La saison des mutants [The Mutant Season - fr]
- Автор: Хабер Карен, Силверберг Роберт
- Серия: Les Mutants #1
- Год: 1991
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-23021-9
- Переводчик: Pierre K. Rey
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
— Eh bien, puisses-tu avoir raison.
James Ryton se posa dans un fauteuil et se mit à bourrer sa pipe de tabac, signe que la discussion était terminée.
Sue Li poussa mentalement un soupir de soulagement et remit en marche son ordinateur. Tandis qu’elle retrouvait son magazine, elle se félicita d’avoir passé sous silence la question concernant la vie sexuelle de son fils. Mais il faudrait qu’elle en touche un mot à Michael.
7
Andie éteignit la vieille machine à microfiches.
— Zut !
Son pressentiment n’était pas fondé. Il y avait une petite population mutante à Rio, peut-être deux mille personnes, un pourcentage à peine significatif sur les dix millions de Brésiliens entassés dans la ville. Pas assez en tout cas pour emplir les cafés de serveurs et de clients aux yeux dorés. Le chiffre des mutants vivant ici ne justifiait pas les théories bizarres qu’elle avait échafaudées. Ce vendeur aux yeux dorés sur la plage, elle l’avait peut-être imaginé.
La plus grande partie de la journée perdue à vouloir vérifier une folle intuition. Qu’allait-elle dire à Jacobsen ? L’enquête qui les avait conduites ici tournait au fiasco, un fiasco qui ne manquerait pas d’intéresser les Services Généraux de la Comptabilité. Sans parler du nombre de votes que cela pourrait coûter à Jacobsen au moment des élections. Il fallait absolument dénicher quelque chose.
Elle écouta le bourdonnement qui emplissait la bibliothèque de la faculté de médecine Rosario do Madrona. Les écrans encastrés à intervalles réguliers dans le mur circulaire blanc l’épiaient de leur œil sombre. Bon, elle ne trouverait rien ici qui puisse étayer ses soupçons. Il était peut-être temps de se montrer plus directe.
Elle s’adressa à Catalina Jobim, la responsable des ouvrages à consulter.
— Pouvez-vous me conseiller d’autres documents faisant référence à une pigmentation inhabituelle de l’œil ? Une pigmentation dorée ?
La bibliothécaire vêtue de vert eut l’air troublé.
— Mais, mademoiselle Greenberg, c’est quoi, ces yeux dorés auxquels vous faites allusion ?
— Oh, des gens que j’ai vus dans la rue, répondit Andie. J’ai trouvé leurs yeux, euh, si beaux. Simple curiosité. Tout compte fait, vous n’avez que très peu de mutants ici. (Elle s’interrompit un instant, observant Jobim avec attention.) Il doit certainement y avoir de la documentation là-dessus ?
— Non, déclara la femme d’un ton cassant. Rien. Il s’agissait probablement de lentilles de contact. J’en suis certaine, poursuivit-elle avant de sourire. Si vous saviez toutes les excentricités qu’on rencontre dans le pays, question mode ! L’année dernière, tout le monde avait les cheveux roux. Tout le monde. Aujourd’hui, des yeux dorés. Et demain, ce sera autre chose.
Andie aurait bien voulu la croire, mais la façon dont la bibliothécaire la regardait ne faisait qu’accroître ses soupçons. Elle la remercia et balbutia quelques mots d’excuse. Il était presque midi.
Au cours du déjeuner, Jacobsen lui parut plus distante que d’ordinaire.
— Des pistes ? s’enquit-elle tout en jouant avec un plat contenant du melon à chair orange.
— Aucune, répondit Andie. J’en suis à prier pour trouver un indice, une trace, qui sait, une preuve concrète de l’existence de ces supermutants. On aurait au moins quelque chose à ramener.
— Je comprends ce que vous voulez dire.
Sa patronne était-elle tombée sur un bec au cours de ses investigations ? Andie ne pouvait se résoudre à le croire. Si quelqu’un était capable de naviguer dans le brouillard, c’était bien Eleanor Jacobsen. Et cependant, le sénateur avait l’air tendu, préoccupé. Au moment du dessert, Andie ne put s’empêcher de la questionner.
