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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Car autre chose est de s'opposer et autre chose de se contredire et je ne connais qu'une v�rit� qui est la vie et je ne reconnais qu'un seul ordre qui est l'unit� quand elle domine les mat�riaux. Et peu m'importe si les mat�riaux sont disparates. Mon ordre c'est l'universelle collaboration de tous � travers l'un, et cet ordre m'oblige � cr�ation permanente. Car il m'oblige � fonder ce langage qui absorbera les contradictions. Et qui lui-m�me est vie. Il ne s'agit jamais de refuser pour cr�er l'ordre. Car si d'abord je refuse la vie et aligne ceux de ma tribu comme des poteaux le long d'une route, est parfait l'ordre que j'ai atteint. �galement, si je r�duis mes hommes � n'�tre plus qu'une colonie de termites. Mais en quoi les termites me s�duiraient-ils? Car j'aime l'homme d�livr� par sa religion et vivifi� par les dieux que je fonde en lui: maison, domaine, empire, royaume de Dieu, afin qu'il se puisse �changer toujours contre plus vaste que soi. Et pourquoi donc ne les laisserais-je point disputer entre eux, sachant que le geste qui r�ussit est fait de tous ceux qui manquent leur but, et sachant que pour se grandir l'homme doit cr�er et non r�p�ter. Car alors il ne s'agit plus pour lui que de consommer des provisions faites. Sachant enfin que tout, m�me la forme de la car�ne, doit s'accro�tre et vivre et se transformer sinon elle n'est plus que mort, objet de mus�e, ou routine. Et je distingue d'abord la continuit�, de la routine. Et je distingue la stabilit�, de la mort. Ni la stabilit� du c�dre ni la stabilit� de l'empire ne se fondent sur leur d�cr�pitude. �Ceci est bien, disent mes g�n�raux, et ne changera donc plus!� Mais moi je hais les s�dentaires et dis mortes les villes achev�es.

XXIII

Mauvais, quand le c�ur l'emporte sur l'�me.

Quand le sentiment l'emporte sur l'esprit.

Ainsi dans mon empire il m'est apparu qu'il �tait plus facile de souder les hommes par le sentiment que par l'esprit qui domine le sentiment. Sans doute signe de ce que l'esprit doit devenir sentiment, mais qu'il n'est point d'abord de sentiment qui compte.

Ainsi m'est-il apparu qu'il ne fallait point soumettre celui qui cr�e aux souhaits de la multitude. Car c'est sa cr�ation m�me qui doit devenir le souhait de la multitude. La multitude doit recevoir de l'esprit et changer ce qu'elle a re�u en sentiment. Elle n'est qu'un ventre. La nourriture qu'elle re�oit, elle la doit changer en gr�ce et en lumi�re.

Mon voisin a forg� le monde parce qu'il l'�prouvait dans son c�ur. Et il a fait de son peuple un hymne. Mais voici que dans son peuple on a craint la solitude et la promenade sur la montagne, quand elle se d�roule sous les pieds comme la tra�ne du proph�te, et l� le colloque avec les �toiles, et l'interrogation glaciale, et le silence fait autour, et cette voix qui parle et ne parle que dans le silence. Et celui-l� qui en revient, en revient allait� par les dieux. Et il redescend calme et grave, rapportant son miel ignor� sous sa p�lerine. Et ceux-l� seuls rapporteront du miel qui auront eu le droit de quitter la foule. Et toujours ce miel para�tra amer. Et toute parole nouvelle et fertile para�tra am�re parce que, je l'ai dit, nul n'a connu de mue joyeuse. Et si je vous �l�ve, c'est que je vous tire hors de votre peau comme d'une gaine pour vous habiller, comme le serpent, d'une peau plus neuve. Et voil� que ce chant deviendra cantique, comme un embrasement de for�t sort d'une �tincelle. Mais l'homme qui refuse ce chant et la populace qui interdit � l'un de ses membres de s'affranchir d'elle pour se retrancher sur la montagne, voil� qu'ils tuent l'esprit. Car l'espace de l'esprit, l� o� il peut ouvrir ses ailes, c'est le silence.

XXIV

Car je fus amen� � r�fl�chir sur ceux qui consomment plus qu'ils ne rendent. Ainsi du mensonge des chefs d'�tat, car dans la croyance en leur parole r�sidait l'efficacit� de la parole et son pouvoir. Et ainsi je tire du mensonge des effets puissants. Et j'�mousse mon arme en m�me temps que je m'en sers. Et si je l'emporte d'abord sur mon adversaire, viendra l'heure o� je me pr�senterai � lui sans armes.

