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Les traquenards de Giri [The Witling - fr]

Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:

Aux yeux des habitants de Giri, les explorateurs venus d’outre-espace n’étaient que des plaisantins.Et sur cette planète qui semblait si primitive, ils n’étaient rien d’autres.
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
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Une voix douce mais au ton ferme s’éleva derrière Pelio. « Il existe une autre solution. » L’intervention de Ionina laissa Shozheru pantois. Aucun noble ne s’était jamais adressé à lui avec aussi peu d’égards, sans parler d’un roturier ni, à plus forte raison, d’un Profane. Pelio se retourna vers la jeune femme afin de l’observer. L’attitude de Ionina ne traduisait pas la moindre humilité ; elle regardait au contraire Shozheru droit dans les yeux et le roi restait figé devant son étrange beauté. Mais, dès qu’elle prit la parole, le charme fut rompu et les mots qu’elle prononça suscitèrent jusque dans la foule un énorme éclat de rire, cependant vite réprimé.

« Pelio va bientôt traverser le Grand Océan ; ainsi vous serez débarrassé de lui. »

Le corps du roi-empereur se raidit au moment où il fit appel à ses pouvoirs. « Ne te moque pas de moi ! » Sa voix aiguë avait des accents efféminés, mais son visage exprimait une volonté homicide et Ionina eût dû mourir à cet instant, le cœur ou le cerveau mis hors d’état de fonctionner, si Samadhom, poussant un jappement plaintif, ne s’était gauchement précipité à ses côtés.

La femme répliqua d’une voix tendue et agressive. Ignorait-elle donc qu’elle venait d’échapper à la mort ? « Je ne me moque pas de vous. Je dis la vérité. »

Shozheru se calma et son corps débile reprit sa posture habituelle. Il parut prendre conscience de la présence des spectateurs et, avec un regard irrésolu à l’adresse des trois Profanes, il répondit : « Nous poursuivrons cette discussion en privé. Allons. » Et la foule s’écarta en silence devant eux afin de les laisser gagner le bassin de transit.

La salle du conseil était située dans les contreforts occidentaux du mont palatin. Derrière les fenêtres ouvertes, un tapis de verdure inondé de lumière se déroulait sur plus d’un demi-kilomètre de longueur, jusqu’à l’endroit où le sol disparaissait sous la luxuriance de la forêt vierge équatoriale. L’intérieur de la pièce était sobre, son unique décoration consistant en une collection de tableaux représentant les quarante-sept prédécesseurs de Shozheru. La table de conférence en bois poli disposée au centre était elle-même dépourvue des ornements sculptés en forme de gargouilles si répandus à cette époque. À l’exception de quatre portraits supplémentaires, l’état de la pièce était demeuré inchangé pendant près d’un siècle, c’est-à-dire depuis l’ère Teratseru, durant laquelle simplicité avait été synonyme d’élégance.

La salle était bondée quand ils entrèrent, mais le roi en chassa gardes et conseillers. Si les circonstances avaient été différentes, Peliose serait bien amusé en voyant l’air consterné de ces graves personnages, qui manquèrent de se quereller avec leur roi avant de se résoudre à sortir. Il ne resta plus alors que cinq personnes en présence : Aleru et le roi à un bout de la pièce, à l’autre les trois Profanes.

Shozheru posa les mains à plat sur la surface somptueusement vernis de son bureau et considéra son fils durant un long moment. Le roi paraissait plus calme et plus résolu qu’auparavant. « Cette femme dit qu’il existe une troisième solution, Pelio. » Il ne regardait pas Ionina. « Elle dit que tu vas “traverser l’océan” et céder ton droit de succession à Aleru. »

Pelio tourna les yeux vers Ionina et Adgao, debout près de la table. La jeune femme lui adressa un regard de ses prunelles sombres et mystérieuses et Pelio sut qu’elle ne s’était pas jouée d’eux : le royaume des Profanes dont elle venait se trouvait bien de l’autre côté de l’océan, et elle connaissait le moyen de s’y rendre.

« Oui, sire, c’est exact.

— Comment ? » Le roi avait chargé ce simple mot de toute l’ironie dont il était capable. Il existait naturellement des terres au-delà de l’océan, mais nul — pas même un membre de la Guilde — n’aurait pu les atteindre sain et sauf. Pelio ouvrit la bouche, mais demeura muet.

« Je vais vous dire comment. » Le ton de la jeune femme n’avait rien perdu de sa suavité ni de sa détermination. Le regard de Shozheru se dirigea involontairement vers elle et, cette fois, il écouta ce qu’elle avait à dire.

Ionina leur expliqua ce projet avec suffisamment de détails pour que Pelio se sentît intérieurement glacé en l’entendant. L’entreprise paraissait insensée et défiait jusqu’à la magie. Shozheru et Aleru l’écoutaient, impassibles, mais leurs brèves questions prouvaient à Pelio qu’ils considéraient eux aussi ce plan comme une façon particulièrement déplaisante de hâter l’heure du trépas.

Quand Ionina eut fini, Shozheru se tourna vers Pelio : « Ce serait un suicide, mon fils », lui dit-il tranquillement. « Est-ce réellement ce que vous projetez tous les trois ? »

Avons-nous le choix ? pensa Pelio. Il savait que Shozheru était désormais persuadé qu’il serait incapable de gouverner — fût-ce fictivement — le Royaume de l’Été. Ce qui signifiait qu’il fallait écarter Pelio, que Pelio devait mourir. L’exil ne suffisait pas — ainsi en avait décidé l’immuable coutume — car un prince peut toujours revenir d’exil à la tête d’une armée d’insurgés…

Or aucun homme n’étaitjamais revenu de l’autre bord de l’océan, aucun homme n’avait jamais survécu à un saut même dix fois moindre ; le roi parviendrait probablement à convaincre ses conseillers de laisser Pelio entreprendre ce voyage au lieu de le faire exécuter.

« Oui, père », répondit Pelio. Mais, en dépit de la confiance qu’il avait en eux, il doutait que le dessein d’Adgao et de Ionina lui eût agréé sans la perspective inverse d’un arrêt de mort impérial.

Shozheru fixait la table. Derrière lui, Aleru regardait au loin par-dessus l’épaule de son père. Ils avaient visiblement compris la situation. En adoptant cette solution, le roi ne serait pas obligé de devenir le meurtrier de son propre fils. « Très bien », finit par dire Shozheru. « Je vous accorde à vous trois toute la latitude que cette jeune femme demande, de même que le matériel et la main-d’œuvre nécessaires. » Il leva les yeux vers eux et Pelio se rendit compte à quel point il en coûtait à son père de satisfaire son « vœu », car la Cour de l’Été était déjà suffisamment en butte à la raillerie générale à cause des ménagements dont elle usait envers le Profane qu’il était. « Vous avez neuf jours. »

Le roi traversa la pièce et se laissa glisser dans le bassin de transit sans un mot d’adieu.

« Je vais te faire envoyer tes serviteurs », dit Aleru en s’approchant à son tour du bassin de transit. Arrivé au bord de l’eau, il hésita un instant avant de se retourner pour faire face aux Profanes. Sa tête se découpait sur la végétation lumineuse qu’on apercevait à l’extérieur et Pelio ne put distinguer ses traits. Une pointe d’ironie était-elle décelable dans les mots qu’il prononça alors ? « Quoi qu’il arrive, la dynastie est sauvée, frère. Et j’espère que… d’une façon ou d’une autre… tu réussiras. »

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