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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Que faire ? En matière de renseignements, c’était un trésor qu’il venait de déterrer là. Certaines des informations collectées confirmaient ce qu’il savait, d’autres satisfaisaient sa curiosité sans rien avoir de fondamental, mais quelques-unes étaient d’une valeur inestimable. À condition qu’il puisse les transmettre à la Patrouille. Ce qui était impossible. À moins qu’il ne se dégotte un émetteur-récepteur. Devait-il risquer le coup ou bien filer à l’anglaise ?

Peu à peu, tandis qu’il patientait parmi les arbustes parfumés, le doute laissa la place à la décision. Il était isolé et devait se débrouiller tout seul. Quoi qu’il fasse, il courrait un risque. Agir avec inconscience signifierait trahir sa mission, mais il pensait pouvoir se permettre un coup d’audace.

Il estima qu’une heure s’était écoulée. Raor et ses boys devaient être trop occupés pour se soucier du monde extérieur. La maison était probablement truffée de systèmes d’alarme, mais il n’y en avait sans doute aucun qui détectât les intrus. Les allées et venues des esclaves et des visiteurs auraient pu les faire réagir hors de propos, et la maîtresse de lieux aurait eu toutes les peines du monde à expliquer le phénomène.

Il se leva, assouplit ses muscles noués de crampes et s’approcha de la fenêtre toujours ouverte. Il saisit la lampe glissée dans sa bourse. Longue d’une douzaine de centimètres, elle avait l’aspect d’une figurine en ivoire représentant le dieu Apollon, un talisman répandu en cette époque. Lorsqu’il en pressa les chevilles, la tête émit un fin pinceau lumineux. Les propos qu’il avait entendus cette nuit confirmaient ses soupçons : l’ennemi disposait de capteurs susceptibles de repérer toute énergie anachronique dans les parages. Nul doute que les Exaltationnistes étaient équipés de récepteurs personnels qui les alerteraient sur-le-champ en cas de besoin. Mais ce petit gadget était alimenté par une vulgaire cellule photonique et son action ne différait en rien de celle d’un organisme animal ou végétal.

En n’allumant la lampe que par à-coups, il enjamba le rebord de la fenêtre et traversa le salon pour gagner un couloir. Silencieux comme un lynx, il passa devant deux portes ouvertes et jeta un bref coup d’œil derrière elles. Des chambres meublées avec une opulence typique du lieu et de l’époque. Deux autres portes se révélèrent fermées. La première était décorée de sculptures en bois ; nymphes et satyres semblaient frémir sous le rayon lumineux. Il tendit l’oreille et perçut des soupirs dignes de ces créatures de plaisir. De toute évidence, Théonis et ses camarades s’en donnaient à cœur joie derrière ces lambris. Everard resta planté là une minute, tremblant de désir, puis poursuivit son inspection.

Comment se fait-il quelle me fasse un tel effet ? Est-ce dû à sa beauté, à sa lascivité ou bien à des émissions de phéromones ? Il se força à sourire. Frapper au-dessous de la ceinture, c’est bien dans la manière des Exaltationnistes.

La seconde porte était en bois massif. De toute évidence, elle donnait accès à toute la partie arrière de la maison. Ouais, c’est sûrement ici qu’ils planquent leurs scooters, leurs gadgets et leurs armes. Pas question de forcer ce verrou ridicule. Ce n’était qu’un leurre. Le véritable verrou réagirait à sa tentative et alerterait toute la maisonnée.

Il monta à l’étage mais s’arrêta sur le palier. Quelques coups de lampe à droite et à gauche, et il vérifia que ce niveau était totalement utilitaire. Il était naturel que Théonis ferme à clé la réserve où elle conservait les cadeaux coûteux que recevait une hétaïre de sa classe. Mais une seconde chambre secrète aurait donné naissance à des ragots malvenus.

