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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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Je fus ensuite superficiellement instruit des méthodes de recherches in situ. Des simulateurs astucieux me montrèrent les Souvenants fouillant les tumulus des grandes villes détruites de Frique et d’Aïs à l’aide de manchons à vide. Je participai par personnes interposées aux expéditions sous-marines qui ramenaient les vestiges des civilisations des continents perdus. Des équipes de Souvenants, enfermés dans des engins translucides en forme de goutte d’eau semblables à des globes gélatineux, s’enfonçaient dans les profondeurs de l’océan Terre et foraient de faisceaux d’énergie violette la surface envasée des anciens plateaux territoriaux pour en exhumer les vérités enfouies. Je vis à l’œuvre les ramasseurs de tessons, les arracheurs d’ombres, les collecteurs de films moléculaires. L’une des meilleurs expériences d’orientation était une séquence montrant quelques véritables héros de la Souvenance déterrer une machine météorologique en Basse-Frique. Après avoir mis à nu la base de la gigantesque installation, ils l’aspiraient au moyen d’extirpateurs énergétiques d’une puissance telle que le sol même paraissait hurler pendant l’opération. Tandis que la monstrueuse relique, témoin de la folie du second cycle, flottait dans les airs, des experts arborant l’écharpe de la confrérie sondaient l’excavation pour découvrir comment avait été dressé la colonne.

Ces séances d’initiation firent naître en moi une prodigieuse admiration pour la confrérie que j’avais choisie. Les Souvenants que j’avais eu l’occasion de rencontrer m’avaient généralement fait l’effet de gens pompeux, méprisants, hautains ou simplement distants, qui n’attiraient pas la sympathie. Mais le tout est plus grand que la somme de ses parties et l’attitude distraite d’hommes comme Basil et Elegro, leur indifférence à l’endroit des soucis ordinaires du commun des mortels, leur détachement m’apparaissaient maintenant sous un jour nouveau : ils étaient partie prenante à la colossale entreprise qui avait pour but d’arracher notre glorieux passé à l’éternité. Cette grandiose quête des jours lointains était le seul substitut remplaçant les anciennes activités humaines. N’ayant plus ni présent ni avenir, nous étions par force contraints de nous concentrer exclusivement sur un passé dont personne ne pouvait nous dépouiller pour peu que nous fussions assez vigilants.

Pendant des jours sans nombre, j’assimilai cette entreprise dans tous ses détails, me familiarisai avec toutes les étapes de ce grand œuvre, depuis la collecte des grains de poussière sur le terrain et leur analyse après traitement en laboratoire jusqu’à la phase suprême : le travail de synthèse et d’interprétation réservé aux vieux Souvenants du niveau supérieur du bâtiment. Je ne fis qu’entr’apercevoir ces sages, des vieillards ridés et desséchés qui auraient pu être mes grands-pères, leur tête chenue inclinée et des lèvres minces desquelles s’échappait un bourdonnement de commentaires, de gloses, d’objections et de corrections. On me souffla que certains avaient subi jusqu’à deux et trois cures de rajeunissement à Jorslem, qu’aucun bain de jouvence ne pouvait désormais plus rien pour eux et qu’ils avaient définitivement atteint le soir de leur vie.

Nous visitâmes ensuite les silos à mémoire où les Souvenants emmagasinaient les fruits de leurs recherches et qui renseignaient les curieux. Lorsque j’étais Guetteur, ces cuves ne m’intéressaient guère. Cependant, je n’avais jamais rien vu de pareil. Celles des Souvenants n’étaient pas de simples éléments de stockage de trois ou cinq cerveaux mais de gigantesques installations où cent cerveaux et plus étaient montés en série. On nous fit entrer dans une salle oblongue — il y en avait des dizaines et des dizaines d’autres analogues sous le bâtiment ainsi que je l’appris —, profonde mais basse de plafond, où les gaines à cerveau s’alignaient à perte de vue par rangs de neuf. La perspective joue des tours bizarres : j’étais incapable de dire s’il y avait dix rangées ou cinquante et la vue de ces hémisphères blanchâtres avait quelque chose d’immensément écrasant.

