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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Ce serait le comble qu’un clochard nous mette sur la voie, mais que fait donc la police ? lança ce dernier, mi-colère, mi-provocateur. Interrogez vous-même cet individu, mademoiselle Frossard.

L’étroitesse de la pièce où travaillait le lieutenant ne permettait pas à plusieurs personnes en même temps d’y séjourner longtemps. Euranie Frossard interrogeait le sans-abri, Toussaint à ses côtés. L’odeur qui se dégageait de la parka déchirée de Lulu ne semblait pas l’incommoder, pas une narine ne frémissait sur son beau visage. Non qu’il fût sale — le clochard était même pointilleux sur le chapitre de la propreté et se rendait aux bains-douches une fois par mois — mais ses vêtements étaient imprégnés d’odeurs indéfinissables entre urine et graillon.

— Monsieur Despoisses, commença la commissaire.

Lulu se tourna ostensiblement vers le brigadier-chef, signifiant que c’était de cette manière qu’il devait être traité, respectueusement.

— Pourriez-vous me décrire l’homme qui a agressé votre ami Jeannot, au mois de novembre, dans ce square de bord de Seine ?

Le SDF fit un effort de concentration en gonflant ses poumons puis en bloquant sa respiration.

— C’était un gars normal, j’veux dire pas un des nôtres, pas un gars d’la rue, même s’il était habillé un peu comme nous.

— Vous sous-entendez que cet homme faisait semblant d’être un sans-abri, mais qu’il n’en était pas un ?

Lucien Despoisses opina :

— C’est l’impression qu’j’ai eue en tout cas.

— Pourriez-vous lui donner un âge ?

— Il avait pas d’âge.

— Essayez de vous souvenir.

— Y pouvait avoir trente ans comme cinquante, j’y voyais pas bien, c’était la nuit, et puis ça date.

— Pourriez-vous le reconnaître ?

— Ah ça non ! Ça fait un bail que j’vous dis.

— Avait-il un signe particulier, une casquette, un tatouage, des lunettes ?

Nouvel exercice de concentration de la part de Lulu.

— J’peux pas dire. Peut’ête bien des lunettes.

— A-t-il dit quelque chose, proféré des menaces, avant de s’en prendre à votre ami ?

— Rien. C’est les pires, ceux qui disent rien. C’était un enragé, c’est moi qui vous l’dis.

— Vous dites que c’est le même homme qui a tué votre ami polonais, votre voisin de couchage, deux mois plus tard. Qu’est-ce qui vous permet d’être aussi affirmatif ?

Le clochard ricana.

— Elle est bonne celle-là ! D’abord c’était pas mon ami, le Polack, j’le tolérais seulement. Trois jours avant j’savais même pas qu’il existait. Comment j’sais qu’c’est le même qu’a fait le coup, j’peux pas dire, j’le sais, un point c’est tout. Quand un mec est violent une fois, y r’commence toujours, j’vois pas pourquoi y s’arrêterait en si bon chemin. Vous devez savoir ça mieux qu’moi, vous autres.

Euranie lui répondit par un sourire et Lulu fut un instant sous le charme de son regard azur, oubliant quelques secondes où il se trouvait.

— Selon les experts, reprit la commissaire, le Polonais a été tué en début de soirée, entre 19 heures et 20 heures. Vous affirmez vous être couché autour des 21 heures. Votre ami était donc mort à votre arrivée. Quant au reste, monsieur Despoisses, ce sont des suppositions qui ne regardent que vous, laissez-nous faire notre travail.

Lulu dodelina de la tête.

— N’empêche…, marmonna-t-il.

— Donnez-nous les coordonnés du foyer où vous séjournez en ce moment. Nous aurons besoin de vous contacter très prochainement.

Sieur Despoisses éclata :

— Dites donc, j’suis pas marié avec les flics, moi, faudrait pas trop vous habituer à ma fréquentation. J’sais même pas où j’vais m’poser pour la nuit, les foyers, y sont pleins. J’coucherai peu’têt’ dans la rue.

— Dans ce cas, veuillez nous communiquer le nom de la rue où nous pourrons vous retrouver.

— Eh ! J’voulais seulement déposer moi, pas m’faire emmerder !

23

Les bruits feutrés de l’immeuble berçaient Escoffier, mais c’était surtout les voix des camelots s’élevant de la place Maubert qui l’incitaient à la paresse. Tous les samedis matins, le vacarme de ferrailles ponctuant la fin du marché lui servait de réveil-matin, l’appel du cliquetis suggérant à son subconscient qu’il ouvrît un œil. Ses insomnies étaient fréquentes, les difficultés à s’endormir rendaient ses réveils plus comateux encore.

Le week-end, l’ami Benavent passait prendre le café en début d’après-midi, à peu près à l’heure où Damien mettait un pied par terre. À cette heure-ci, le psy avait déjà fait un jogging dans le jardin du Luxembourg, rafraîchi la litière de Jung et acheté ses légumes pour la semaine au marché bio du boulevard Raspail.

Ce matin-là, le bruit des éléments métalliques sur la place se faisait anormalement persistant et régulier. Escoffier émergea de sa torpeur quand il comprit que l’on sonnait à sa porte. Derrière le judas, la tête souriante de Benavent lui offrit une grimace travaillée spécialement à son intention.

— Tu es bien matinal, lui reprocha le dormeur.

— Il fait un temps magnifique et il est 2 heures de l’après-midi.

Escoffier ignora le reproche à peine voilé et s’affaira autour de la machine à expresso avec des gestes gourds. L’arôme de l’arabica se répandit bientôt dans le petit appartement.

— Je compte me rendre sur les bords du canal où Laurette est morte, finit par dire Damien.

— Tu as décidé de faire ça aujourd’hui ?

— J’ai besoin de voir l’endroit de mes propres yeux, de sentir sa présence, tu comprends. En général, je préfère me rendre sur une scène de crime moi-même, pour me faire ma propre opinion. On ne ressent pas la même chose à la lecture des rapports, il faut que j’y aille.

— Alors, ne perdons pas de temps.

Ils roulèrent en direction du port de la Rosée dans la voiture de Benavent, une Triumph TR 4 de 1960, de couleur jaune, qui sortait rarement de son garage.

— Où en est l’enquête ? demanda Arnaud en conduisant.

— Laquelle ? Tu as le choix entre la pragmatique et l’intuitive.

— Commençons par la pragmatique.

Escoffier parlait sans regarder le conducteur, les yeux fixés sur la route.

— De l’assassin, dit-il, nous savons qu’il opère ganté, qu’il porte éventuellement une paire de lunettes, que la lame de son couteau est parfaitement effilée et qu’il utilise un feutre noir de bonne qualité. Il est habile, rapide, ne se fait jamais prendre en flagrant délit. Grâce à la matière trouvée sous les ongles des deux femmes, nous en savons un peu plus sur lui : la science a parlé, le labo a rendu ses résultats et l’ADN est identique. Les traces trouvées autour du SDF ont la même composition : nous pouvons avancer sans risque de nous tromper qu’il s’agit d’un seul et même tueur, la probabilité de trouver dans la population deux profils génétiques identiques étant de une sur plusieurs milliards, à moins qu’il ait un jumeau. Nous connaissons scientifiquement son profil génétique…

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