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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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— Pour donner à la Terre davantage d’attrait touristique, chuchota à mon oreille le prince de Roum avec aigreur.

— Le chancelier, poursuivit Manrule Sept, m’a prié de vous informer d’un changement administratif qui doit nécessairement intervenir du fait du statut de territoire occupé qui est maintenant celui de votre planète. Jusqu’ici, tous les différends qui surgissaient entre vous étaient soumis à l’arbitrage de vos tribunaux confraternels, le chancelier Kenishal constituant l’instance d’appel suprême. Dans l’intérêt de l’efficacité administrative, nous sommes désormais obligés d’imposer notre juridiction à la confrérie. En conséquence, le chancelier portera à notre connaissance tous les litiges échappant dorénavant à sa compétence.

Les Souvenants poussèrent des exclamations étouffées et s’entre-regardèrent en s’agitant sur leurs sièges.

— Le chancelier a capitulé ! s’exclama un apprenti près de moi.

— Il n’a pas le choix, imbécile ! répondit un autre dans un souffle.

La séance fut levée dans la confusion. Les Souvenants se répandirent dans les couloirs avec force gesticulations, discussions et récriminations. Un vénérable porteur d’écharpe était tellement secoué qu’il s’accroupit pour se livrer à des exercices de stabilisation sans se soucier de la cohue. La marée déferla sur les apprentis, les repoussant. Je tentai de protéger le prince, craignant qu’il ne fût renversé et piétiné mais nous fûmes séparés et je le perdis de vue pendant plusieurs minutes. Quand je le revis, il était avec Olmayne. La Souvenante était écarlate et ses yeux jetaient des flammes. Elle parlait sur un débit précipité et le prince l’écoutait, la tenant par le coude pour garder l’équilibre.

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Après cette première période d’initiation, on m’assigna de petites tâches. Je ne faisais pour ainsi dire que des choses qui, en d’autres temps, étaient entièrement effectuées par des machines. Par exemple, surveiller les tubulures d’alimentation qui apportaient les éléments nutritifs aux cerveaux des silos à mémoire. Chaque jour pendant plusieurs heures, je parcourais l’étroite galerie d’inspection à l’affût des conduits bouchés. L’installation était conçue de telle façon que lorsque l’un d’eux était obstrué, la gaine transparente qui l’entourait subissait une surcontrainte que des faisceaux de lumière polarisée permettaient de détecter. Je m’acquittai donc de cette humble fonction (de temps en temps, je décelais un engorgement) et d’autres modestes corvées ainsi qu’il convenait à un apprenti. Mais j’étais aussi en mesure de poursuivre mes recherches sur l’histoire de la planète.

Il arrive parfois qu’on ne se rende compte de la valeur des choses que lorsqu’on les a perdues. Toute ma vie durant, je m’étais préparé en tant que Guetteur à donner au plus tôt l’alerte dans l’éventualité de l’invasion prédite, sans trop chercher à savoir qui pourrait vouloir nous envahir — ni pourquoi. Toute ma vie durant, bien que sachant vaguement que la Terre avait connu des jours autrement glorieux avant le troisième cycle qui m’avait vu naître, je n’avais cherché à savoir ni à quoi ressemblait la planète en son âge d’or ni les raisons de son déclin. Ce n’avait été que lorsque les astronefs de l’invasion avaient surgi dans le ciel que j’avais éprouvé le soudain et violent désir de connaître ce passé perdu. Maintenant, Tomis des Souvenants, l’apprenti le plus chargé d’ans, fouillait les archives de ces époques évanouies.

Tout citoyen a le droit d’enfiler un bonnet à pensées public et d’obtenir des Souvenants un renseignement sur n’importe quel sujet. Rien n’est caché. Mais les Souvenants n’aident pas le demandeur. Il faut savoir comment poser la question, c’est-à-dire qu’il faut savoir quelle question poser. On est obligé de rechercher les données les unes après les autres. Ce système rend service à celui qui veut connaître, disons les modalités climatiques à long terme d’Ogypte, les symptômes de la maladie de la cristallisation ou les limitations de la charte de telle ou telle confrérie, mais il n’est d’aucun secours pour qui s’intéresse à de plus vastes questions. Dans ce cas, il est nécessaire de réunir un bon millier d’informations rien que comme point de départ, ce qui représente une dépense considérable et rares sont ceux qui prendraient cette peine.

En tant qu’apprenti Souvenant, j’avais accès à toutes les données et, ce qui était encore plus important, aux cotes. Les Coteurs sont une confrérie auxiliaire de la Souvenance, une caste de besogneux qui enregistrent et classent des éléments que, souvent, ils ne comprennent pas. Le fruit de leur travail est exploité par la grande confrérie mais les cotes ne sont pas à la disposition de tout le monde. Et, sans elles, il est quasiment impossible de résoudre les problèmes de la recherche.

Je ne m’étendrai pas sur le cheminement qui m’a permis de conquérir le savoir que je détiens — les longues heures de piétinement dans le labyrinthe des galeries, les échecs, les désarrois, les migraines qui ont été mon lot. Apprenti jobard, j’étais une proie toute désignée pour les mauvais plaisants et bien des condisciples, voire un ou deux membres de la confrérie, se faisaient un malin plaisir de m’induire en erreur rien que pour s’amuser. Mais j’appris quelles voies il fallait suivre, j’appris à organiser une séquence de questions, à progresser peu à peu de références en références jusqu’à ce que jaillisse la lumière de la vérité. Je dus ainsi à ma persévérance plus qu’à mon intelligence de pouvoir reconstituer à partir des archives des Souvenants le récit cohérent de la chute de l’homme.

Le voici.

A une époque très reculée, que nous appelons le premier cycle, la vie sur la Terre était brutale et primitive. Je ne parle pas de la période antérieure à la civilisation, l’ère des créatures velues au langage inarticulé, vivant dans des cavernes et se servant d’outils de pierre. On considère que le premier cycle a commencé lorsque l’homme a appris à accumuler les informations et à maîtriser son environnement. Cela eut lieu en Ogypte et à Sumir. Le premier cycle débuta il y a quelque 40 000 ans selon notre échelle des temps mais sa durée ne peut être établie avec certitude puisque celle de l’année s’est modifiée à la fin du second cycle et que nous avons été incapables jusqu’à présent de déterminer en combien de temps notre planète effectuait sa révolution autour du soleil aux époques précédentes. Peut-être la période de révolution était-elle un peu plus longue que de nos jours.

Le premier cycle fut celui de la Roum impériale et de l’ascension initiale de Jorslem. Eyrop était encore à l’état sauvage alors qu’Ais et plusieurs régions de Frique étaient déjà depuis longtemps civilisées. A l’ouest, deux vastes continents occupaient une grande partie de l’océan Terre. Ils étaient également peuplés de sauvages.

Il est acquis que, au cours de ce cycle, l’humanité n’était en contact avec aucun autre monde, aucune étoile. Un tel isolement est difficile à concevoir. Pourtant, c’était ainsi. La seule source de lumière artificielle était le feu. L’homme était impuissant devant la maladie et le rajeunissement était inconnu. C’était une ère sans confort, sinistre et rude dans sa simplicité. La mort survenait précocement. A peine avait-on le temps d’engendrer quelques fils ici et là que, déjà, l’on disparaissait. Les hommes vivaient dans la peur mais ce n’étaient presque jamais des choses réelles qu’ils redoutaient.

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