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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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�Vous enseignerez le go�t de la perfection car toute �uvre est une marche vers Dieu et ne peut s'achever que dans la mort.

�Vous n'enseignerez point d'abord le pardon ou la charit�. Car ils pourraient �tre mal compris et n'�tre plus que respect de l'injure ou de l'ulc�re. Mais vous enseignerez la merveilleuse collaboration de tous � travers tous et � travers chacun. Alors le chirurgien se h�tera � travers le d�sert pour r�parer le simple genou d'un homme de peine. Car il s'agit l� d'un v�hicule. Et ils ont tous deux le m�me conducteur.�

XXVI

Car je me penchais d'abord sur le grand miracle de la mue et du changement de soi-m�me. Car il �tait dans la ville un l�preux.

�Voici, me dit mon p�re, l'ab�me.�

Et il me conduisit dans les faubourgs aux lisi�res d'un champ maigre et sale. Autour du champ une barri�re et au centre du champ une maison basse o� logeait le l�preux tranch� ainsi d'avec les hommes.

�Tu crois, me dit mon p�re, qu'il va hurler son d�sespoir? Observe-le quand il sortira pour le voir b�iller.

�Ni plus ni moins que celui-l� en qui est mort l'amour. Ni plus ni moins que celui-l� qui a �t� d�fait par l'exil. Car je te le dis: l'exil ne d�chire pas, il use. Tu ne te repais plus que de songes et tu joues avec des d�s vides. Peu importe son opulence. Il n'est plus que roi d'un royaume d'ombres.

�La n�cessit�, me dit mon p�re, voil� le salut. Tu ne peux jouer avec des d�s vides. Tu ne peux pas te satisfaire de tes r�ves pour la seule raison que tes r�ves ne r�sistent point. Elles sont d�cevantes, les arm�es lanc�es dans les songes creux de l'adolescence. L'utile c'est ce qui te r�siste. Et le malheur de ce l�preux n'est point pour lui qu'il pourrisse, mais bien que rien ne lui r�siste. Le voil� enferm�, s�dentaire dans ses provisions.�

Ceux de la ville parfois le venaient observer. Ils se r�unissaient autour du champ comme ceux-l� qui ayant fait l'ascension de la montagne se penchent ensuite sur le crat�re du volcan. Car ils p�lissent d'entendre sous leurs pieds le globe pr�parer ses �ructations. Ils s'agglutinaient donc, comme autour d'un myst�re, autour du carr� de champ du l�preux. Mais il n'�tait point de myst�re.

�Ne te fais point d'illusions, me disait mon p�re. N'imagine point son d�sespoir et ses bras tordus dans l'insomnie et sa col�re contre Dieu ou contre soi-m�me ou contre les hommes. Car il n'est rien en lui sinon absence qui grandit. Qu'aurait-il de commun avec les hommes? Ses yeux coulent et ses bras tombent de lui comme des branches. Et il ne re�oit plus de la ville que le bruit d'un lointain charroi. La vie ne l'alimente plus que d'un vague spectacle. Un spectacle n'est rien. Tu ne peux vivre que de ce que tu transformes. Tu ne vis point de ce qui est entrepos� en toi comme en un magasin. Et celui-l� vivrait s'il pouvait fouetter le cheval et porter des pierres et contribuer � l'�dification du temple. Mais tout lui est donn�.�

Cependant il s'�tablit une coutume. Les habitants venaient chaque jour, �mus par sa mis�re, jeter leurs offrandes au-del� des pieux qui h�rissaient cette fronti�re. Et voil� qu'il �tait servi, par� et v�tu comme une idole. Nourri des meilleurs mets. Et m�me, les jours de f�te, honor� de musique. Et cependant, s'il avait besoin de tous, nul n'avait besoin de lui. Il disposait de tous les biens, mais il n'avait point de biens � offrir.

