La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Qui est impliqué là-dedans ?
— La majeure partie de la communauté qui travaille ici à la recherche médicale. Ribeiros est votre interlocuteur privilégié, c’est bien. Mais ne perdez pas votre temps avec lui. Vous n’en tirerez rien. Il est trop bien protégé, comme est en train de le découvrir, me semble-t-il, la vertueuse Eleanor.
— Pourquoi vous écouterais-je ? D’où tenez-vous cela ?
Il sourit.
— J’ai des relations, et des moyens de découvrir certaines choses. Et puis, je ne suis pas gêné par des lois ou des règlements officiels.
— Mais dites-moi, que faites-vous ici exactement ?
— Croyez-vous que le Congrès des États-Unis soit la seule organisation qui s’intéresse à cette rumeur de supermutants ?
— Mais comment avez-vous entendu parler des supermutants ? Quelles sont vos sources ?
— J’ai des oreilles un peu partout. Et plus efficaces que celles du Congrès. (Il se laissa aller contre le dossier de son siège.) Votre café refroidit.
Andie but une gorgée et fit la grimace. Elle avait mis trop de sucre. Elle reposa sa tasse.
— Ainsi, je suis censée croire qu’un étranger surgi de nulle part, parlant d’ailleurs un américain parfait, mène sa propre enquête sur l’affaire qui motive nos recherches, sauf que lui a toutes les réponses ? Est-ce trop vous demander que de nous révéler pour qui vous travaillez ?
— Disons simplement qu’il s’agit d’un groupe aux intérêts très particuliers.
— Particuliers au sens où un mutant est particulier ?
Il salua la réplique d’un petit geste.
— Touché. Vous êtes encore plus intelligente que je le pensais.
— Vous êtes venu seul ?
— Non. Nous sommes deux ou trois à fureter dans le coin.
— Pourquoi ne pas en informer Jacobsen ?
Il secoua la tête.
— Je perdrais mon temps. Elle est très « service-service ». De plus, je ne suis pas exactement le bienvenu dans certains cercles mutants bien établis.
— Je vois. Bon, et si je lui en parlais à votre place ?
— Elle le croirait encore moins.
— Alors, pourquoi m’avoir abordée ?
— Vous êtes en prise directe avec le pouvoir. Et vous êtes du bon côté. Vous pouvez les guider dans les directions appropriées. Pour faciliter la participation de certaines agences appropriées, dirons-nous.
— Comme la C.I.A. ? Il me faudrait une preuve concrète pour cela.
— Ceci, par exemple ?
Skerry sortit une cartouche mémoire de sa poche et la mit dans la paume d’Andie, qui la regarda d’un air sceptique.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un enregistrement décrivant des expériences de division génétique pratiquées sur un embryon humain, dans une clinique proche de Jacarepaguâ.
— Quoi ? Mais c’est illégal. Comment avez-vous eu ça ?
— Je l’ai volé, répondit-il avec un sourire.
Andie repoussa sa chaise de la table et secoua la tête.
— Je ne peux pas accepter ça. Je serais complice de ce vol. Sans parler de tous les ennuis que ça pourrait nous occasionner si quelqu’un découvrait qu’on a dérobé l’information…
Le rire de l’homme lui coupa la parole.
— Vous n’êtes peut-être pas aussi intelligente que je le pensais. Ne reconnaissez jamais que ça a été volé. La clinique n’y fera pas la moindre allusion, croyez-moi.
— Je préférerais m’en tenir aux règles du jeu.
Le sourire s’effaça du visage de Skerry.
— Nous ne sommes pas aux États-Unis, miss Légalité. Ici, il n’existe que deux règles : le piston et le chantage. Aussi, soyez très prudente. Prenez cette information mais ne la montrez pas à Jacobsen tant que vous ne serez pas rentrées à Washington. Elle est surveillée ici.
— Par qui ?
