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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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Soudain Micaela s’inscrit dans ce contexte bourgeois XXe siècle. Bien sûr, elle ne ressemble pas aux personnages timides et timorés du film. Elle est, au contraire, cynique, insolente – se vantant de sa visite à Siegmund pour diminuer et rabaisser son époux. Mais Jason y voit une attitude typique du XXe siècle, se situant à l’opposé de l’accommodement harmonieux du monde urbmonadial. Seul un être considérant le sexe comme un moyen pouvait faire ce que Micaela avait fait : réinventer l’adultère dans une société qui n’en connaît pas la signification ! Sa colère augmente ! Sur 800 000 personnes vivant dans Monade Urbaine 116, pourquoi avait-il fallu qu’il tombe sur la seule brebis galeuse ? Une femme qui flirte avec son propre frère, non pas parce qu’elle a envie de lui, mais parce qu’elle sait que cela ennuie son époux. Qui va chercher Siegmund au lieu d’attendre qu’il vienne la trouver ! La barbare ! Mais je vais lui montrer. Moi aussi, je sais jouer à son petit jeu sadique !

À midi (il y a à peine cinq heures qu’il s’est mis au travail), il quitte son bureau. L’ascenseur l’emporte jusqu’au 787e étage. Devant l’appartement de Siegmund et Mamelon Kluver, il est soudain pris d’un atroce vertige qui manque le faire tomber. Tant bien que mal, il récupère son équilibre ; mais la panique subsiste en lui, le poussant à fuir. Il lutte contre lui-même, contre sa stupide timidité. Pense aux personnages du film. Pourquoi as-tu peur ? Mamelon est un sexe, une fente comme les autres. Tu en as eu des centaines aussi belles qu’elle. Mais elle est intelligente. Elle est capable de me faire perdre mes moyens en un ou deux coups de patte. Pourtant je la veux. Il y a si longtemps que je me la refuse. Alors que pendant ce temps, Micaela s’enroulait joyeusement avec Siegmund, l’après-midi ! La garce. La garce. Pourquoi devrais-je souffrir ? Dans notre monde, nous sommes censés ne nous priver de personne. Je veux Mamelon, donc… Il pousse la porte.

L’appartement est vide. Dans sa couchette, un bébé dort. Il n’y a pas d’autre signe de vie.

— Mamelon ? appelle Jason, d’une voix qui se brise.

L’écran s’allume et l’image pré-enregistrée de Mamelon apparaît. Qu’elle est belle, pense-t-il. Son sourire est radieux.

— Bonjour, dit-elle. Je suis à mon cours de polyrythme. Je serai de retour à 15 00 heures. Les messages urgents peuvent m’être laissés au Centre d’Accomplissement Somatique de Shangai, ou à mon époux Siegmund, à la Connexion Centrale de Louisville. Merci.

L’image s’évanouit.

15 00 heures. Il a presque deux heures à attendre. Que faire ?

La contempler encore.

— Mamelon ? appelle-t-il.

Elle réapparaît sur l’écran. Jason étudie chaque détail du visage adorable : les traits aristocratiques, les yeux sombres et mystérieux. Une femme indépendante, libre, insensible aux démons. Une véritable personnalité, pas une névropathe balayée par les vents psychiques comme Micaela.

— Bonjour. Je suis à mon cours de polyrythme. Je serai de retour à 15 00 heures. Les messages urgents peuvent…

Jason est décidé. Il attendra.

Ce n’est pas la première fois qu’il vient ici, mais la décoration de l’appartement ne cesse de l’impressionner. Les rideaux et draperies faits de riches tissus, les objets d’art soigneusement choisis. Autant de marques de statut ; il est évident que Siegmund sera bientôt à Louisville, et ces biens personnels sont les preuves avant-coureuses de son imminente accession à la caste dirigeante. Pour tromper son impatience, Jason joue avec les cloisons mobiles, inspecte les meubles, compose des programmes odoriférants. Il va voir le bébé qui s’est réveillé et gazouille dans sa couchette. L’autre enfant des Kluver doit avoir à peu près deux ans maintenant, pense-t-il en faisant les cent pas. Il va bientôt rentrer de la crèche. Jason ne se sent pas disposé à jouer les nourrices tout l’après-midi.