�Ainsi des idoles de bois, me dit mon p�re, que tu surcharges de pr�sents. Et br�lent en face d'elles les lampions des fid�les. Et fume l'ar�me des sacrifices. Et s'orne leur chevelure de pierreries. Mais je te le dis, la foule qui jette � ses idoles ses bracelets d'or et ses pierreries, celle-l� s'augmente, mais l'idole de bois demeure de bois. Car elle ne transforme rien. Or vivre, pour l'arbre, c'est prendre de la terre et en p�trir des fleurs.�

Et je vis le l�preux sortir de sa tani�re et promener sur nous son regard mort. Plus inaccessible � ce bruit qui cependant cherchait � le flatter qu'aux vagues de la mer. D�fait d'avec nous-m�mes et d�sormais inaccessible. Et si l'un de la foule exprimait sa piti�, il le regardait avec un m�pris vague� Non solidaire. �c�ur� d'un jeu sans caution. Car qu'est-ce qu'une piti� qui ne prend point dans les bras pour bercer? Et en retour, si quelque chose d'animal encore sollicitait de lui sa col�re d'�tre devenu ainsi spectacle et curiosit� de foire, col�re peu profonde en v�rit�, car nous n'�tions plus de son univers, comme les enfants autour du bassin o� tourne l'unique carpe lente, que nous importait sa col�re, car qu'est-ce qu'une col�re qui ne peut frapper et ne fait que l�cher des mots vides dans le vent qui les emporte? Ainsi m'apparut-il d�pouill� par son opulence. Et je me souvenais de ceux-l� qui, l�preux dans le Sud, � cause de lois concernant la l�pre, ran�onnaient les oasis du haut de leur cheval dont ils n'avaient point le droit de descendre. Tendant leur s�bile au bout d'un b�ton. Et regardant durement et sans voir, car les visages heureux, pour eux, n'�taient que territoire de chasse. Et pourquoi m�me eussent-ils �t� irrit�s par un bonheur aussi �tranger � leur univers que les jeux silencieux des petits animaux dans la clairi�re. Regardant donc froidement sans voir.

Puis passant � pas lents devant les �choppes et descendant, du haut de leur cheval, un panier � l'extr�mit� d'une corde. Et attendant avec patience que le marchand l'e�t empli. Patience morne et qui faisait peur. Car immobiles, ils n'�taient plus pour nous que v�g�tation lente de la maladie. Et four, creuset et alambic de pourriture. Ils n'�taient plus pour nous que lieux de passage et champs clos et demeures pour le mal. Mais qu'attendaient-ils? Rien. Car on n'attend point en soi-m�me; mais on attend d'un autre que soi-m�me. Et plus ton langage est rudimentaire, plus sont grossiers tes liens avec les hommes, moins tu peux conna�tre l'attente et l'ennui.

Mais qu'eussent-ils pu attendre de nous, ces hommes qui �taient si absolument tranch�s d'avec nous? Ils n'attendaient rien.

�Vois, dit mon p�re. Il ne peut m�me plus b�iller. Il a renonc� jusqu'� l'ennui qui est attente des hommes.�

XXVII

Ainsi m'apparut-il d'abord qu'ils �taient malheureux. La nuit se fit comme un navire o� Dieu renferme ses passagers sans capitaine. Et me vint l'id�e de d�partager les hommes. Ayant d�sir de comprendre d'abord le bonheur.

Je fis sonner les cloches. �Venez ici, vous que le bonheur comble.� Car le bonheur se sent en soi ainsi qu'un fruit qui est plein de sa saveur. Et celle-l� je l'ai vue se presser des deux mains la poitrine, pench�e en avant, comme remplie. Et ils vinrent donc � ma droite. �Venez ici, dis-je, les malheureux.� Et je fis sonner les cloches pour ceux-l�. �Venez � ma gauche�, leur dis-je. Et quand je les eus bien s�par�s, je cherchais � comprendre. Et je me demandais: �D'o� vient le mal?�

Car je ne crois point en l'arithm�tique. Ni la d�tresse ni la joie se multiplient. Et si un seul souffre dans mon peuple, sa souffrance est grande comme celle d'un peuple. Et en m�me temps, il est mauvais que celui-l� ne se sacrifie point pour servir le peuple.

Ainsi de la joie. Et la fille de la reine, quand elle se marie, voil� tout le peuple qui danse. C'est l'arbre qui forme sa fleur. Et je juge l'arbre sur sa pointe.

XXVIII

Vaste me parut ma solitude. C'est le silence et la lenteur que je r�clamais pour mon peuple. Et cette r�serve au fond de l'�me, et cet ennui sur la montagne, je les buvais jusqu'� l'amertume. J'apercevais donc en dessous de moi les lumi�res du soir de ma ville. Cet immense appel que forme la ville jusqu'� ce que tous se soient r�unis, tous enferm�s, tous atteints l'un par l'autre. Ainsi je les voyais l'un apr�s l'autre s'enfermer � chaque fen�tre qui s'�teignait, sachant leur amour. Puis leur ennui. A moins que l'amour ne s'�change contre plus vaste que l'amour.

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