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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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Tandis qu’il repose exténué sur elle, elle caresse doucement ses épaules mouillées de sueur. Puis, quand vient le moment du dégel, il réalise que cela n’a pas été très différent de ce qu’il a connu ailleurs. Un moment peut-être un peu plus sauvage, c’est tout. Sinon, la même routine. Même avec Mamelon Kluver, celle qui depuis trois ans embrase son esprit, ce n’a été que la vieille bête à deux dos : je vais, elle vient, et nous partons. Et voilà pour le romantisme. Un vieux proverbe du XXe siècle dit que la nuit tous les chats sont gris. Ainsi, maintenant je l’ai eue. Il se retire d’elle, et ils vont ensemble sous la douche.

— Ça va mieux, maintenant ? demande-t-elle.

— Je crois.

— Vous étiez tellement tendu quand je suis arrivée.

— Je m’en excuse.

— Désirez-vous quelque chose ?

— Non.

— Voulez-vous que nous parlions ?

— Non. Non. (À nouveau, il détourne les yeux de son corps qu’elle ne cherche pas à vêtir.) Je crois que je vais partir, dit-il, en s’habillant.

— Revenez une autre fois. Pourquoi pas pendant les heures de promenade nocturne ? Ce n’est pas que cela me gêne que vous veniez dans l’après-midi, Jason, mais la nuit, ce serait peut-être plus… tranquille. Vous voyez ce que je veux dire ?

Son indifférence, son calme l’effraient subitement. Réalise-t-elle seulement que c’est la première fois qu’il couche avec une femme de sa propre cité ? Et s’il lui racontait que toutes ses autres aventures se passent à Varsovie, ou Reykjavik, ou Prague, ou dans d’autres cités de paupos ? Mais que craignait-il donc ? Il reviendra la voir, c’est sûr. Il accompagne sa sortie d’un jeu complet de sourires, de hochements, de clignements, de regards furtifs et chargés. Mamelon lui envoie un baiser.

Il se retrouve dans le couloir. C’est encore trop tôt dans l’après-midi. S’il rentre à l’heure, il perdra le bénéfice de ce pour quoi il est venu. Il prend le descenseur, et passe deux heures à ne rien faire dans son bureau. Il est encore trop tôt. Il remonte à Shangai un peu après 18 00 et va au Centre d’Accomplissement Somatique où il se plonge dans un bain d’images. Les chauds courants ondulatoires ne lui procurent pas l’apaisement habituel ; il répond négativement aux vibrations psychédéliques intérieures. Des visions de monades urbaines détruites – sombres blocs de béton éclaté et noircis – envahissent son cerveau. Il est 19 20 quand il en ressort. Dans le vestiaire, ses émanations ayant été relevées, l’écran l’appelle :

— Jason Quevedo, votre épouse vous cherche.

Bon. Je suis en retard pour le dîner. Qu’elle s’échauffe bien. Il salue l’écran et sort. C’est encore trop tôt, estime-t-il. Il décide de flâner un peu ; de hall en couloir, sa promenade l’emmène jusqu’au 792e étage. Une heure supplémentaire s’est bien passée quand il débarque à son niveau et se dirige chez lui. Dans le hall, un écran l’avertit à nouveau que des détecteurs le cherchent.

— Je viens, je viens, marmonne-t-il irrité. (Le visage de Micaela reflète l’inquiétude quand il rentre – bonne surprise !)

— Où étais-tu ? demande-t-elle aussitôt.

— Oh, par-ci, par-là.

— Tu n’as pas travaillé tard. Je le sais. J’ai appelé à ton bureau. J’ai mis des détecteurs sur ta piste.

— Comme si j’étais un gamin perdu.

— Ce n’est pas ton genre de disparaître comme cela en plein après-midi.

— Tu as déjà dîné ?

— Non, j’attendais, répond-elle amèrement.

— Alors, mangeons. Je meurs de faim.

— Tu ne veux rien me dire ?

— Plus tard, laisse-t-il tomber, avec une expression mystérieuse soigneusement mise au point.

Il remarque à peine ce qu’il mange. Après le dîner, il passe quelque temps avec les enfants comme il le fait d’habitude, avant qu’ils n’aillent se coucher. Mentalement, il répète ce qu’il va dire à son épouse, modelant et remodelant sans cesse les phrases qu’il a préparées. Il s’essaye aussi à un sourire fat et satisfait de soi. Pour une fois, c’est lui qui sera l’agresseur. Pour une fois, c’est lui qui la blessera.

Micaela est absorbée par ce qui se passe sur l’écran. L’anxiété qu’elle manifestait semble avoir complètement disparu. C’est lui qui est obligé d’attaquer.

— Veux-tu que nous parlions de ce que j’ai fait aujourd’hui ? demande-t-il.

Elle lève la tête :

— Ce que tu as fait ? Ah, tu veux dire cet après-midi ? (C’est à croire qu’elle s’en moque !) Bon. Eh bien ?

— J’ai couché avec Mamelon Kluver.

— Une visite en plein jour ? Toi ?

— Moi.

— A-t-elle été bonne ?

— Formidable, proclame-t-il. (Mais le cœur n’y est pas. Il ne sait plus où il en est.) Elle a été entièrement ce que j’imaginais d’elle. (Micaela rit. Il se dresse.)

— C’est drôle ?

— Ce n’est pas drôle. Toi, tu l’es.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

— Cela signifie que pendant tant d’années tu t’es interdit de te promener la nuit dans Shangai, préférant aller plonger dans les femmes paupos. Et maintenant, tu t’offres finalement Mamelon, mais pour la raison la plus stupide…

— Tu savais que je ne restais jamais ici ?

— Bien sûr, je le savais. Les femmes parlent entre elles. J’ai demandé à mes amies. Tu n’en avais défoncé aucune. Alors je me suis posé des questions – j’ai fait enquêter. Varsovie. Prague. Pourquoi es-tu allé là-bas, Jason ?

— À présent, cela n’a plus d’importance.

— Et qu’est-ce qui en a ?

— Que j’aie passé l’après-midi dans la couche de Mamelon.

— Idiot.

— Garce.

— Raté.

— Stérilisante !

— Paupo !

— Attends, interrompt-il. Attends. Pourquoi es-tu allée voir Siegmund ?

— Pour t’ennuyer, admet-elle. Parce qu’il est un gagnant et toi pas. Je voulais t’exciter – te faire bouger.

— C’est pourquoi tu t’es permis de violer une coutume, en allant, de façon provocante, visiter de jour l’homme que tu t’étais choisi ? Ce n’est pas joli, Micaela. Pas du tout féminin, ajouterai-je.

— Nous formons vraiment le couple idéal, tu ne trouves pas ? Un époux féminin et une épouse masculine !

— Les insultes ne te font pas peur, n’est-ce pas ?

— Pourquoi es-tu allé chez Mamelon ?

— Pour te rendre furieuse. Pour me venger de ce que tu as fait avec Siegmund. Remarque, je me moque que tu te sois laissé défoncer par lui. Nous avons dépassé ce genre de sentiments. Mais, tes motivations ! Se servir du sexe comme d’une arme. Choisir délibérément de jouer le mauvais rôle, dans le but de me pousser à bout. C’était laid, Micaela.

— Et tes motivations à toi ? Le sexe comme une revanche ! Les visites nocturnes sont censées apaiser les tensions, non les créer. Nocturnes ? En plein jour ! Tu voulais Mamelon ? Bien ; elle est belle, et désirable. Mais rentrer ici et t’en vanter, comme si j’avais quelque chose à faire de quelle fente tu ramones…

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