Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
À San Pedro ou ailleurs… - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

À San Pedro ou ailleurs…

Электронная книга - «À San Pedro ou ailleurs…». Краткое содержание книги:

VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
IL y a des gens bizarres dans les bars, la nuit…
Des hommes et des femmes accrochés à la rampe du comptoir pour « laisser souffler » leur destin.
Des hommes, des femmes qui se regardent, qui se sourient… se disent quelques mots, n'importe lesquels :
VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
Et puis ils repartent dans la nuit, à la recherche d'un impossible bonheur, à la recherche d'eux-mêmes.
Ils s'en ont plus loin.
A San Pedro…
Ou ailleurs.
VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
1 ... 25 26 27 28 29 30 31 32 33 ... 57
Перейти на страницу:

Je considérais les béquilles, la mallette de croco posée sur le dossier de leur banquette. Ces objets… Ils me parlaient de Carbon. Ils représentaient Carbon. J’attendis une demi-heure, affaissé sur mon tabouret. Pantelant de navrance. Confusément humilié aussi.

À une heure moins cinq je descendis de mon siège. Ma jambe douloureuse, engourdie par la position assise, ploya sous moi. Je serrai les dents pour subir sans hurler l’effervescence d’une fourmilière vorace. Au bout d’un instant il ne resta plus que les lancées consécutives à la morsure du molosse. Je clopinai vers les toilettes, m’efforçant de ne pas regarder en direction de leur table par crainte de me trahir.

Je pris un jeton de téléphone pour me donner une contenance en attendant Danièle, et je composai le numéro de l’horloge parlante.

Elle survint un peu plus tard, vint directement à ma cabine et se blottit farouchement contre moi. La jeune fille en costume scandinave chargée du vestiaire et des lavabos nous regarda avec stupeur, mais nous nous en moquions. Je pressai Danièle contre moi, ma main s’égarait sous ses jupes, ma bouche écrasait la sienne. Je sentais encore sous mes lèvres la légère protubérance consécutive à ma gifle de la première nuit. Dans notre frénésie, nous fîmes crisser nos dents. La douleur calma notre fureur physique.

— Danièle, je ne peux plus exister sans toi. Depuis que je t’ai quittée, j’ai subi toutes les minutes comme autant de petites morts…

Elle ne disait rien. Je regardai par-dessus son épaule, en direction de l’escalier. Je savais bien que l’infirme ne pouvait s’y aventurer, pourtant je redoutais de le voir apparaître, de son allure de robot détraqué.

— Jean, si tu savais…

— Il t’a fait une scène pour hier ?

— Non, c’est pire… Nous partons !

— C’est pas possible ! Où allez-vous ?

— En Afrique. Rassure-toi, pour une quinzaine seulement.

— Une quinzaine, répétai-je, anéanti. Tu as le courage d’ajouter : seulement !

Elle se fit pardonner d’une pression de tout son corps.

— Nous avions envisagé ce voyage pour l’an prochain, il a décidé de le devancer.

— Quand partez-vous ?

— Vendredi.

Elle paraissait malade encore de sa folie de la veille. On la devinait blafarde sous son fond de teint, et elle avait les yeux sans éclat.

— Il m’a annoncé cela ce matin, lorsque je me suis réveillée avec un mal de tête effrayant. Il m’a dit : « Petite, le moment est venu de retourner là-bas. »

— Où allez-vous ?

— À San Pedro, en Côte-d’Ivoire…

— Je t’y écrirai poste restante.

Elle sourit.

— Tu ne sais pas ce qu’est San Pedro. Il n’y a pas de poste, pas d’électricité. C’est simplement un village au bord de l’eau, à l’embouchure d’un fleuve. Nous descendons dans un relais de chasse que mon mari connaît.

— N’y va pas, suppliai-je. Oh ! n’y va pas, mon amour ! Songe que j’ai failli devenir fou parce que j’ai passé une matinée sans nouvelles de toi. Quinze jours, je ne m’en sens pas capable.

Nous nous embrassâmes violemment, puis elle déclara :

— Écoute, Jean, j’ai bien réfléchi. Je crois que cette épreuve n’est pas inutile.

— Toutes les épreuves sont inutiles !

— Non. Dans quinze jours, nous saurons vraiment ce que nous représentons l’un pour l’autre !