— Ce n’est rien, Andie, répondit Jacobsen. Et épargnez-moi ce regard de mère juive. Simplement, le climat des tropiques n’est pas l’idéal pour moi. C’est tout.
À regret, Andie abandonna le sujet. Disposant d’une heure après le déjeuner, elle envisagea une petite promenade sur la plage, puis y renonça ; le soleil de midi tapait trop fort. Elle éprouvait néanmoins une espèce de nervosité à rester confinée dans cet hôtel climatisé ; il fallait qu’elle sorte, ne serait-ce que pour faire le tour du pâté de maisons.
Elle tourna au coin de l’avenue Rio Branco, pressant le pas pour fuir les glisseurs aux châssis profilés et aux pare-brise teintés. Pour fuir aussi les avenues silencieuses – trop calmes à cette heure de la journée. Elle marcha un peu dans le quartier chic, admirant dans Rio do Sul Mall les enseignes vidéo des boutiques multicolores. La rue était pratiquement déserte, à l’exception d’une jeune gouvernante vêtue de rose qui grondait deux petits enfants. La curiosité poussa Andie à emprunter une rue latérale ; elle s’arrêta devant un café, attirée par les nappes étincelantes et l’ombre que projetaient les branches violettes d’un jacaranda en fleur.
La plupart des tables étaient libres. À l’une d’elles, était assis un homme maigre en costume de bain, qui fumait tout en consultant sa montre, comme s’il attendait quelqu’un. Près du distribar, un barbu, les yeux cachés derrière des lunettes noires, sirotait une bière.
Andie se choisit une table à proximité de l’arbre. Le serveur, un mulâtre aux yeux noisette et aux cheveux blonds et frisés, prit la commande dans un portugais aux intonations mélodieuses.
— Tasse ou seringue de caféine ?
— Une tasse, s’il vous plaît.
Andie le regarda introduire sa commande au bar automatique. Elle s’adossa à la chaise de plastique moulé et se mit à observer la rue. D’ici, on n’entendait même pas l’écho distant de la circulation. Pourquoi ne pas s’aventurer plus loin dans le quartier, se trouver un petit coin tranquille et essayer d’oublier l’enquête du Congrès et ces yeux mystérieux ?
Une ombre tomba sur elle.
— Excusez-moi, fit une voix de ténor dans un américain parfait. Cette place est libre ?
Andie leva les yeux et reconnut l’homme barbu de la table près du bar. Elle n’eut pas le temps de protester, qu’il s’était déjà assis à côté d’elle.
— Je n’ai pas besoin de compagnie, dit-elle avec froideur.
L’homme sourit et ôta ses lunettes. Ses yeux brillaient d’un éclat doré.
— Vraiment, vous ne voulez pas que je vous tienne compagnie, mademoiselle Greenberg ?
Il se renfonça dans son siège et dévisagea la jeune femme. Le serveur apporta une petite tasse contenant un liquide noir fumant. Machinalement, elle y versa du sucre, jusqu’à ras bord. Une fois le serveur parti, elle se tourna vivement vers son compagnon de table.
— C-comment connaissez-vous mon nom ?
— Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que je connaisse le nom de l’assistante de ma cousine Eleanor ? (Avec un geste désabusé, il avala une petite gorgée de bière.) Je m’appelle Skerry. Et je vais nous épargner à chacun, mademoiselle, une grosse perte de temps et des tas de soucis. Je sais pourquoi vous êtes ici. J’ai peut-être une information qui vous serait utile.
— Comme ?
— Cette histoire de supermutants vous tracasse, encore plus que mon honorable cousine. Eh bien, vous avez raison. Elle devrait s’en inquiéter. Tâchez de la convaincre de cela, avant qu’il ne soit trop tard.
— Vous voulez dire qu’il y a des supermutants ici ? Qu’il ne s’agit pas d’une simple rumeur ?
Malgré elle, Andie fut soudain tentée de le croire. Il haussa les épaules avant de répondre.
— Difficile à dire. Pour l’instant, tout ce que nous savons, c’est qu’ils ont trouvé une sorte de mutagène qui non seulement isole les caractères spécifiques de mutation, mais en augmente les potentialités. Du moins, c’est ce qu’indiquent leurs résultats. Ne me demandez pas comment ils font cela. Je n’ai aucune idée non plus du stade où ils en sont.