermée dans son armoire. La semaine précédente, elle avait rempli et renvoyé les formulaires de candidature. Et hier, la réponse était arrivée. Un emploi comme hôtesse au Palais des Congrès de Washington ! Peut-être y rencontrerait-elle des gens de la télé.

— Si seulement je savais ce que je veux faire ! s’écria Kelly d’un ton envieux.

Tout en lui adressant un regard de sympathie, Mélanie essaya de se rappeler à quand remontait la dernière fois où quelqu’un l’avait enviée. Et ça n’était pas une sensation désagréable.

8

Un brin essoufflée, Andie s’assit à la longue table de conférences en bois de teck. Le roboserveur avait déjà servi la première tournée de café dans les inévitables petites tasses blanches. La ville tout entière semblait fonctionner à la caféine brésilienne. Pour ceux qui désiraient une dose plus concentrée, des seringues étaient disposées dans des sachets stériles sur un plateau en argent près de la porte. Craddick en avait déjà deux, vides, devant lui. Andie n’en fut pas surprise ; ce n’était pas la première réunion au cours du séjour où elle remarquait que l’homme avait tendance à sombrer dans la somnolence.

Jacobsen était assise au centre, un bloc-écran ouvert devant elle, avec, à portée de main, une tasse emplie d’un liquide qui ressemblait à du thé en train de refroidir. Elle adressa un hochement de tête à la jeune femme, tout en continuant de parler.

Ainsi qu’Andie l’avait pressenti, l’enquête n’avait pas donné grand-chose. Horner et son assistant observaient un silence hautain. Craddick faisait un commentaire de temps à autre, mais c’était essentiellement Jacobsen qui assurait le spectacle. Et le sénateur mutant paraissait fatigué.

— Le Dr Ribeiros semble vouloir pleinement coopérer, déclara Jacobsen. (Y avait-il une pointe d’ironie dans sa voix ?) Au cours des huit jours qui nous restent, je suggère que nous nous répartissions les tâches. À compter du début de la semaine qui vient, je propose que le sénateur Horner utilise ses relations avec le clergé pour nous organiser une rencontre ici avec l’archevêque. Le sénateur Craddick pourrait peut-être se rendre dans la clinique de Jacarepaguâ. Je poursuivrai pour ma part mes entretiens avec le Dr Ribeiros.

Jacarepaguâ ? N’était-ce pas la clinique où Skerry avait trouvé les informations sur les expériences génétiques ? Au diable, les espions ! Il fallait en parler à Jacobsen, en privé. Andie attendit avec impatience la fin de la conférence et regarda la salle se vider. Karim lui fit un signe. Elle le verrait plus tard, à la clinique de Ribeiros. Mais au moment où elle se tournait vers Jacobsen, une ombre se dressa devant elle.

— Jeune dame, excusez-moi. M’accorderez-vous quelques instants, vous et notre charmant sénateur ?

Le révérend Horner se glissa sur le siège entre elle et Jacobsen, laquelle arborait un sourire glacial. Andie prit une profonde inspiration et résista à l’envie d’empoigner les bras du fauteuil de Horner. Une simple et franche poussée, et il basculerait et irait fracasser la baie vitrée, la bouche ouverte sur un O de stupéfaction. Et, lentement, il dégringolerait les vingt étages, pour s’écraser dans la rue au beau milieu de la circulation trépidante. Elle imagina le cri ténu flottant dans l’air moite. Elle referma son bloc-écran dans un bruit sec et gratifia le sénateur d’un grand sourire.

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