Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
— Une personnalité intéressante : ex-soixante-huitard ayant activement participé aux événements en mai 68. Soutient les alter mondialistes, mais n’a plus d’activité politique à proprement parler. Très ébranlé par la disparition de sa femme au point de ne pas supporter l’audition. Intellectuel BoBo. Rien au fichier. Très entouré par ses amis, des petits commerçants dans son genre, tous de Montmartre.
— Et son assistant, Yann Morlaix ?
— Un type ordinaire, sans problèmes. D’origine bretonne, études à Rennes puis à Paris pour devenir libraire, milieu simple. Vit avec une jeune femme prénommée Lisa et la fillette qu’elle a eue d’une ancienne liaison. On a vérifié son emploi du temps le 24 décembre : il a réveillonné en famille à Nogent-sur-Marne, nous avons interrogé tout le monde, il est nickel.
— Un héritage sous roche, des histoires d’argent ?
— Ah, un détail qui pourrait être intéressant : Lavigne a été désigné comme seul héritier par son ex-femme, il y a deux mois de ça, par un acte chez Me Fitoussi, boulevard Magenta dans le 10e arrondissement.
— Elle avait des biens ?
— Son appartement et… des dettes.
— Il faudra cuisiner les parents de l’éditrice. Et ce coup de fil à la galerie ?
— Il a duré une minute et dix secondes, juste le temps à l’assassin de convoquer Nadine Pascoli chez elle. Il provenait d’une cabine téléphonique située sur la place de la mairie du 18e arrondissement.
— Belle préméditation !
21
Dans un café d’ouvriers, porte de Clignancourt, Escoffier avalait un couscous en attendant Titinga Koliga. Le Burkinabé lui avait dit par téléphone qu’il ne serait pas libre avant 21 heures, en raison d’une nocturne aux Puces, qu’il le rejoindrait sans faute après le travail.
Il ne le vit pas venir. Aussi, quand une silhouette se dressa de l’autre côté de la table, le capitaine eut un léger sursaut.
— Je vous ai fait peur ? demanda le Mossi.
— Pas du tout, j’étais dans mes pensées. Vous prenez quelque chose ? demanda Escoffier, se levant à moitié.
— J’accepterais volontiers une bière.
Le policier, selon son habitude, ne savait pas par où commencer et Titinga ne lui facilitait pas la tâche, attendant ses questions patiemment en dégustant sa bière.
— Voilà, finit-il par dire, je vous ai proposé de nous voir en tête-à-tête, car j’ai compris que votre associé n’appréciait pas ma visite.
Le Burkinabé rit franchement.
— Paul a son caractère mais c’est un brave homme quand on le connaît bien.
— Heureux de l’apprendre.
— Si vous me disiez franchement pourquoi vous m’avez fait venir, ce serait mieux pour tout le monde, capitaine. Je n’ai pas beaucoup de temps à vous consacrer, ce soir, s’excusa l’associé de M. Paul.
Damien Escoffier ne s’attendait pas à cette répartie, il toussa et s’essuya la bouche en réfléchissant à sa réponse, mais le Mossi ne lui laissa pas vraiment le temps de commencer.
— Voyez-vous, dit-il, j’aime autant savoir à qui j’ai affaire.
— Puisque vous le prenez comme ça, je vais être franc avec vous, monsieur Koliga. Une affaire semblable à celle qui nous préoccupe aujourd’hui s’est produite il y a huit ans… Je n’aime pas beaucoup raconter ma vie mais… Je connaissais personnellement l’une des victimes.
Escoffier évoqua brièvement l’affaire Laffon, ses relations avec Cécile, et les révélations faites par Olivier Martin, pendant les interrogatoires, sur l’enseignement que lui avait prodigué un féticheur. Son interlocuteur l’écouta sans l’interrompre, en hochant la tête et en le regardant d’un œil à la fois pénétrant et compatissant.