Il allume l’écran et suit le programme abstrait. Le flot de formes et de couleurs l’emporte pendant une autre heure d’impatience. Mamelon ne va plus tarder.

14 50. La voici, tenant son enfant par la main. Jason se lève, le cœur battant. La gorge sèche. Mamelon est vêtue simplement et sobrement d’une tunique bleue qui tombe en cascade jusqu’à ses genoux. Elle a un air quelque peu débraillé qui ne lui est pas habituel. Et pourtant, pourquoi pas ? Elle a passé son après-midi en exercices physiques ; on ne peut attendre d’elle qu’elle soit la Mamelon impeccable et scintillante des soirées.

— Jason ? Que se passe-t-il ? Pourquoi…

— Une simple visite, profère-t-il. (Il reconnaît difficilement sa voix.)

— Vous semblez à moitié anomo, Jason ! Seriez-vous malade ? Puis-je vous servir quelque chose ?

Elle ouvre sa tunique, l’enlève et la jette en boule sous la douche moléculaire. Dessous, elle ne porte qu’un collant absolument transparent. Jason détourne le regard de sa triomphale nudité, tandis qu’elle se dépouille aussi du collant. Après s’être lavée, elle passe un déshabillé, et se tourne vers lui.

— Vous agissez très étrangement, le savez-vous ?

Plonger d’un coup.

— Laissez-moi vous défoncer, Mamelon !

Surprise, elle rit.

— Maintenant ? En plein après-midi ?

— Est-ce tellement outrageant ?

— Inhabituel, plutôt. Surtout de la part d’un homme qui n’est jamais venu me visiter la nuit. Mais je suppose que rien ne s’y oppose. D’accord, venez…

Aussi simple que ça. Elle ôte son déshabillé et gonfle la plate-forme de repos. Elle ne se refusera pas à lui, bien sûr ; ce serait impie et sacrilège. Une femme de son époque, vivant en harmonie avec la loi, mais sachant ne pas se limiter à l’obéissance trop stricte des règles. Même s’il a choisi une heure bizarre, elle se donnera à lui – sa peau blanche, ses seins hauts et pleins, le nombril profondément ourlé, la toison brune qui boucle sur le ventre à l’embranchement des cuisses. De la plate-forme, elle s’incline vers lui, souriante. Elle frotte ses genoux l’un contre l’autre pour se préparer à l’accueillir.

Jason enlève ses vêtements, qu’il plie soigneusement. Il s’étend à côté d’elle. Sa main nerveuse va envelopper un sein, tandis qu’il mordille le lobe d’une oreille. Il veut désespérément lui dire qu’il l’aime. Mais cela serait une folie bien pire que celles qu’il a commises jusqu’ici. Dans un sens, pas au sens XXe siècle, elle appartient à Siegmund, et il n’a pas le droit d’interposer ses émotions entre eux – il n’a que le droit d’enfoncer son membre rigide en elle. Il grimpe sur elle d’un brusque coup de reins. Comme toujours, la panique est là qui le presse. Il la pénètre et commence à bouger. Je défonce Mamelon Kluver. Réellement. Enfin. Il récupère son sang-froid et ralentit son mouvement. Il se force à ouvrir les yeux et, ô joie, il découvre que ceux de Mamelon sont fermés. Les narines palpitantes, les lèvres ouvertes comme écartelées. Que ses dents sont blanches ! Il semble qu’elle soit prête à jouir. Il tombe sur elle, la serrant dans ses bras – il sent les seins aplatis contre sa poitrine – et bouge plus vite. Et tout à coup, avec une violence stupéfiante, quelque chose explose extraordinairement en elle. Elle crie, pousse son ventre vers lui, le griffe en poussant de sourds grognements de bête. La fureur de son orgasme le surprend tellement qu’il en oublie de remarquer le sien. Et c’est le noir.

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