Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
Enfoncé dans un fauteuil, Ughetti tendit un verre vide.
— Dresse-moi un tableau de la situation dans l’ordre, veux-tu ?
Arrosteguy versa le liquide doré avant d’obtempérer :
— Cas numéro un : le SDF. Notre dossier est toujours aussi maigre. Le Polonais sera inhumé dès demain, dans le carré des indigents de la ville de Thiais, en emportant son secret avec lui, selon la formule consacrée. A été tué vers 20 heures. Cas numéro deux : l’éditrice. Beaucoup à dire. C’était une séductrice, une intrigante qui avait des relations. Divorcée d’un libraire toujours épris d’elle, une vie dissolue. Sans le sou, peu appréciée des amis de son ex, activités louches dans l’édition. Connue pour ses publications sulfureuses. Venait d’éditer un livre sur la prostitution dans notre pays, néanmoins l’hypothèse de la vengeance du milieu proxénète semble de plus en plus improbable, dixit la brigade spécialisée. Les dernières personnes à lui avoir parlé sont le reporter-photographe et le galeriste de La Rotonde. Nadine Pascoli a quitté la galerie peu après 17 heures à la suite d’un appel téléphonique. Assassinée entre 17 heures et 19 heures. Une flopée de gens étaient remontés contre elle : des écrivains floués, un imprimeur qu’elle ne payait plus, mais on ne lui connaissait pas d’ennemis franchement déclarés.
— Tu sais comme moi qu’on tue pour moins que ça.
— Effectivement, disons plutôt qu’on ne voit pas à qui profiterait le crime pour l’instant.
— Le meurtrier pourrait-il être une femme ?
— D’après Darmon, le légiste, c’est impossible. Le geste a été trop violent et il n’y a pas eu de lutte. Si l’assassin était une femme, il y aurait des traces de rixe, des hématomes, des griffures. De toute manière, ça colle avec les statistiques, 90 % des meurtres sont commis par des hommes…
— Bien. Continue.
— Un détail qui pourrait avoir son importance : Nadine Pascoli aimait bien, de temps en temps, organiser des soirées un peu chaudes et bien arrosées. D’après les ragots, elle s’était un peu calmée, cependant.
Le commissaire leva les sourcils et prononça d’un ton railleur :
— Les journalistes se régaleront avec un tuyau comme celui-là.
— Je passe à la petite Vanhoolt, enchaîna Arrosteguy. Tuée le 1er janvier à 15 heures environ. Un drame dans le village de Gressy et la ville de Claye-Souilly. Les élèves du lycée qu’elle fréquentait sont traumatisés, sans parler du petit ami qui sombre dans la dépression depuis qu’il a aperçu l’assassin de loin sans pouvoir rien faire. La gendarmerie de Meaux a déjà fait du bon boulot, ils ne seront pas très contents de nous voir récupérer le dossier. Plusieurs pistes possibles : Laurette fréquentait une bande de « gothiques ». Ils se réunissaient pour écouter de la musique hard core ou quelque chose comme ça, toujours vêtus de noir, rebelles, mais pas méchants, les gendarmes ont pensé à un crime ritualiste, mais l’hypothèse d’un crime de rôdeur n’est pas écartée. La gamine était une élève moyenne, pas de fugue à notre connaissance, rapports à peu près normaux avec ses parents qui sont en état de choc.
— Une description de l’assassin par le petit ami ?
— Très floue. Un homme, entre deux âges. Il a vu un manteau flotter autour de lui, c’est tout ce qu’il peut dire. Le gamin était trop loin pour pouvoir faire une description valable. Dans l’état où il est, il ne peut pas nous apprendre grand-chose.
— Il faudra que le gamin fournisse un maximum de détails pour un éventuel portrait-robot.
— Venons-en aux points communs. Le mode opératoire est étrangement similaire, je n’ai pas dit identique, mais similaire, déclara Arrosteguy en pointant son index au plafond.
— Merci, j’avais compris.
— Le meurtrier a tranché les veines du SDF et de l’éditrice après les avoir tués mais il a épargné les poignets de la petite Laurette, les gendarmes pensent qu’il a vu Loïc Andrieux arriver à bicyclette et qu’il n’aura pas eu le temps de finir son travail. On note la présence d’un symbole dans les trois cas, sur le front de l’adolescente, sur le mur de la chambre de Nadine Pascoli et sur le trottoir de la porte de Clignancourt, près du Polonais, dit-il en étalant des photos pour étayer ses propos. Le SDF a été tué d’un coup porté à la tête, pendant son sommeil, les deux femmes ont été étranglées.
— Que donnent les tests toxicologiques et sérologiques ?
— Alcoolémie élevée chez le Polonais et substances médicamenteuses dans le sang de l’éditrice, mais pas de quoi provoquer la mort. Tout était normal chez l’adolescente.
Ughetti se leva d’un bond et tourna autour du bureau comme un lion en cage.
— En conclusion, le dessin est le seul élément commun aux trois meurtres, dit-il.
— Le seul, oui.
— Sa signification ?
— Escoffier qui n’a pas tenu compte de tes railleries a fait sa petite enquête. Il pourrait s’agir d’un symbole de féticheur ou de devin, utilisé en Afrique de l’Ouest. Une sorte d’avertissement qui informe la personne intéressée d’une mort imminente, une mort violente.
— Genre assassinat ?
— Par exemple.
— Et qui est la personne intéressée, d’après toi, celle que le meurtrier cherche à prévenir ou à manipuler ?
— Ben nous, voyons ! Les flics… Les poulets, la volaille, les piafs, les barbouzes, les keufs, si tu préfères.
— Qu’est-ce qui te prend ? demanda le commissaire, en dévisageant son procédurier.
— Rien, je me défoule.
Ughetti vida son verre en émettant un clappement avec sa langue.
— Ça me paraît bien fantaisiste tout ça ! Des histoires de sorcellerie, en plein Paris, on aura tout entendu ! Escoffier fait une fixette sur le sujet, d’ailleurs je ne le trouve pas très clair, moi, ce gars-là.
— Ce dessin le rend dingue. Ça le ramène huit ans en arrière, mets-toi un peu à sa place. Il a fait du bon boulot en attendant. Tu ne devrais pas le provoquer tout le temps.
— C’est un enquêteur subjectif, je n’aime pas ça. Il a un fond rebelle et prend des airs supérieurs par-dessus le marché.
— C’est un fin limier, il est doué pour renifler une piste. Rappelle-toi l’affaire Levasseur et celle du quartier chinois, c’est grâce à lui si on a bouclé les enquêtes. J’en ai vu des gars défiler dans le service, celui-là possède un flair peu ordinaire, tu peux me faire confiance.
— Admettons. Nous avons des bouts de ficelle mais nous n’avons pas le mode d’emploi pour qu’ils tiennent ensemble. L’assassin semble avoir une logique personnelle qui nous échappe. Il est cohérent dans le mode opératoire, incompréhensible quant au choix de ses victimes. Ne commettons pas l’erreur de regrouper ces trois crimes, traitons-les séparément tant que nous n’avons pas la preuve qu’il s’agit du même individu. Tu vois autre chose ?
— Oui. Les victimes n’ont pas cherché à fuir. C’est flagrant en ce qui concerne l’éditrice, sa porte n’a pas été forcée, elle connaissait certainement son assassin. Rien n’a été dérobé dans l’appartement d’après l’ex-mari, Thibault Lavigne, qui connaît bien les lieux.
— Qu’est-ce qu’on a sur Lavigne ? rebondit Ughetti.