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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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— Te souviens-tu de ce que le hjjk nous a dit, de ses derniers mots avant de partir ? demanda-t-elle d’une voix qui paraissait très lointaine. Il n’y a pas d’humains, femme de chair, nous a-t-il dit.

— Oui, je m’en souviens.

— Ses paroles sont restées gravées dans mon esprit, Torlyri, et elles me brûlent comme si j’avais été marquée au fer rouge. Qu’a-t-il voulu nous dire ?

Torlyri se pencha et plongea les yeux dans le regard brillant de Koshmar.

— Il a dit cela par pure méchanceté. Il cherchait simplement à semer le doute dans notre esprit. Il était impatient et agacé parce que nous ne voulions pas le laisser passer. Il a donc dit n’importe quoi en espérant que cela nous ferait du mal, mais ce n’était qu’un mensonge.

— Il a pourtant dit la vérité à propos des rats-loups, fît remarquer Koshmar.

— Bien sûr, mais cela ne signifie pas que tout ce qu’il a dit était vrai.

— Et si c’était vrai, Torlyri ? Et si nous étions les seuls ? demanda Koshmar qui semblait avoir toutes les peines du monde à faire sortir les mots du plus profond de son être.

Cette idée à donner le frisson ne faisait que reprendre les cruelles inquiétudes de Torlyri.

— J’ai pensé à la même chose, Koshmar, dit-elle d’une voix grave. Et j’ai aussi songé à la responsabilité qui est la nôtre si nous sommes les derniers survivants de l’espèce humaine. Si tous les autres ont péri pendant le Long Hiver.

— Quelle responsabilité, en effet.

— Elle doit être lourde pour toi, Koshmar.

— Mais je me sens moins tourmentée maintenant. Je me sens plus forte depuis notre couplage.

— C’est vrai ?

— Peut-être est-ce tout ce dont j’avais besoin, dit Koshmar en riant. J’étais tellement triste, remplie de noirs pressentiments, je me demandais si je n’avais pas commis quelque folie irréparable, sachant que le châtiment de la folie est toujours terrible. Je savais que j’étais la seule responsable, que c’est moi qui avais pris la décision de quitter le cocon, que Thaggoran était sceptique et toi aussi…

Koshmar secoua lentement la tête.

— Et, comme toujours, Torlyri, tu m’as encouragée. Tu as partagé ta force avec moi et tu m’as permis d’aller de l’avant. Alors, tu crois que le hjjk mentait ? Nous ne sommes pas les seuls. Nous allons trouver les autres et, ensemble, nous rebâtirons le monde. C’est bien cela ? Mais oui, mais oui… Qui pourrait en douter ? Ah ! Torlyri ! Torlyri ! Comme je t’aime !

Elle étreignit joyeusement Torlyri, mais sa compagne répondit avec tiédeur. Depuis quelques instants, elle sentait un changement en elle, une ombre pesante qui assombrissait son âme. Les incertitudes de la veille l’assaillaient de nouveau et le destin du Peuple lui semblait suspendu au bord d’un abîme sans fond. C’était à son tour d’être en proie au doute et au désespoir, comme si, pendant leur communion, Koshmar lui avait transmis son angoisse.

— Est-ce à ton esprit d’être tourmenté maintenant ? demanda Koshmar en se dégageant lentement.

— Peut-être.

— Je ne veux pas. Je ne veux pas que tu me remontes le moral à tes dépens.

— Si j’ai pu te soulager de tes craintes, j’en suis très heureuse, dit Torlyri. Mais, en effet, je suppose que les craintes qui t’oppressaient pèsent maintenant sur mon âme.

Elle prit quelques poignées de terre sablonneuse et les lança en l’air dans un accès d’humeur.

— Et si, en fin de compte, nous étions les seuls humains, Koshmar ?

— Et alors ? dit Koshmar. Si nous sommes les seuls, nous aurons la planète en héritage et nous en ferons notre royaume. Nous ne sommes que soixante, mais nous la repeuplerons ! Il nous faudra surtout être très prudents, car si nous sommes les seuls humains, chacune de nos vies est précieuse.

