Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Et les derni�res fen�tres �clair�es montraient les malades. Il �tait deux ou trois cancers comme des cierges allum�s. Puis cette �toile l�-bas de celui-l� peut-�tre qui reste aux prises avec l'�uvre car il ne peut dormir s'il n'a fourni sa gerbe. Puis quelques fen�tres encore d'attente d�mesur�e et sans espoir. Car Dieu a fait sa r�colte du jour et il en est qui ne rentreront plus jamais.
Donc il en �tait quelques-uns semblables � des sentinelles, face � la nuit comme face � la mer. �Les voil�, me disais-je, t�moins de la vie face � l'imp�n�trable mer. En avant-garde. Nous sommes quelques-uns � veiller sur les hommes, auxquels les �toiles doivent leur r�ponse. Nous sommes quelques-uns debout avec notre option sur Dieu. Portant la charge de la ville, nous sommes quelques-uns parmi les s�dentaires, que durement flagelle le vent glac� qui tombe comme un manteau froid des �toiles.
�Capitaines, mes compagnons, voil� qu'elle est dure la nuit � venir. Car les autres qui dorment ne savent point que la vie n'est que changements et craquements int�rieurs du c�dre et mue douloureuse. Nous sommes quelques-uns � porter pour eux ce fardeau, nous sommes quelques-uns aux fronti�res, ceux que br�le le mal et qui rament lentement vers le jour, ceux qui attendent, comme au m�t de vigie, la r�ponse � leurs questions, ceux qui esp�rent encore le retour de l'�pouse��
Mais c'est alors que m'apparut la m�me fronti�re qui s�pare l'angoisse de la ferveur. Car angoisse et ferveur �choient aux m�mes. Toutes deux sont sentiment de l'espace et de l'�tendue.
�Seuls veillent donc avec moi, me disais-je, les angoiss�s et les fervents. Qu'ils reposent donc, les autres. Ceux qui ont cr�� dans le jour et qui n'ont point la vocation de demeurer � l'avant-garde��
La ville cependant, cette nuit-l�, �tait suspendue hors du sommeil � cause d'un homme qui devait � l'aube expier un crime. Car on le disait innocent. Et des patrouilles circulaient qui avaient pour mission d'emp�cher que la foule ne s'assembl�t, car quelque chose tirait les hommes hors des demeures et les faisait se r�unir.
Et moi je me disais: �C'est la souffrance d'un seul qui allume cet incendie. Celui-l� dans sa ge�le est brandi sur tous comme un tison.�
Me vint le besoin de le conna�tre. Et je m'en fus vers la prison. Je l'aper�us, carr�e et noire, qui se d�coupait sur les �toiles. Les hommes d'armes m'ouvrirent les portes qui tournaient lentement sur leurs gonds. Les murs me parurent d'une �paisseur inusit�e et des barreaux prot�geaient les lucarnes. Et l� aussi des patrouilles noires qui circulaient le long des vestibules et dans les cours, ou qui se levaient � mon passage comme des animaux nocturnes� Et partout cette odeur de chambr�e et ces �chos profonds de crypte quand on laissait choir une clef ou quand on marchait sur les dalles. Et je songeais: �Faut-il que l'homme soit dangereux pour qu'il soit n�cessaire, lui si faible, de chair si ch�tive, qu'un clou peut vider de sa vie, de l'�craser ainsi sous une montagne!�
Et tous les pas que j'entendais lui marchaient sur le ventre. Et tous ces murs, toutes ces poternes, tous ces contreforts pesaient sur lui. �Il est l'�me de la prison, me disais-je, songeant � lui. Il est le sens et le centre et la v�rit� de la prison. Et cependant que montre-t-il de lui, sinon un simple tas de hardes, couch� en travers des barreaux et peut-�tre m�me endormi et respirant mal. Tel qu'il est, pourtant, levain d'une ville. Et causant, en se retournant d'un mur vers l'autre, ce tremblement de terre.�
On m'ouvrit le judas et je le regardai. Sachant bien
qu'il �tait ici quelque chose � comprendre. Et je le vis.
Et je songeais: �Il n'a rien peut-�tre � se reprocher sinon l'amour des hommes. Mais celui qui b�tit une demeure donne une forme � sa demeure. Et certes toute forme peut �tre souhaitable. Mais non toutes ensemble. Sinon il n'est plus de demeure.
�Un visage tir� de la pierre est fait de tous les visages refus�s. Tous peuvent �tre beaux. Mais non tous ensemble. Sans doute son r�ve est-il beau.
�Nous sommes lui et moi sur la cr�te de la montagne. Lui et moi, seuls. Nous sommes cette nuit sur la cr�te du monde. Nous nous retrouvons et nous nous joignons. Car rien � cette altitude ne nous divise. Il d�sire comme moi la justice. Et cependant il mourra��
Je souffrais dans mon c�ur.