— À présent, je comprends mieux votre motivation, capitaine. Ce doit être affreusement triste pour vous de replonger dans ces souvenirs. Voilà une bien mauvaise façon de faire connaître nos coutumes. Les affaires semblent étonnamment semblables, vous avez raison. En quoi puis-je vous aider ?
— La dernière fois que nous nous sommes parlés, j’ai cru comprendre que vous n’aviez pas tout dit au sujet de ces rites étranges autour de la souris, me suis-je trompé ?
— Ces rites sont peut-être étranges pour vous, mais pas pour les membres de ma tribu, répliqua le Burkinabé. J’ai rédigé plusieurs livres sur la culture mossi, vous seriez surpris d’apprendre, en les lisant, combien de gens croient encore à l’interprétation de ces signes. Cela dit, il est exact que je ne vous ai pas tout révélé.
— Cette question me touche personnellement, comme je viens de vous l’expliquer.
— J’ai bien compris, capitaine, et je compatis sincèrement. L’autre jour, je vous ai parlé du langage de la souris et de ses symboles : le Yongr-bagre. Cette coutume est inoffensive, il ne s’agit que d’une méthode de divination, ni plus ni moins. En revanche, j’ai lu dans les journaux que deux victimes avaient eu les veines coupées après leur décès…
— Oui, et alors ?
— Alors, ce n’est pas bon.
— Expliquez-moi ça, voulez-vous.
— Cette méthode ne relève plus de la seule divination, cela fait partie d’un rituel incantatoire réservé au féticheur. Bien que nos coutumes n’aient rien à voir avec le vaudou, il existe certaines ressemblances entre les deux, mais j’insiste absolument sur le fait que ce sont deux traditions distinctes.
— Pouvez-vous développer ?
— Elles reposent sur la croyance que nous pouvons converser avec les morts et les manipuler afin qu’ils aident les vivants à atteindre leurs buts. Il suffit de les flatter, de les solliciter. Cette opération passe par un sorcier, le seul capable d’interpréter les conseils des esprits. Pour entrer en contact avec eux, il doit pratiquer des sacrifices, le plus souvent sur des animaux, rarement sur des humains, mais hélas, cela arrive parfois. Qui dit sacrifice, dit sang. On récupère le sang des victimes que l’on offre en cadeau à l’esprit invoqué. Dans mon village, il n’y a pas si longtemps, un jeune garçon, un pauvre fou, a rapporté un sexe de femme à son féticheur pour appeler les esprits. Dans votre cas, ce qui est troublant, c’est que votre meurtrier mélange allègrement les coutumes divinatoires et ritualistes.
— Comme s’il faisait de la surenchère pour brouiller les pistes, par exemple.
— Précisément. Si vous voulez mon avis, capitaine, cet homme joue avec vos nerfs.
— C’est aussi mon impression, dit Escoffier les yeux dans le vague.
— De deux choses l’une, fit le Mossi, soit il connaît nos coutumes et les pratique dans les règles de l’art en les mélangeant intentionnellement, comme ce Martin, soit il se moque de la police, et, à votre place, j’opterais plus volontiers pour la seconde possibilité.
— C’est curieux, confia Escoffier, j’en étais arrivé à la même conclusion, peu de temps avant votre arrivée. La mythologie dont vous me parlez est fascinante, j’aimerais en savoir davantage.
— Je connais des gens qui pratiquent le rituel en région parisienne, je peux vous mener jusqu’à eux, si ça vous intéresse. Cela n’a rien à voir avec votre affaire mais vous comprendriez mieux l’impact qu’exercent certaines croyances sur le cerveau humain.
— Accordez-vous quelque crédit à toutes ces coutumes ?
— C’est assez compliqué, il y a deux tendances en moi, la première préfère opter pour le pragmatisme et la logique et la seconde reste fascinée par les traditions ancestrales. Je suis partagé entre deux cultures. On a beau faire de longues études, on ne gomme pas l’héritage culturel qui sommeille en soi, vous comprenez ce que je veux dire.