Galantine de volaille pour dames frivoles
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1987
- Язык: французский
- ISBN: 2-265-03740-0
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Galantine de volaille pour dames frivoles». Краткое содержание книги:
Le célèbre journaliste, monarque incontesté de la littérature actuelle, vient de nous adresser un rectificatif pour nous dire sa crainte de voir cet « après » mal interprété et créer une notion de subalternité dont San-Antonio aurait à souffrir par rapport à Shakespeare ; il préférerait substituer à son « après » la préposition « depuis », qu'il juge moins équivoque.
Nous le remercions pour sa grande probité morale et espérons que le présent ouvrage renforcera encore son admiration pour l'immense écrivain.
Les éditeurs.
— Je l'ai faite en dernier, déclare-t-il, il était minuit passé. Elle bambochait avec des gens que je n'ai pas vus et, pour me parler, m'a reçu dans sa chambre. J'entendais rire et plaisanter en anglais dans le salon voisin. Elle portait une robe de soie ouverte sur le côté plus haut que son cul que je pouvais voir comme je te vois. Lorsque j'ai parlé de Béru, elle a pouffé de rire. M'a dit que ce gros flic dégueulasse avait essayé de la peloter et qu'elle lui avait mis une baffe dans la gueule, ce qui, soit dit confidentiellement, n'était pas volé. Vexé, le Gros est parti en claquant la porte. Tu sais que si cet empaffé se met à sauter sur toutes les femmes qu'il approche au cours d'une enquête, il faudra le mettre à la retraite anticipée ou le gaver de bromure !
— Donc, résumé-je, opération blanche en ce qui concerne le cas Bérurier ?
— Absolument.
— On piétine, mec. On piétine.
— Quels sont tes projets ?
— Passer à la Grande Taule voir si les services compétents ont du nouveau concernant la fille Smurgh.
On s'y rend, on s'informe. Mais c'est ballepeau. Le néant ; à croire que la môme s'est désintégrée après l'histoire du rentier pendu.
Le gars Jérémie fulmine.
— Routine, routine ! Ça ronronne, mon vieux ! Ah ! ils sont chiés, tes archers ! Des fonctionnaires ! Et qui ne fonctionnent pas !
— O.K., lui dis-je, aussi nous allons changer de tactique. Viens !
Près de mon bureau, à la Maison Perdreaux Futés, il en est un autre, encore plus sinistros, plus exigu, cradingue et malodorant, qui est celui que se partagent Béru et Pinaud.
Ça sent les pieds de fantassins à l'issue d'une marche forcée, le vin répandu, le clope froid, la guenille, le saucisson rance et les pets jamais ventilés.
J'en pousse doucement la lourde. Et ce que je cherche est là, tassé dans un fauteuil métallique, le bitos plongeant, les mains décharnées croisées sur une braguette flasque.
Pinuche !
On ne le dérange plus guère, le Débris. Les choses étant ce caleçon et la vie archisalope, on le laisse stagner dans ses vétustés. Il finit sa vaillante carrière en marmotte, pionçant dans ses hardes, son éternel mégot vissé dans sa bouche décolorée. De temps à autre, on se rappelle qu'il existe et qu'il aura été sans aucun doute l'un des cinq ou six meilleurs flics de la République. Alors on va le réveiller et on lui confie une mission dont il s'acquitte impeccablement. N'après quoi, il te raconte les toutes dernières maladies de sa vieille et se rendort, pelotonné dans son éternité.
Je m'avance à pas de loup. Saisis son chapeau par la coiffe et le lui replace droit sur la tête.
Il se réveille. Son sourire produit un léger bruit pareil à celui d'une enveloppe que tu décachettes sans la déchirer.
— Oh ! c'est toi, Antoine.
— Pardonne-moi de te réveiller en sursaut après seulement trois mois de sommeil, mon bon César, mais j'ai une mission délicate et urgentissime à te confier.
Le cher homme réitère son sourire béat d'homme se sachant promis tôt ou tard à la canonisation.
