Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
Les Pascoli évoquèrent l’enfance de leur fille unique avec beaucoup d’émotion. Le ton changea brusquement quand on aborda sa vie de femme et particulièrement son mariage avec Thibault Lavigne.
— Mai 68 a fait beaucoup de mal à notre jeunesse, dit soudain Mme Pascoli. Nos jeunes ont commis des fautes irréparables et notre fille ne fut pas la dernière à s’y vautrer. Elle nous a créé beaucoup de problèmes mais c’est à partir du moment où elle a rencontré cet homme que notre vie a basculé…
Albert Pascoli ne se contenant plus se tourna vers sa femme et soutint son regard avec insistance, lui intimant silencieusement l’ordre de se taire. La mère de la défunte se recroquevilla au fond de son fauteuil en baissant la tête. Pichot se sentit gêné de reprendre le fil de l’entretien après cet échange muet et intense. Il se racla la gorge.
— Dans quel état se trouvait la maison d’édition de votre fille ?
Le père Pascoli prit la suite et déclara dans un spasme :
— Un état lamentable.
Puis, se reprenant :
— Nous avions beaucoup aidé Nadine à s’installer bien que ma femme et moi réprouvions son choix. C’est ce Lavigne qui lui avait mis cette idée dans la tête. Une maison d’édition, vous rendez-vous compte, ça ne s’improvise pas ce genre d’affaire.
— D’après nos renseignements, ça ne marchait pas si mal au début.
— Oh ! ça n’a pas duré. Ne devient pas éditeur qui veut, monsieur. Nadine a été confrontée rapidement aux problèmes de diffusion : sans un bon diffuseur, un éditeur n’existe pas. Les grandes maisons exerçaient déjà un monopole sur le marché, c’était très difficile de sortir son épingle du jeu. Notre fille avait la tête dure : pour se faire de la publicité, elle s’est lancée dans les livres à scandales et la pornographie, elle appelait cela de la « littérature érotique ». Je suppose que vous êtes aussi renseignés sur ce chapitre… D’ailleurs, existe-t-il encore un pan de notre vie que vous n’ayez exploré ?
Girodeau tapotait discrètement sur ses touches, Ughetti rejoignit Escoffier dans le coin du salon où la lumière se montrait la plus avare.
— Est-ce indiscret de vous demander si vous aidiez votre fille… matériellement ? demanda Pichot, imperturbable.
L’octogénaire se crispa.
— Évidemment, elle ne s’en sortait pas et ce n’est pas Lavigne qui pouvait l’aider.
— Des auteurs se sont regroupés pour intenter un procès à votre fille, étiez-vous au courant ?
— Les méthodes de travail de Nadine étaient devenues un sujet de dispute entre nous. Elle éditait à compte d’auteur et à compte d’éditeur. Elle faisait payer les uns pour financer les projets des autres, mais elle ne travaillait pas sérieusement, les livres étaient mal imprimés, mal diffusés et Nadine ne reversait plus les droits d’auteur depuis longtemps. Elle avait toujours besoin d’argent, vous savez. Notre fille était une dévoreuse dans tous les sens du terme. Sachez, messieurs, que nous réprouvions le mode de vie de notre fille. Ma femme et moi en avons beaucoup souffert.
Mme Pascoli se tenait droite comme une petite fille modèle, les fesses au bord du fauteuil, les yeux baissés. Pichot avait compris que le vieux ne tenait pas à aborder certains sujets houleux en présence de son épouse ; il se cantonna aux activités professionnelles de la victime.
— Un auteur floué aurait-il eu de bonnes raisons de vouloir se venger, selon vous ?
Le père Pascoli répondit en murmurant presque :
— Je ne m’explique pas ce qui est arrivé.
— Votre fille devait connaître son agresseur puisque sa porte n’a pas été forcée. Elle l’a laissé pénétrer à l’intérieur de son appartement. Vous avait-elle fait part de soupçons ou de menaces dernièrement ?
— En aucun cas. Nadine ne venait plus au prieuré, pour vous dire la vérité, nous étions en froid depuis plusieurs mois. Elle appelait une fois par mois environ pour prendre des nouvelles de sa mère uniquement.
— Entretenez-vous des relations avec son ex-mari, M. Lavigne ?
Albert Pascoli fit des yeux ronds et prit un air offusqué.
— Vous plaisantez sans doute, commandant, éructa-t-il, hors de lui. Nous n’entretenons aucune relation avec Thibault Lavigne, sous quelque forme que ce soit.
— Une dernière question, monsieur Pascoli. Saviez-vous que M. Lavigne avait été désigné comme seul héritier par votre fille, peu de temps avant sa disparition ?
Le vieil homme serra les lèvres un peu plus fort et sa voix siffla :
— Il n’héritera que de ses dettes !
L’art de doser un entretien faisait partie du système d’investigation du groupe Pichot et la méthode avait fait ses preuves. Girodeau ferma son ordinateur et les enquêteurs prirent congé du couple Pascoli. Beaucoup de questions restaient sans réponse, mais les parents de l’éditrice montraient des signes d’épuisement.
Le long de la propriété, la route était couverte d’une brume fantomatique qui prenait la forme d’un boa vaporeux. Ughetti marchait à côté d’Escoffier vers la Scenic.
— Vous êtes resté bien silencieux, Damien. Votre impression ?
— Les pauvres vieux sont très atteints, pas de doute, mais cette raideur cache quelque chose.
— Pour une fois, je suis d’accord avec vous. Quelque chose de crucial.
Puis, se tournant vers Pichot :
— Vous me creuserez cette affaire d’héritage, dit-il, on ne sait jamais. Le groupe de Zellerman reste sur l’affaire Vanhoolt, le vôtre, Pichot, continue de s’occuper de l’éditrice…
Ughetti s’apprêtait à énumérer dans le détail les prochaines étapes de l’enquête. Ses hommes, habitués a son style, s’attendaient à un élan verbeux de sa part, quand le son strident de son téléphone y mit un terme. Arrosteguy, à l’autre bout du fil, exposa la situation brièvement.
— Thibault Lavigne a été attaqué la nuit dernière en rentrant chez lui, on lui a fracassé le crâne. Le commissariat du 18e vient d’appeler.
— Dans quel état est-il ?
— Il a passé la nuit aux urgences et sort de l’hôpital ce matin. Il refuse de déposer plainte, ce serait contraire à ses principes.
— Qu’est-ce que c’est que ces conneries ! Au nom de quels principes ?
— Tu lui demanderas toi-même.
— A-t-il vu son agresseur, au moins ?
— Un homme d’âge moyen, mais il prétend qu’il n’a pas eu le temps de le photographier.