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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Et alors ?

— Alors, rien. L’homme ne figure pas dans le fichier d’empreintes. Au fond, il ne nous manque pas grand-chose, juste son visage et son identité, ironisa Escoffier.

— Comment procède-t-il ?

— Son fonctionnement est troublant : il laisse ses empreintes génétiques, ne cherche pas à camoufler les corps, à maquiller ses crimes, mais prend soin de ne pas laisser d’empreintes papillaires. Il est à la fois organisé et irrationnel. Il agit comme s’il voulait gagner du temps tout en sachant qu’il se fera prendre un jour ou l’autre. Tout semble prémédité.

— Le mobile ?

— Le mobile se trouve dans le cerveau du tueur, tout le problème est là. C’est le chaînon manquant.

— Et que donne l’enquête intuitive ?

— Le tueur est doué d’une intelligence supérieure, les flics disent toujours ça quand un criminel leur en fait baver, as-tu remarqué ? lança Escoffier en se tournant vers le conducteur.

— Les criminels en série sont généralement doués d’une intelligence égale ou supérieure à la moyenne, certains possèdent un QI de 120, voire plus.

— Nous avons réussi à décoder le symbole du dessin et le rituel, mais nous restons persuadés qu’il se sert de tout ce cinéma pour brouiller les pistes. Pendant que nous cherchons à comprendre comment il fonctionne, il agit tranquillement.

— C’est vrai ce que disent les journaux, ce rituel pourrait être accompagné de sacrifices humains ?

— Disons que ce n’est pas entièrement faux. J’ai rencontré un spécialiste, un Mossi qui m’a tout expliqué. Curieusement, il en est arrivé à la même conclusion que la police : le mode opératoire est un jeu, il ne sert qu’à habiller sa mise en scène. Tu m’as demandé où en était l’enquête intuitive, je t’ai répondu, c’est tout ce que je peux te dire pour le moment.

— Ça fait penser à des rites sataniques, tout y est : le rituel, le sacrifice, le sang, des victimes innocentes.

— Laurette Vanhoolt faisait partie d’un groupe de gothiques, les parents ont mis la main sur son journal et l’ont remis aux gendarmes. Nous espérons y trouver une indication qui nous mettra sur une voie.

— Un peu maigre. Ce qui est évident, c’est que votre homme s’attaque à des victimes sans défense, un SDF endormi, deux femmes, autant d’indications sur son portrait psychologique. C’est un pauvre type ! Il doit se sentir puissant en commettant ses actes, et canaliser ses fantasmes de domination en tuant. Le fait qu’il préfère le contact physique avec ses victimes est une des caractéristiques du tueur en série. Vous n’arriverez à rien si vous ne comprenez pas comment il choisit ses victimes. Il doit avoir des problèmes avec les femmes, une vengeance à assouvir, qu’elle soit motivée par une vexation réelle ou supposée. Il s’est créé un monde imaginaire et violent dont il devient le maître en tuant. Un événement dans sa vie, ce que nous appelons un « stresseur », est sans doute à l’origine de cette folie meurtrière.

— L’éditrice nous donne du fil à retordre. Nous n’arrivons pas à cerner son personnage : une activité dans l’édition assez compliquée, une vie sexuelle très décousue, des relations dans tous les milieux et un goût pour les soirées privées libertines.

— Auxquelles participaient des personnes bien placées, je présume. Un peu caricatural tout ça, tu ne penses pas ?

— Nous n’avons pas encore la liste des bacchanales ni leurs numéros de téléphone, mais nous y travaillons.

Quand ils arrivèrent au port de la Rosée, l’endroit avait fière allure sous le doux soleil d’hiver. Rien ne trahissait ce qui s’était passé, quelques jours auparavant. L’herbe qui s’était tassée sous le poids du corps de Laurette s’était redressée aux premiers rayons de soleil, faisant disparaître toute trace du drame. Des joggeurs inconscients foulaient l’endroit avec ardeur. Cette image de la vie qui reprenait rapidement ses droits sur les cendres d’un cadavre troubla les deux amis, au point qu’ils restèrent sans voix quelques minutes.

— La vie est trop cruelle, murmura Benavent.

Le teint pâle, Escoffier ne répondit pas. Il fit quelques pas le long du canal comme s’il cherchait quelque chose. Il ne pouvait pas transmettre ce qu’il ressentait, c’était comme s’il entrait en communication avec le tueur, comme s’il était attiré au fond de l’abysse. Un sentiment de solitude extrême et glacée s’empara de lui. Benavent le suivait des yeux, à la fois inquiet et intéressé.