— Moi, je le sais déjà ! Mais toi tu doutes, hein !

Je la secouai.

— Avoue-le donc, bon Dieu ! Tu doutes !

— Pas de moi, Jean, mais de toi, reconnut Danièle. Au bout de ce voyage, quand nous nous reverrons, je saurai… Il me suffira d’un regard… Quoi que tu fasses, je lirai sur ton visage ce qu’est devenu ton amour. Maintenant il faut que je te quitte : il risquerait de se douter de quelque chose !

— Non, Danièle ! Tu n’as pas le droit ! On va ficher le camp ensemble ! Laisse-lui son Afrique, il se débrouillera avec !

— Sois raisonnable, Jean. Il me semble que le chagrin purifie. Si nous devons vivre ensemble un jour, ce sera après avoir suivi une route difficile. Pour bien s’aimer, il faut se mériter.

— Amen ! Je ne savais pas que tu avais des théories de bigote !

— Tu m’as promis de ne jamais plus être cynique.

Je posai mon front contre le sien.

— Pardon, Danièle.

— Je te jure qu’à mon retour je t’appellerai. Mais si tu dois m’oublier dans l’intervalle, oublie-moi, Jean ! Les souvenirs, il ne faut pas les cultiver, ça ne sert à rien. Ils doivent vivre ou mourir à leur gré. Ce sont eux qui décident.

Elle eut une lente caresse, très osée, mais qui pourtant ne me choqua pas. D’un ton quotidien, elle me demanda :

— Tu as mal à la jambe ? Il m’a semblé que tu boitais tout à l’heure ?

— Ton chien m’a mordu lorsque je suis allé chercher ta voiture.

— Il a disparu, fit-elle. Mon mari veut faire passer une annonce car il y tient beaucoup.

Elle ne s’inquiéta pas de ma blessure. Nous nous séparâmes sur ces mots. Je la vis s’approcher d’un miroir pour rectifier son fond de teint et son rouge à lèvres. Après quoi elle gagna l’escalier, non sans m’adresser un léger geste de la main. Cet adieu furtif me sembla trop désinvolte.

Tout me paraissait désinvolte, d’ailleurs. J’étais victime d’une impertinence générale.

— Monsieur ! appela doucement la préposée, excusez-moi, mais vous ne m’avez pas payé le jeton.

— C’est moi qui m’excuse, mademoiselle.

Elle prit mon billet et m’observa d’un œil troublé tout en préparant la monnaie.

— Si je vous demandais de sortir avec moi ce soir, accepteriez-vous ? lui demandai-je.

Elle rougit.

— Sûrement pas, monsieur.

— Et demain ?

— Demain, non plus !

— Dommage, j’aurais aimé vous parler d’elle, à vous qui nous avez vus ensemble. Eh bien, puisque vous ne voulez pas, il ne me reste plus qu’à partir pour l’Afrique.

DEUXIÈME PARTIE

JULIEN

CHAPITRE PREMIER

Une ligne de cocotiers bordait la mer. Toutes les couleurs étaient accusées : le vert bleuté de l’eau, la blancheur de la barre d’écume, le jaune or du sable, le vert foncé de la forêt, à droite, aussi infinie que l’océan.

Le pilote me parlait d’abondance, heureux d’avoir un interlocuteur de la métropole. « Quelqu’un de Paris », enfin ! Lui qui était natif de Levallois !

— Ces petits zincs : des merveilles ! Plus faciles à piloter qu’un vélo. Tenez, je lâche tout : est-ce que ça bouge ?

Ça ne bougeait pas, pourtant je préférais voir ses mains sur le semi-volant des commandes. J’imaginais déjà une turbulence inattendue qui ferait se cabrer l’appareil. Il n’aurait pas le temps de…

— Et comme sustentation, pardon, visez un peu : je coupe les gaz !

Un angoissant silence nous enveloppa. L’avion continua sa route, mais une vague langueur s’emparait de lui et il commença mollement à perdre de l’altitude.

Je me dis que le moteur ne redémarrerait plus et que nous allions nous abîmer dans la belle eau dont on voyait les fonds jaspés. Le moteur ronfla docilement, le zinc amorça une courbe ascendante, son nez argenté pointé vers le ciel couleur d’acier bleui.

1 ... 25 26 27 28 29 30 31 32 33 ... 57
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)