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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Elle s’affaira à préparer l’offrande du matin. Elle commençait à se sentir mieux. Oui, Yissou les protégeait et pourvoyait à leurs besoins. Non, les dieux ne les avaient pas abandonnés en permettant à Koshmar de les guider hors du cocon. Oui, tout irait bien. Ils avaient déjà échappé à de grands dangers et bien d’autres les attendaient, mais tout irait bien. Ils demeuraient sous la protection de Yissou.

Le Temps du Départ avait rendu nécessaire la création d’un nouveau rite pour l’offrande matinale. Il n’était plus question de procéder à l’échange quotidien d’objets entre l’extérieur et l’intérieur. Torlyri plaçait maintenant chaque soir dans une coupe des brins d’herbe et des fragments de terre ramassés à l’endroit où se trouvait leur camp. Le lendemain matin, elle brandissait le ciboire aux quatre coins de l’horizon en invoquant la protection des dieux et elle en conservait le contenu jusqu’au soir. Torlyri maintenait ainsi une continuité dans le sacré tandis que le Peuple poursuivait sa longue quête sur la planète inconnue.

Il lui semblait vital d’assurer cette continuité. Thaggoran les ayant quittés, c’était comme si le passé tout entier leur avait été arraché, comme si la tribu orpheline se retrouvait sans ancêtres ni héritage. La mort du chroniqueur les avait brutalement coupés de leur passé et ils avançaient dans les ténèbres en tâtonnant. Il leur fallait dès maintenant songer à rebâtir une histoire pour l’avenir.

Quand le rite fut accompli, Torlyri se leva pour reprendre le chemin du camp. Elle sentit avec étonnement quelque chose remuer sous son pied, dans la terre. Elle baissa la tête, frotta le pied sur le sol sableux et le sentit frémir. Elle racla la surface et découvrit une sorte de gros cordon d’un rose luisant qui semblait se tortiller en signe de protestation. Elle effleura la créature du bout du doigt et la vit se tortiller de plus belle, si vigoureusement qu’une partie de son corps longue comme deux bras se dégagea du sol et se cambra en l’air comme un câble détendu. Mais sa tête et sa queue demeurèrent cachées.

— Saleté de ver ! lança une voix derrière elle. Tue-le, Torlyri ! Tue-le !

Elle se retourna et vit Koshmar sur le bord de la cuvette.

— Pourquoi es-tu venue ? demanda Torlyri.

— Parce que je ne voulais pas rester là-bas, répondit Koshmar avec un drôle de petit sourire embarrassé.

Torlyri comprit tout de suite. Il n’y avait pas à se méprendre à la signification de ce sourire. Koshmar avait envie d’un couplage, l’union qu’elles n’avaient pas connue depuis leur départ du cocon.

Il existait dans le cocon des salles réservées à ces relations intimes alors que toute intimité était exclue sous la grande voûte ouverte du ciel. Et, au milieu des tensions et des découvertes de leur expédition, le couplage ne leur avait pas semblé opportun. C’était pourtant un acte essentiel au bien-être de l’âme. Et, apparemment, Koshmar ne pouvait plus attendre. C’est pourquoi elle avait suivi Torlyri jusqu’au lieu de son offrande et Torlyri s’en réjouissait. Elle tendit vivement la main vers sa compagne et Koshmar se laissa glisser en bas de la pente.

La créature en forme de cordon se tortillait toujours, à moitié enfouie dans le sol.

— Si tu ne veux pas la tuer, je vais le faire, dit Koshmar en saisissant son couteau.

— Non, dit Torlyri.

— Pourquoi pas ?

— Elle ne nous a pas fait de mal. Nous ne savons même pas ce que c’est. Laissons-la tranquille, Koshmar, et allons ailleurs.

— Non, elle me répugne. Elle est hideuse !

— Je ne t’ai jamais entendu parler comme cela, dit Torlyri en lui lançant un regard étrange. Toi, Koshmar, tuer pour le plaisir de tuer ? Cela ne te ressemble guère. Laisse-lui donc la vie ; tuer sans nécessité est un péché contre le Pourvoyeur.

A l’évidence, Koshmar était très préoccupée et Torlyri essaya de détourner son attention.