— Damien, ça va ?

Escoffier lui donna l’impression de ne pas avoir entendu, il se tenait droit au bord du canal, presque sans vie.

— Tu as trouvé quelque chose ? insista Arnaud de plus en plus intrigué.

Le capitaine se tourna lentement vers son ami comme s’il émergeait de l’abysse au prix d’un effort considérable. Ses yeux reflétaient une douleur insondable.

— Allons-nous-en d’ici, dit-il d’un ton sec.

— Quoi ? Tu nous a fait faire tout ce chemin pour ne rester que quinze petites minutes.

Tout psy qu’il était, Benavent ne pouvait pas se mettre à la place de son meilleur ami. Escoffier venait de revivre un cauchemar, toujours le même : Cécile et Laurette ne faisaient qu’une ; les deux jeunes filles avaient été sacrifiées et il n’avait rien pu faire pour empêcher ce drame.

Dix minutes plus tard, la Triumph décapotée roulait en sens inverse, vers Paris.

24

Quatre pingouins dans une Scenic banalisée, voilà indéniablement à quoi ils ressemblaient dans leurs costumes-cravate, pensait Escoffier. Pichot au volant, Girodeau à la place du mort, et Ughetti à la droite d’Escoffier sur la banquette arrière. À vive allure sur l’autoroute de l’Est, en direction de Guermantes, petite ville de mille cinq cents habitants, située à une trentaine de kilomètres de la porte de Bercy. Pas moins de quatre hommes pour rendre visite aux parents de Nadine Pascoli, un couple de vieux qui portaient beau. La demeure : un petit prieuré du XIXe siècle, trop vaste pour deux personnes âgées. Une propriété en briques rouges, aux tourelles dénuées de style, aux terrasses moussues, ceinte d’un grand jardin mal entretenu d’où l’on apercevait le château qui avait prêté son nom au roman de Marcel Proust. Albert Pascoli en personne, ingambe et bien mis, vint ouvrir la porte du jardin aux enquêteurs.

— Nous n’attendions pas de visite aujourd’hui, s’excusa l’octogénaire.

En file indienne dans l’allée qui menait au prieuré, Escoffier se disait qu’ils devaient avoir l’allure de quatre agents immobiliers à l’affût de l’affaire du siècle. Ils furent conviés à pénétrer dans un salon haut de plafond et mal chauffé, où personne ne les invita à s’asseoir. Seule Mme Pascoli s’installa dans un voltaire à la tapisserie fatiguée, disant d’une voix à peine audible :

— Vous permettez ?

On flairait les relents poussiéreux d’une bourgeoisie déchue dans cet intérieur comme dans les manières du couple. Albert Pascoli avait été haut fonctionnaire au temps de sa splendeur ; à part cette propriété, il ne lui restait rien de cette période. Son épouse n’avait jamais exercé d’activité professionnelle, entièrement dévouée à la cause de son mari. Elle avait reçu à sa table des hôtes prestigieux et influents, avait tout supporté dignement : les manigances, les maîtresses cachées, les convenances, les mensonges, l’hypocrisie. De ses grands yeux étonnés de petite fille vieillie, elle scrutait les policiers.

On évoqua à mi-mots le deuil douloureux — le respect de la douleur des familles n’étant pas un vain mot au sein de la brigade. Il était toujours délicat de pénétrer dans le foyer d’une victime, l’irruption de la police faisant figure d’intrusion. Si la souffrance du couple était tangible, l’absence de larmes, la raideur, la retenue, paraissaient décalées, étant donné les circonstances. Les yeux d’Albert Pascoli reflétaient une acuité, une volonté inflexible, et dissimulaient mal la désapprobation. Aucun des enquêteurs ne se sentait le courage de questionner les parents âgés de la morte, il fallait pourtant bien avancer. C’était à celui qui serait le plus inspiré de prendre la direction des opérations. D’un geste, Pichot fit comprendre aux trois autres qu’il allait se lancer. Girodeau posa son ordinateur portable sur la table de la salle à manger et prit un siège sans attendre qu’on lui donnât la permission. Le mobilier du prieuré n’était pas à la hauteur de la prétention de la façade. Quelques pièces anciennes flirtaient avec des meubles contemporains d’un goût douteux. Malgré les hautes fenêtres, la pièce était sombre et Girodeau avait un mal de chien à trouver un angle de lumière convenable pour orienter son écran. Escoffier se tenait à l’écart, dans l’ombre. Pichot se noya dans un pénible flot d’excuses. Ughetti lui fit signe de ne pas insister davantage et de commencer l’audition.

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