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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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Les deux jeunes gens fréquentaient le même lycée de Claye-Souilly, la ville la plus proche, mais personne ne connaissait la qualité de leur relation jalousement tenue secrète. Dans le jargon des lycéens, ils étaient rattachés à la tribu des « gothiques » parce qu’ils écoutaient de la musique trash, pour le fun, selon leurs propres termes. Elle s’habillait de noir et son maquillage étudié se résumait à un teint blafard et à un trait de khôl qui agrandissait ses yeux.

Laurette regardait autour d’elle, ne voyant pas âme qui vive sur le chemin de halage, ni sur la piste cyclable sillonnant vers la porte de Pantin. Sur le pont métallique qui enjambe le canal, une silhouette se profila. Elle eut un sursaut de joie, persuadée que Loïc venait à sa rencontre, puis réalisa que cette silhouette appartenait à un homme qu’elle ne connaissait pas, qui marchait dans sa direction d’un pas décidé. Lui revinrent à l’esprit les récits gores, racontés par ses amis la nuit dernière, tandis que ses parents réveillonnaient ailleurs. Elle n’eût pas su définir la sensation nouvelle qui envahissait son corps, c’était un sentiment inconnu. La chose lui mordait les chevilles puis remontait le long de ses jambes jusqu’à son ventre, jusqu’à son cœur qui battait plus fort, bien trop fort. Bientôt son corps tout entier fut prisonnier de l’angoisse. Elle se sentit incapable du moindre mouvement, comme tétanisée, se disant que, peut-être, elle devrait partir, revenir sur ses pas, appeler quelqu’un, non, c’était idiot, elle n’avait pas peur, et puis, Loïc n’allait plus tarder, il aura pris son vélo lui aussi, il n’aimait pas beaucoup marcher, sa maison n’était pas loin pourtant, à l’entrée du lotissement, ou bien sa mère l’aura déposé en voiture devant la scierie, mais pourquoi ne venait-il pas, pourquoi la faisait-il attendre ? Et cet inconnu, pourquoi avançait-il en la fixant ?

Elle pouvait à présent distinguer les traits de l’homme. Il n’a pas l’air si méchant après tout, se rassura-t-elle. Quand il fut à quelques mètres d’elle, la jeune fille devina qu’il lui voulait du mal. Elle bondit, tenta de fuir comme une petite bête traquée au cœur affolé. L’homme la saisit par un pan de son manteau, la bloqua et la retourna d’un seul mouvement. Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, leurs yeux plongèrent les uns dans les autres et Laurette, en pénétrant dans le cerveau de l’homme, comprit qu’elle allait mourir. Elle fouilla l’horizon à travers un brouillard de larmes, cherchant Loïc désespérément, mais le garçon ne venait toujours pas. Ni Loïc, ni personne.

L’homme entoura le cou de sa proie et la secoua pour qu’elle comprenne qu’elle était à sa merci, qu’elle ne pouvait lui échapper. Instinctivement, Laurette plaqua ses mains sur celles de son agresseur, chercha la chair et planta ses ongles à la base des poignets. Elle voulut encore atteindre le visage, mais il rejeta la tête en arrière d’un mouvement brusque. Laurette happa l’air comme un petit poisson hors de l’eau, les yeux exorbités. Après quelques minutes de lutte silencieuse, la jeune fille se calma. C’était fini. Une dernière fois, Laurette se demanda pourquoi ? Elle lança un regard étonné autour d’elle, et ses yeux révulsés ne perçurent plus rien. La dernière image que l’adolescente eut de la vie fut celle d’une rangée d’arbres chétifs, maigres et noirs, sur un fond de ciel gris.

Au loin, on devinait à présent une forme dansante sur la piste cyclable. Un jeune homme à vélo pédalait comme un fou, en direction de la scierie.

Loïc Andrieux arrivait enfin.

20

Depuis vingt-quatre heures, les journaux télévisés commentaient le dernier crime en montrant le chemin de halage du canal de l’Ourcq, le visage de la petite Laurette apparaissant en médaillon sur l’écran. Dans la presse, les articles étaient quasiment similaires d’un quotidien à l’autre, étant donné le peu d’éléments dont on disposait : Les gendarmes de Meaux ont découvert le corps de Laurette Vanhoolt au bord du canal en début d’après-midi, le premier jour de l’année. La victime a été étranglée. Il n’y a pas eu de violence sexuelle ; l’hypothèse du crime sexuel a été définitivement écartée par les enquêteurs. Le mode opératoire présente des similitudes inquiétantes avec les meurtres perpétrés dans le 18e arrondissement de Paris, mais la police judiciaire et la gendarmerie se refusent à tout commentaire pour le moment… On évoquait ensuite la vie de Laurette Vanhoolt, une vie sans histoire, et l’on s’attardait sur le fait que l’adolescente fréquentait un groupe de « gothiques ». Loïc Andrieux était sous traitement, précisaient les journalistes, depuis qu’il avait assisté au crime, impuissant, et qu’il avait trouvé sa petite amie sans vie, un dessin au milieu du front.

Le village de Gressy pleurait l’adolescente. À travers une victime innocente, sans le savoir, c’est sur sa propre mort que l’on s’apitoie, sur la brièveté de notre existence et ses questions laissées sans réponse.

Ughetti brandit un journal qu’il étala sur le bureau du procédurier en tapant dessus.

— Nom de Dieu, peux-tu m’expliquer quel est le rapport entre un SDF, une éditrice, et une pauvre gamine de Seine-et-Marne ? Trois endroits différents, trois victimes qui n’ont rien en commun, et un dessin qui ne ressemble à rien.

Le commissaire était dans tous ses états, normal, le divisionnaire Saulieu, le big boss, l’avait menacé de faire appel à un profiler si l’enquête restait au point mort. Dans le bureau d’Arrosteguy, il ne décolérait pas.

— Profileur de mes fesses, aucun charlatan ne mettra les pieds dans nos bureaux, tu entends !

À la décharge d’Ughetti, la dernière collaboration au sein de la brigade avec un psychologue-profiler avait échoué lamentablement et il n’était pas près de renouveler l’expérience. Entre les psy et les flics ça ne passait pas : on tenait ses distances, on se reluquait, on se méprisait poliment. Le ministère de l’Intérieur venait de communiquer le résultat d’une réflexion sur l’analyse criminelle et le profilage entre représentants de la Justice, de l’Intérieur, de la Magistrature et de la Défense. Dorénavant seuls les officiers de police pouvaient prétendre à cette profession. Pour Ughetti, c’était une victoire, on éliminerait ainsi tous ces pseudo-profileurs qui s’autoproclamaient et proliféraient à travers l’Europe.

— Crois-moi, ce n’est pas agréable d’être pris en sandwich entre la hiérarchie et les médias, sans compter les familles des victimes, affirma le commissaire.

— Reprends-toi et parlons calmement, l’invita Arrosteguy en tripatouillant le fourneau de sa pipe avec son cure-pipe.

Le procédurier était le seul, parmi ses subalternes, à jouir du privilège de tutoyer le commissaire. Les deux hommes s’appréciaient et aimaient à discuter des affaires sensibles, le soir venu, quand tous les fonctionnaires de la brigade avaient plié bagage. Arrosteguy se souvenait du moment où le commissaire était arrivé dans le service, trois ans plus tôt. Très vite, il avait apprécié le franc-parler du nouveau venu, mais ce qui avait pesé dans la balance, c’était la passion qu’ils partageaient pour le très vieux whisky. Les deux hommes ne buvaient pas l’eau-de-vie de grains, ils la savouraient.

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