— Regarde le château que ces insectes ont bâti, dit-elle.

— Étonnant, dit Koshmar d’un ton indifférent.

— Absolument ! Regarde, ils ont construit une petite porte, des fenêtres, des passages et en bas…

— Oui, c’est merveilleux, dit Koshmar sans lever les yeux.

Elle rangea son couteau. Elle ne s’intéressait manifestement déjà plus à l’animal qu’elle avait voulu tuer.

— Viens près de moi, Torlyri, dit-elle.

— Bien sûr. Veux-tu que nous le fassions ici ?

— Oui, ici et tout de suite. Cela fait une éternité.

— Oui, tu as raison, dit Torlyri en hochant la tête.

Elle caressa tendrement la joue de sa compagne et elles s’allongèrent côte à côte. Leurs organes sensoriels s’effleurèrent, s’écartèrent avant de se toucher de nouveau, puis chacune enroula le sien autour du corps de l’autre, effectuant les premiers mouvements complexes et délicats du couplage, abordant les premières étapes de leur union.

Elles franchirent l’un après l’autre tous les degrés, aisément, naturellement, avec l’habileté née d’une longue intimité. Elles étaient compagnes de couplage depuis l’enfance ou presque et n’avaient jamais eu envie de personne d’autre, comme si elles avaient toujours formé les deux moitiés d’un tout. Si pour certains, le couplage n’était pas toujours facile, ce n’était pas le cas de Koshmar et de Torlyri.

Mais, cette fois, au grand étonnement de Torlyri, il y avait de petites hésitations, des jonctions qui se faisaient mal. Koshmar était inhabituellement tendue et son âme paraissait aussi rigide qu’une barre d’un métal malléable qu’on eût laissé durcir au froid. Peut-être est-ce simplement parce que c’est la première fois depuis très longtemps, songea Torlyri. Mais elle se doutait bien que le problème n’était pas seulement dû à l’abstinence. Elle s’ouvrit à Koshmar et, quand leurs âmes fusionnèrent, elle s’efforça de la délivrer de ce qui la tourmentait et pesait sur elle.

Le couplage était une communion beaucoup plus intime que le simple accouplement, un acte que Koshmar avait toujours méprisé et que Torlyri n’avait accompli qu’à deux ou trois reprises au fil des ans, sans jamais y trouver son compte. Les membres de la tribu ne s’accouplaient que rarement, car l’accouplement débouchait souvent sur la procréation. Or la procréation était rigoureusement réglementée par les nécessités du renouvellement de la population du cocon. Mais le couplage, c’était tout autre chose ! C’était un moyen d’aimer, bien sûr, mais aussi d’apaiser et parfois d’atteindre à une connaissance inaccessible de toute autre manière. Et c’était encore tellement plus…

Leurs corps s’étreignaient, leurs âmes fusionnaient et elles flottaient ensemble, franchissant tous les degrés qui menaient à l’union suprême, se laissant porter sans effort, telles des plumes sur des bouffées d’air chaud, contournant sans difficulté les escarpements et les rochers déchiquetés de l’âme, enjambant avec une simplicité absolue les gorges et les ravins de l’esprit. Et enfin elles arrivèrent à la fusion totale, elles ne firent plus qu’une, chacune englobant et englobée par l’autre, chacune pleinement ouverte aux flux et aux élans de l’âme de l’autre. Torlyri chercha la source de l’inquiétude de Koshmar, mais elle ne put la découvrir. Mais bientôt le bonheur du couplage l’empêcha de songer à autre chose qu’à son propre bonheur.

Quand tout fut terminé, elles demeurèrent étendues l’une contre l’autre, apaisées, comblées.

— En es-tu débarrassée ? demanda Torlyri. De cette ombre, de ce nuage qui pesait sur toi ?

— Oui, je crois, répondit Koshmar.

— Qu’est-ce que c’était ? Veux-tu me le dire ?

Koshmar garda le silence pendant quelques instants. Elle semblait avoir beaucoup de peine à exprimer l’inquiétude qui la rongeait et que Torlyri, dans le courant du couplage, n’avait perçu que comme un nœud dur et menaçant, impossible à pénétrer ou à desserrer. Puis Koshmar enfouit les doigts dans la dense fourrure noire de sa compagne.

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