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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— De l’humour avec ça. Des témoins ?

— Une femme a crié, faisant fuir l’agresseur. Les flics du 18e n’ont toujours pas réussi à savoir qui était cette femme, ils font du porte-à-porte.

— Convoque-le en début d’après-midi, nous serons là dans une heure.

— Je doute qu’il soit d’accord.

— Je m’en fous qu’il soit d’accord ou non. Qu’est-ce que signifie ce cinoche ? Rappelle-lui le code de procédure pénale, le cas échéant. Ça commence à bien faire, j’en ai par-dessus la tête de cette bande de soixante-huitards attardés. Il est temps qu’ils se réveillent, les Bobos, on n’est plus sur les barricades. Il s’agit d’assassinats, bordel, pas d’une partie de rigolade !

Ughetti n’était encore qu’un enfant quand les événements de mai 68 avaient eu lieu. Comme beaucoup de gens de sa génération, il considérait l’engagement révolutionnaire de ses aînés avec indulgence ou mépris, selon son interlocuteur.

À 2 heures de l’après-midi, la brigade ressemblait à un quartier général ; les équipes se croisaient en échangeant des consignes dans les couloirs. Gérard Sentenac avait accompagné Thibault Lavigne ; il attendait patiemment que l’audition fût terminée, assis dans le couloir, un gobelet de café à la main, médusé par l’animation qui régnait. Dans un bureau fermé, Lavigne regardait le lieutenant Chupin d’un air excédé. Il portait un large pansement sur le front.

— Ça va durer longtemps ? demanda-t-il.

— Cela dépendra de vous, monsieur Lavigne.

Depuis quelques jours, le sentiment qu’il ne contrôlait plus rien hantait le libraire. Le corps de Nadine avait été dépecé, sa vie et son carnet d’adresses avaient été violés, épluchés, quant à lui, il se sentait blessé, épié, soupçonné.

— Étant donné ce qui est arrivé, il est indispensable que vous soyez entendu.

— J’ai déjà tout dit à vos collègues du 18e.

— Ce n’est pas la même chose, désolé. Ici, vous êtes à la brigade criminelle.

— Qu’est-ce que ça change ?

— Vous êtes là pour l’agression dont vous avez été victime, d’une part et pour le meurtre de votre femme, d’autre part, deux raisons suffisantes, ne croyez-vous pas ?

— Votre enquête n’a pas beaucoup avancé jusqu’à présent.

Le lieutenant préféra ne pas relever.

— Posez-moi vos questions et qu’on en finisse ! fit le libraire.

— Vous avez tort de ne pas déposer plainte.

— Ça me regarde !

Chupin n’aimait pas la tournure que prenait cet entretien, encore moins le regard que lui lançait le libraire.

— Cette agression nous paraît suspecte. Reprenons le déroulement des faits, voulez-vous ?

Lavigne soupira.

— J’étais venu au Point-Virgule pour régler quelques problèmes d’organisation avec mon assistant, Yann Morlaix. Je rentrais chez moi, place Joffrin.

— À pied ?

Le libraire prit un air pincé.

— En dehors du métro, j’utilise rarement un autre moyen de transport.

Chupin faisait des efforts pour rester aimable.

— À quel endroit avez-vous été agressé ?

— Rue Custine. J’ai aperçu une masse qui sortait d’une porte cochère sur mon passage, mais je n’y ai pas prêté attention.

— Ensuite ?

— J’ai entendu un bruit énorme dans ma tête et j’ai perdu connaissance. Un attroupement s’est fait autour de moi, quelqu’un a dû appeler les pompiers, car lorsque je suis revenu à moi, ils étaient là ainsi que vos collègues.

— Aviez-vous reçu des lettres anonymes, des coups de fil bizarres ces derniers jours ?

— Non, pas que je me souvienne.

— Pourriez-vous décrire votre agresseur ?

— Un homme jeune, la trentaine, carrure normale, ni grand, ni petit. C’est tout ce que je peux vous dire.

— Lunettes ?

Le libraire s’emporta soudain :

— Je n’en sais rien. Comment faut-il vous le dire ?

Chupin poursuivait, impassible.

— Signes particuliers ?

— Aucune idée, souffla le libraire.