L’allant retrouvé de Koshmar était irrésistible et Torlyri sentit presque aussitôt ses craintes s’estomper.

— Mais que nous soyons les seuls ou une poignée parmi des millions, poursuivit Koshmar, il nous faudra de toute façon être extrêmement prudents pour faire face à tous les périls. Notre premier devoir sera de nous préserver de…

— Oh ! regarde ! s’écria brusquement Torlyri. Regarde, Koshmar !

Elle montrait le château bâti par les insectes. La créature en forme de câble était entièrement sortie de la terre à l’une de ses extrémités. Elle était immensément longue, au moins trois ou quatre fois la longueur d’un homme. S’élevant de toute sa taille pour se laisser violemment retomber, elle attaquait sans relâche les murailles et les tourelles de la construction perfectionnée des insectes pour y ouvrir des brèches. Sa tête lisse et sans yeux s’achevait en une gueule béante et elle commença à dévorer les petits insectes rouges et leurs remparts de terre, avec une telle voracité qu’il n’allait bientôt plus rester trace des petits bâtisseurs ni de leur œuvre.

— Oui, dit Koshmar en frissonnant, les périls nous guettent de tous côtés. Je t’avais dit que je voulais le tuer.

— Mais il ne t’a fait aucun mal.

— Et les insectes dont il a détruit le château ?

— Tu ne leur dois rien, Koshmar, dit Torlyri en souriant. Tous les animaux doivent manger, même les plus méchants. Viens, laisse-le finir son petit déjeuner en paix.

— Je me demande parfois si tu es vraiment aussi douce que tu le parais, Torlyri.

— Tous les animaux doivent manger, répéta Torlyri.

Koshmar grimpa la pente de la cuvette où Torlyri avait célébré son rite matinal et elle regagna le campement. Le soleil était déjà levé depuis longtemps et tous les membres de la tribu étaient debout et vaquaient à leurs tâches.

Elle se tenait au sommet d’une butte et son regard était tourné vers l’occident. Comme il était bon de sentir la chaleur du soleil sur son dos et sur ses épaules.

Devant elle, les terres s’élargissaient en un très large bassin, sans arbres, sans montagnes, sans presque rien pour arrêter l’œil. Le sol sablonneux était très sec et il n’y avait ni fleuves ni lacs, juste quelques maigres filets d’eau dans toute cette étendue aride. De-ci de-là quelques bosses rompaient la monotonie du paysage, si basses qu’elles semblaient avoir été aplaties et polies par quelque force titanesque. Koshmar essaya d’imaginer ce qui s’était passé, de se représenter les épaisses couches de glace recouvrant toute la planète, une glace si lourde qu’elle coulait comme un fleuve, qu’elle attaquait les montagnes, qu’elle les réduisait à une masse de dépôts entraînés petit à petit tout au long des centaines de milliers d’années du Long Hiver. C’est ce qui, d’après Thaggoran, était arrivé à la planète tandis que le Peuple demeurait tapi dans son cocon.

Koshmar regrettait de ne plus avoir Thaggoran à ses côtés. Aucune perte n’aurait pu être plus cruelle. Elle ne s’était pas pleinement rendu compte avant sa disparition à quel point elle se reposait sur lui. Thaggoran était tout à la fois l’esprit, l’âme et les yeux de la tribu. Sans lui, ils étaient comme des aveugles tâtonnant de tous côtés, incapables de percer les mystères qui les environnaient.

Elle s’efforça de chasser cette pensée. Thaggoran avait été important mais pas indispensable. Nul ne l’était. Elle avait refusé de se laisser démoraliser par sa mort. Avec ou sans Thaggoran, ils iraient de l’avant, ils poursuivraient leur marche et feraient tout le tour du globe si nécessaire, car leur destin était de continuer jusqu’à ce qu’ils aient accompli ce qu’ils devaient accomplir. Elle avait la conviction qu’ils formaient une tribu à part, de même qu’elle avait la certitude d’être un chef à part. Et rien n’aurait pu l’en dissuader.

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