Cependant pour que le d�sir se change en acte, pour que la force de l'arbre se fasse branche, pour que la femme devienne m�re, il faut un choix. C'est de l'injustice du choix que na�t la vie. Car celle-l� aussi, qui �tait belle, mille l'aimaient. Et, pour �tre, elle les a r�duits au d�sespoir. Est toujours injuste ce qui est.
Je comprenais que toute cr�ation d'abord est cruelle.
Je refermai la porte et m'en fus le long des corridors. Plein d'estime et d'amour: �Qu'est-ce de lui laisser la vie dans l'esclavage, quand sa grandeur c'est son orgueil?� Et je croisai les patrouilles, les ge�liers, les balayeurs du petit jour. Et tout ce peuple servait son prisonnier. Et ces murs lourds gardaient leur prisonnier, comme ces ruines d�chiquet�es qui tirent leur sens du tr�sor enfoui. Et je me retournai une fois encore vers la prison. Avec sa tour en forme de couronne rejet�e vers les astres, navire en marche avec sa cargaison, tout enti�re servante, et je me disais: �Qui l'emporte?� Puis quand j'en fus loin, lass� dans la nuit, cette gueule de poudri�re�
Je songeais � ceux de la ville. �Certes, ils le pleureront, songeais-je. Mais il est bon aussi qu'ils pleurent.�
Car je m�ditais les chants, les rumeurs et les m�ditations de mon peuple. �Ils l'enterreront. Mais on n'enterre point, songeais-je. Ce que l'on enterre est semence. Je n'ai point de pouvoir contre la vie et il aura raison un jour. Je le pends au bout d'une corde. Mais j'entendrai chanter sa mort. Et cet appel retentira sur qui veut concilier ce qui se divise. Mais que concilierai-je?
�Il me faut absorber dans une hi�rarchie et non, dans le m�me instant, dans une autre. Je ne dois point confondre la b�atitude et la mort. Je marche vers la b�atitude mais ne dois point refuser les contradictions. Je dois les recevoir. Ceci est bien, ceci est mal, j'ai horreur du m�lange qui n'est que sirop pour les faibles et qui les �mascule, mais je dois me grandir de ce que j'accepte mon ennemi.�
XXIX
Je m�ditai devant ce masque de la danseuse. Et son air but�, obstin� et las. Et je me dis: �Voil� qu'au temps de la grandeur de l'empire c'�tait un masque. Ce n'est plus aujourd'hui que le couvercle d'une bo�te vide. Il n'est plus de path�tique dans l'homme. Il n'est plus d'injustice. Nul ne souffre plus pour sa cause. Et qu'est-ce qu'une cause qui ne fait point souffrir?
�Il a d�sir� obtenir. Il a obtenu. Est-ce maintenant pour lui le bonheur? Mais le bonheur c'�tait la d�marche d'obtenir. Regardez la plante qui forme la fleur. Heureuse d'avoir form� sa fleur? Non, mais achev�e. Et n'ayant plus rien d'autre � souhaiter sinon la mort. Car je connais le d�sir. La soif du travail. Le go�t de r�ussir. Puis le repos. Mais nul ne vit de ce repos, lequel n'est point un aliment. Il ne faut point confondre l'aliment et le but. Celui-l� a couru plus vite.
Et il a gagn�. Mais il ne saurait vivre de sa course gagn�e. Ni l'autre qui aimait la mer, de son unique temp�te vaincue. La temp�te qu'il vainc c'est un mouvement de brasse dans sa nage. Et il appelle un autre mouvement. Et le plaisir de former la fleur, de vaincre la temp�te, de b�tir le temple, se distingue du plaisir de poss�der une fleur faite, une temp�te vaincue, un temple debout. Illusoire l'espoir d'en jouir en servant ce que l'on a d'abord condamn�, en esp�rant, guerrier, tirer ses joies des joies du s�dentaire. Et cependant, en apparence, le guerrier combat pour atteindre ce qui alimente le s�dentaire, mais il n'a point le droit d'�tre d��u s'il se transforme ensuite en s�dentaire, car fausse est la d�tresse de celui qui vous dit que la satisfaction fuit �ternellement devant le d�sir. Car alors on se trompe sur l'objet du d�sir. Ce que tu poursuis �ternellement, dis-tu, �ternellement s'�loigne� C'est comme si l'arbre se plaignait: �J'ai form� ma fleur, dirait-il, et voici qu'elle devient graine et que la graine devient arbre et encore une fois l'arbre fleur�� Ainsi as-tu vaincu ta temp�te et ta temp�te est devenue repos, mais ton repos n'est que pr�paration de la temp�te. Je te le dis: il n'est point d'amnistie divine qui t'�pargne de devenir. Tu voudrais �tre: tu ne seras qu'en Dieu. Il te rentrera dans sa grange quand tu seras lentement devenu et p�tri de tes actes, car l'homme, vois-tu, est long � na�tre.