Le lieutenant interrompit sa prise de notes, se cala le dos à la chaise, bras tendus sur le bureau, fixa son interlocuteur :

— Monsieur Lavigne, vous venez de décrire le portait type de l’agresseur ordinaire dans 99,99 % des cas. Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous n’êtes pas très coopératif. Faites un effort, tâchez d’être plus précis.

— Je suis un homme ordinaire, s’énerva Lavigne, agressé ordinairement par un type ordinaire, que ça vous plaise ou non. Désolé si ça colle un peu trop bien avec vos statistiques.

— Votre vie est peut-être en danger, votre comportement est incompréhensible.

— Je n’étais pas préparé à tout ce qui m’arrive, je suis fatigué, je ne sais plus où j’en suis.

Ce fut le moment où le commissaire Ughetti, flanqué du capitaine Escoffier, pénétra dans le bureau. Chupin leva un regard déconcerté vers son supérieur. D’un mouvement de tête, Ughetti l’invita à laisser tomber et, s’adressant au libraire :

— Rentrez chez vous, monsieur Lavigne, et reposez-vous, dit-il. Nous nous reverrons plus longuement quand vous vous sentirez mieux.

25

« SI VOUS VOULER ATRAPER LE TUEUR, CHERCHER DU CÔTE DU LIBRAIRE ET VOUS TROUVERER

S.R »

À l’aide de lettres découpées dans un quotidien puis collées sur une feuille de papier recyclé, un « corbeau » s’était livré à un travail minutieux, rédigeant un message à l’orthographe critiquable. Aucun destinataire ne figurait sur l’enveloppe. Seule, l’adresse du commissariat du 18e était écrite en lettres capitales, au Bic ordinaire : Commissariat, rue de Clignancourt, Paris 18e. Quant aux initiales, on ne voyait pas à quoi elles correspondaient. Dès réception, Euranie Frossard s’était empressée d’expédier la lettre au labo, sous scellés, et d’en informer la brigade criminelle.

Ughetti éprouvait la plus grand méfiance à l’égard des « corbeaux ». L’expérience prouvait que ce genre d’élément n’aboutissait pas à grand-chose et qu’une chasse aux corvidés faisait perdre aux hommes beaucoup de temps et d’énergie. Des êtres sensibles se métamorphosaient et se sentaient pousser des ailes dès qu’une enquête se voyait médiatisée. Ce type de message nourrissait les fantasmes du public tandis qu’il agaçait prodigieusement les flics.

Le labo avait envoyé son compte-rendu par fax : « inutilisable ». Trop d’intermédiaires avaient manipulé la lettre, y déposant une quantité d’empreintes différentes qui rendaient cette potentielle pièce à conviction inexploitable.

Les correcteurs qui travaillaient pour l’éditrice, Adrien Chazaud et Bruno Nguyen, furent interrogés par Pichot, au 36. Nguyen était un Eurasien aux yeux à peine bridés. Peu de chose était en mesure de le troubler, il gardait un calme apparent en toutes occasions. Il avait fait de bonnes études avant de rencontrer le galeriste Peter Wagner qui en était tombé amoureux et l’avait pris sous sa protection. Il l’avait placé chez l’éditrice, provisoirement. Nguyen parla sans gêne des soirées organisées par Nadine Pascoli, auxquelles il lui était arrivé de participer. D’après son témoignage, les invités étaient essentiellement des personnalités évoluant dans le monde littéraire : des éditeurs, des attachés de presse, quelques auteurs débutants, la journaliste d’une revue littéraire, un critique. Un homme de média, un ancien député et des amis personnels faisaient partie des invités exceptionnels. Il ne connaissait pas leurs noms, seulement leurs prénoms. Tout ce monde se retrouvait à tour de rôle, rue Eugène-Carrière, chacun pouvant amener un invité de son choix s’il le désirait. Une discrétion absolue était exigée. Les rendez-vous étaient fixés tous les deux mois, par des messages codés sur Internet. Depuis six mois, l’éditrice n’avait plus programmé de réunion mais il ne savait pas pourquoi. Une femme faisait partie de toutes les soirées, Jocelyne Rouquier, éditrice à succès, n’éditant que du polar, installée dans le 13e arrondissement, fidèle amie de Nadine Pascoli. Sur l’agenda de la victime, Pichot avait découvert que les deux femmes devaient déjeuner ensemble, quelques jours après le meurtre.

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