Everard retourna au rez-de-chaussée. Je ferais mieux de m’éclipser tant qu’il en est encore temps. Dommage que je ne puisse pas emporter un souvenir. Mais il était déraisonnable d’espérer trouver un flingue ou un communicateur traînant dans un coin. J’ai pu me faire une idée du plan de l’immeuble, et c’est déjà beaucoup.

Non que ce soit de nature à lui servir pour le moment. Mais on ne sait jamais.

De retour dans le patio, il grimpa sur le toit. Arrivé sur la corniche, il dégaina son couteau. Grâce à sa lampe torche, il découpa la corde côté boucle jusqu’à ce qu’elle ne tienne que par quelques fibres. Puis il lança l’autre extrémité dans la rue et se laissa glisser.

Si la corde cédait avant qu’il ait atterri, il ne ferait pas trop de bruit en tombant. En fait, elle tint bon et il dut tirer dessus à plusieurs reprises pour achever de la rompre. Mieux valait ne laisser aucune trace. Il se planqua dans une ruelle, où il remit ses sandales et son manteau, enroula la corde et fit un nouveau nœud coulant.

Bon. Maintenant, on quitte la ville. Plus facile à dire qu’à faire. Les portes étaient fermées et placées sous bonne garde ; remparts et tourelles grouillaient de sentinelles.

Il avait repéré l’endroit le plus favorable pendant la journée. Tout près du fleuve, naturellement, car une attaque surprise était impensable dans ce secteur, qui était par conséquent moins gardé que les autres. Mais les sentinelles affectées là étaient aussi vigilantes qu’ailleurs, et elles réagiraient sur-le-champ à l’approche de tout individu suspect, en particulier s’il était armé. Ses atouts étaient les suivants : sa taille, sa force, sa science du combat et sa détermination sans failles.

Sans compter mon caractère un peu bourrin. Si j’ai pu m’introduire chez Raor, c’est sans doute qu’elle n’avait pas imaginé une tactique aussi primaire.

Arrivé à proximité de sa cible, il s’engagea dans une ruelle donnant sur le pomerium, dont l’obscurité était propice à la planque qu’il devait s’imposer. L’attente fut longue. La lune monta dans le ciel. Il faillit passer à l’action par deux fois, mais se retint en jugeant que le risque était trop élevé. Il pouvait se permettre de patienter. L’esprit du tigre était en lui.

Voilà enfin sa chance : un soldat s’avançant seul sur la chaussée, en route pour se présenter à ses supérieurs avant son tour de garde, et personne d’autre à proximité. Sans doute avait-il fait le mur pour retrouver une mère ou une fiancée, jusqu’à ce qu’une clepsydre, voire le sens de la durée qu’acquièrent souvent les hommes par instinct, lui signale que l’heure tournait. Ses sandales cloutées résonnaient sur les dalles. Le clair de lune faisait luire son casque et sa cotte de mailles. Everard se rua sur lui.

Le jeune homme ne vit ni n’entendit rien. De grosses mains se refermèrent sur sa gorge, des doigts pressèrent ses carotides. Il se débattit un moment, incapable de seulement crier. Ses talons tambourinèrent sur les dalles. Puis il s’avachit et Everard l’emporta dans une ruelle.

Le Patrouilleur se tendit, prêt à fuir si nécessaire. Pas un cri, pas un bruit de pas. Il avait réussi. Le jeune homme frissonna, gémit, aspira une goulée d’air, s’efforça de reprendre conscience.

Le tuer d’un coup de couteau était la solution la plus raisonnable. Mais le clair de lune illumina son visage : il était bien jeune, et, quel que soit son âge, Everard n’avait rien contre lui. La lame luisit devant son œil. « Tiens-toi tranquille et tu vivras. »

Heureusement pour lui, et pour la conscience d’Everard, il obtempéra. On le découvrirait le matin venu, ligoté par une corde et bâillonné par un bout de tissu arraché à son pagne. Peut-être aurait-il droit à quelques coups de fouet, ou à une séance de marche forcée avec paquetage – aucune importance. Quant au larcin dont il avait été la victime, ses supérieurs préféreraient étouffer l’affaire.

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