Le guide à qui je demandai si c’était là les cerveaux d’anciens Souvenants me répondit :

— Il y en a quelques-uns mais il est inutile de recourir exclusivement aux Souvenants. N’importe quel cerveau humain normal fait l’affaire. Même un Serviteur a plus de capacité de stockage que tu ne l’imagines. Nos circuits n’ayant pas besoin de données faisant double emploi, nous pouvons intégralement exploiter les possibilités de chaque cerveau.

J’essayai de percer du regard les lourds fourreaux luisants qui protégeaient les silos.

— Qu’est-ce qui est archivé dans cette salle ?

— Les noms des habitants de la Frique du second cycle et toutes les données individuelles les concernant que nous avons recueillies jusqu’à maintenant. De plus, comme ces cellules ne sont pas sous pleine charge, nous y avons provisoirement entreposé certains détails d’ordre géographique relatifs aux continents perdus et des documents touchant à la création du Pont de Terre.

— Est-il facile de faire passer ces informations en archives permanentes ?

— Absolument. Ici, tout est électromagnétique. Les données sont des agrégats de charges. Pour les transférer d’un cerveau à un autre, il suffit d’inverser la polarité.

— Et en cas de panne d’électricité ? Tu disais qu’il n’existe pas d’éléments faisant double emploi. Ne risque-t-on pas de perdre des données accidentellement ?

— Non. Tout un ensemble de dispositifs de sécurité est prévu afin d’assurer une alimentation électrique sans défaillance. Et la plus efficace de ces sécurités, c’est que nous employons des tissus organiques pour nos unités de stockage. En effet, à supposer qu’un incident provoque une coupure de courant, les cerveaux garderaient les données emmagasinées. Récupérer leur contenu serait compliqué mais nullement impossible.

— A-t-on eu des difficultés au moment de l’invasion ?

— Nous sommes sous la protection des envahisseurs qui considèrent que notre travail est essentiel à leurs intérêts.

Peu après cette visite, une assemblée générale des Souvenants fut convoquée et les apprentis eurent le droit d’assister à la réunion du haut d’un balcon. Nous vîmes au-dessous de nous siéger en majesté les membres de la confrérie arborant leur écharpe. Elegro et Olmayne étaient parmi eux. Sur le podium orné de la spirale symbolique siégeait, austère et impressionnant, le chancelier Kenishal des Souvenants. A côté de lui se tenait un personnage encore plus frappant appartenant à la race qui avait conquis la Terre.

Kenishal prononça une brève allocution. La sonorité de sa voix ne masquait pas entièrement le vide de ses propos. Comme tous les administrateurs de l’univers, il débitait des platitudes et célébrait implicitement sa propre louange en rendant hommage à l’œuvre considérable qu’avait accomplie la confrérie. Enfin, il céda la parole à l’envahisseur.

L’étranger tendit les deux bras — on aurait dit qu’ils touchaient presque les murs de l’auditorium — et commença sur un ton paisible.

— Je suis Manrule Sept, procurateur de Perris, directement responsable de la confrérie des Souvenants. Je suis venu ici aujourd’hui dans l’intention de confirmer le décret pris par les autorités d’occupation. Les Souvenants vaqueront à leurs activités sans aucune restriction. Vous aurez librement accès à tous les lieux de la planète et pourrez vous rendre sur n’importe quel autre monde dans le cadre de vos recherches sur le passé de la Terre. Toutes les archives vous seront ouvertes sauf celles qui ont trait à l’organisation de la conquête elle-même. Le chancelier Kenishal m’a fait savoir que, de toute manière, la conquête n’est pas du ressort de votre étude. Cela ne présente donc pas d’inconvénients. Le gouvernement d’occupation est conscient de la valeur du travail qu’effectue votre confrérie. L’histoire de cette planète revêt une grande importance et nous souhaitons que vous poursuiviez votre tâche.

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