Ainsi de celui qui �crit ses po�mes et tire des effets efficaces de ce qu'il triche avec des r�gles accept�es. Car l'effet de scandale est aussi une op�ration. Mais celui-l� est un malfaiteur car pour l'usage d'un avantage personnel il brise le vase d'un tr�sor commun. Pour s'exprimer, il ruine des possibilit�s d'expression de tous, comme celui-l� qui pour s'�clairer incendierait la for�t. Et ensuite il n'est plus que cendre � la disposition des autres. Et quand je me suis habitu� aux erreurs de syntaxe, je ne puis m�me plus provoquer le scandale et saisir par l'inattendu. Mais je ne puis, non plus, m'exprimer dans la beaut� du style ancien, car j'ai rendu vaines les conventions, tous ces signes, ces clignements d'yeux, toute cette entente, tout ce code si lentement �labor� et qui me permettait de transmettre de moi jusqu'au plus subtil. Je me suis exprim� en consommant mon instrument. Et l'instrument des autres.

Ainsi de l'ironie qui n'est point de l'homme mais du cancre. Car mon gouverneur qui domine et qui est respect�, j'ai tir� de lui des effets comiques en le comparant � un �ne, et nul ne s'attendait � mon audace. Mais vient le jour o� j'ai m�l� �ne et gouverneur si intimement que je ne fais plus rire personne en exprimant mon �vidence. Et j'ai ruin� une hi�rarchie, une possibilit� d'ascension, des ambitions fertiles, une image de la grandeur. J'ai consomm� le tr�sor dont je me servais. J'ai pill� un grenier et j'en ai r�pandu les graines. La faute, la trahison, c'est que, si j'ai pu user, en le d�truisant, de mon gouverneur, c'est que d'autres l'avaient fond�. On m'a offert une occasion de m'exprimer. J'en ai us� pour la d�truire. Ainsi ai-je trahi.

Mais celui-l� qui �crit avec rigueur et forge son instrument pour utiliser le v�hicule, aiguise son arme par son usage, et ainsi augmente ses provisions � mesure qu'il les consomme. Et celui qui domine son peuple, malgr� les difficult�s ou les amertumes, par la v�rit� de sa parole, et qui augmente sa caution � mesure qu'il s'en sert, en fin de compte sera suivi plus avant dans la guerre. Et celui-l� qui fonde le sentiment de la grandeur. Il b�tit l'instrument dont il se servira demain.

XXV

C'est pourquoi j'ai fait venir les �ducateurs et leur ai dit:

�Vous n'�tes point charg�s de tuer l'homme dans les petits d'hommes, ni de les transformer en fourmis pour la vie de la fourmili�re. Car peu m'importe � moi que l'homme soit plus ou moins combl�. Ce qui m'importe c'est qu'il soit plus ou moins homme. Je ne demande point d'abord si l'homme, oui ou non, sera heureux, mais quel homme sera heureux. Et peu m'importe l'opulence des s�dentaires repus, comme du b�tail dans l'�table.

�Vous ne les comblerez point de formules qui sont vides, mais d'images qui charrient des structures.

�Vous ne les emplirez point d'abord de connaissances mortes. Mais vous leur forgerez un style afin qu'ils puissent saisir.

�Vous ne jugerez pas de leurs aptitudes sur leur seule apparente facilit� dans telle ou telle direction. Car celui-l� va le plus loin et r�ussit le mieux qui a travaill� le plus contre soi-m�me. Vous tiendrez donc compte d'abord de l'amour.

�Vous ne vous appesantirez point sur l'usage. Mais sur la cr�ation de l'homme, afin que celui-ci rabote sa planche dans la fid�lit� et l'honneur, et il la rabotera mieux.

�Vous enseignerez le respect, car l'ironie est du cancre, et oubli des visages.

�Vous lutterez contre les liens de l'homme avec les biens mat�riels. Et vous fonderez l'homme dans le petit d'homme en lui enseignant d'abord l'�change car, hors l'�change, il n'est que racornissement.

�Vous enseignerez la m�ditation et la pri�re car l'�me y devient vaste. Et l'exercice de l'amour. Car qui le remplacerait? Et l'amour de soi-m�me c'est le contraire de l'amour.

�Vous ch�tierez d'abord le mensonge, et la d�lation qui certes peut servir l'homme et en apparence la cit�. Mais seule, la fid�lit� cr�e les forts. Car il n'est point de fid�lit� dans un camp et non dans l'autre. Qui est fid�le est toujours fid�le. Et celui-l� n'est point fid�le qui peut trahir son camarade de labour. Moi j'ai besoin d'une cit� forte, et je n'appuierai pas sa force sur le pourrissement des hommes.

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