— Voici des photos anciennes, un portrait robot récent et l'identité d'une fille qui vit en compagnie d'un tueur à gages. Tu trouveras également sur cette fiche son pedigree ; du moins le peu qu'on en connaît. Je suis fondé à supposer que la femelle en question change fréquemment de domicile et qu'elle habite des studios meublés ; mais, je te le répète, il s'agit de pures suppositions. Si elles sont exactes, la donzelle viendrait d'emménager de nouveau. Connaissant ton flair surpuissant, je te charge de la retrouver. Mais, comme dirait le Vieux, rien ne presse, et si tu me la retrouves avant l'heure du déjeuner ça ira !
Il rit moite.
— Compte sur moi, j'ai besoin de me dépenser, je me rouillais.
Altruiste jusqu'entre les orteils des pieds, je risque la question qui lui procure toujours le plus de délectation.
— Comment se porte ton épouse ?
Et alors, tu sais quoi ? Tu veux que je te raconte ? Tiens-toi bien à la rambarde. Contre toute appréhension et, pour la première fois depuis qu'on se pratique, Baderne-Baderne me répond :
— Elle va très bien, je te remercie !
Le monde bascule, les gars ! Le monde bascule. Ou alors j'ai plus le pied marin ni la douceur angevine.
On ne peut pas être au fourré et au moulin !
La phrase me tracasse le grenier à conneries.
On marche à grandes enjambées dans les rues, M. Blanc et moi. Je te dirais bien qu'il me suit « comme mon ombre », mais on va encore dire que je fais du racisme primaire, à trois dollars le pot de boutade.
J'entre dans un troquet, vais m'accouder au bar. Le mastroquet, style vieux cocu chauve à varices et tricot de corps renouvelable en début d'année par taciturne reconduction, demande d'une voix préenregistrée et vachement sempiternelle :
— Et pour monsieur ce sera ?
— Un grand beaujolais villages ! réponds-je.
— Du vin rouge, le matin ? s'étonne M. Blanc. T'as pas peur de ta journée !
— Qu'est-ce t'as à la ram'ner, Niacouais de mes fesses ! l'envoyé-je rebondir.
Il me fixe, indécis, au bord de l'explosion, puis se calme.
— J'vais m'occuper de ta chargée culturelle du Toufoulkan, décidé-je. Celle qui fait d'l'épate au Royal Castro.
— Je ne crois pas que tu obtiennes davantage d'elle que je n'en ai obtenu, rétroque-t-il, pincé.
— Ça, c'est mon affaire, Blanche-Neige ! T'as pas la science infusée, et mes dons d'enquêteur sont majeurs et vaccinés alors qu'les tiens vagissent encore dans leur berceau !
Il paraît soucieux, Jérémie, avec son verre de limonade-citron entre les doigts. J'veux bien que la vie ne soit qu'une longue attente indécise débouchant sur la mort, mais y a pas lieu de s'en formaliser à ce point. A le voir, t'as l'impression qu'il a déposé une bombe dans l'immeuble d'en face et qu'il attend qu'elle crache son venin.
— Tu te sens bien ? murmure-t-il.
— Quelle idée grenue ! Si je m'sentais pas bien, j'me ferais sentir par quéqu'un d'aut', mon pote !
— Tu as l'air bizarre !
— Où qu't'as pris ça, mec ? J'me porte comme un hêtre, un saule ou un charme !
Et voilà que je pouffe d'un inextinguible rire.
— Une aut', gargotier de l'enfer ! lancé-je au bougnat.
Lui, qu'on l'appelle commak ou Ducon, il s'en formalise pas ; ce qui lui importe, c'est son tiroir-caisse qu'il couve de sa bonbonne d'hydropique.
— Je te jure que tu n'es plus pareil, ce matin, murmure M. Blanc. D'abord tu es tout congestionné, tu as même des valises sous les yeux. Et puis, je m'excuse de te le dire, mais t'as l'air con.
Alors là, je fais front. D'une poigne d'airain je cramponne le revers de son prince-de-galles.
— Tu sais à qui qu'tu causes, mec ? C'est pas un enviandé de nègre qui va m'insulter dans un lieu public, j'aim'rais qu'tu le suces ! Qu'tu soyes le chouchou et protégé personnel à Sana te confrère pas des droits spéciaux, l'ami ! C'est pas parce que l'homme descend d'toi qu'y faut qu'tu t'permisses des primautés, bordel ! Maint'nant casse-toi rapidos avant qu'je pique ma crise des grands jours !