— Des milliers d’yeux. La police. Quelques groupes de pression étrangers. Et d’autres mutants, naturellement.
Andie imagina une horde d’étrangers épiant sa patronne à la jumelle et à travers les trous de serrure. Sa patronne et elle. Une armée d’espions, à en croire ce type.
— Comment le savez-vous ? demanda-t-elle. Et d’ailleurs, en quoi cela vous concerne-t-il ?
— Écoutez, ma belle, l’affaire est grave. Pour vous autant que pour moi, sans parler des personnages qui surveillent votre patron. Et pendant que tout ce beau monde perd son temps à suivre la filière officielle, les expériences se poursuivent.
— Sur des sujets humains ?
— Il semblerait que oui.
— Vous en êtes certain ?
— Ouais. Aussi, soyez vigilante. Et prudente.
Devant la jeune femme, la silhouette de l’homme se mit à vaciller comme si une rafale de vent tropical était passée entre eux. Andie se frotta les paupières. Avait-elle la vue fatiguée ou était-il réellement en train de se volatiliser sous ses yeux ? Le tronc du jacaranda était visible à travers son T-shirt. Bouche bée, elle s’efforça néanmoins d’articuler :
— Attendez ! Si j’ai besoin de vous contacter ?
La chaise en face était vide. Une brise fraîche effleura la joue d’Andie.
— C’est moi qui vous trouverai.
Ce n’était plus qu’un souffle à son oreille, à son esprit. Elle baissa les yeux, s’attendant à voir aussi disparaître la cartouche. Mais l’ovale de plastique bleu resta niché dans sa paume, tel un œuf. Elle le rangea dans la poche de sa ceinture et regarda sa montre. En courant, elle pourrait arriver juste à temps pour la réunion au Parc César.
Bill McLeod empoigna le pistolet. Le nez du Cessna ultraléger avait besoin d’une retouche et, à cet effet, Bill venait de préparer son mélange à base de peinture argent. Derrière lui, il entendait Kelly papoter avec cette mutante, Mélanie Ryton, tandis qu’elles détachaient les écailles de peinture de la queue du Cessna. Sa fille ne voulait plus quitter cette famille, en dépit des inquiétudes qu’il éprouvait. Bon, ce n’était peut-être qu’une phase transitoire. Tout compte fait, Mélanie était une enfant charmante. Tout comme son frère, Michael, d’ailleurs, ainsi que Joanna ne cessait de le lui rabâcher.
Au diable ces gens qu’on disait charmants. Certes, il avait promis à Joanna de ne plus revenir sur le sujet, mais ça ne lui plaisait pas que sa fille sorte avec ce mutant. D’autant qu’il avait dans l’idée que sa fille et Michael Ryton étaient allés assez loin question relations sexuelles. Ça ne lui plaisait pas davantage, mais elle avait dix-huit ans et tant qu’elle agissait avec discrétion, il pouvait au moins faire l’effort de respecter sa vie privée.
D’un geste circulaire et précis, il projeta une couche de peinture argentée sur le nez du Cessna. Au contact, le pigment des cristaux d’acrylique sécha instantanément. Il regarda le résultat d’un œil critique. Quelques petites retouches ne devraient pas faire de mal.
— Kelly ! Est-ce que je peux t’interrompre ?
— Bien sûr, papa.
— Voudrais-tu m’apporter la petite trousse qui est dans le coffre du glisseur ?
— Entendu.
Il la suivit des yeux tandis qu’elle courait vers le glisseur, Mélanie sur ses talons. Le soleil de mai faisait miroiter sa chevelure et son survêtement jaune fluo. Un instant, il l’imagina traversant la piste vers l’avion qui l’attendait, sa mince silhouette revêtue d’une tenue différente, une combinaison de vol grise. Quel beau pilote elle ferait ! Il avait tenté de la convaincre d’entrer à l’école de l’armée de l’Air. Si seulement elle s’intéressait à autre chose qu’aux mutants !