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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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— Sauf en cas d’extrême urgence », insista Sauvo. Toi, mon bonhomme, tu tiens à imposer ton autorité, à ne pas te laisser déborder par la Varagan.

« S’il survient une urgence de ce type, alors notre seul recours serait d’abandonner l’opération et de fuir sans tarder. » Raor adoucit le ton. « Ce qui serait fort dommage. Tout se passe à merveille jusqu’ici. »

Draganizu tenait lui aussi à s’affirmer, quoique dans un registre plus mesquin. « A merveille pour toi, tu veux dire. »

Il eut droit à un regard si glacial qu’il aurait pu frigorifier un nuage d’hélium. « Si tu crois que je jouis des attentions de Zoilus et de ses semblables, je te cède volontiers ma place. »

Ils sont à bout de nerfs après tous ces mois d’efforts et de manigances. Eux aussi sont mortels. Une constatation encourageante.

Raor se détendit, se resservit du vin et ronronna : « Il est intéressant de les manipuler, je l’admets. »

De toute évidence, Draganizu jugeait plus prudent de revenir à des questions pratiques. « Tu nous interdis aussi la radio ? Si nous ne pouvons pas joindre Buleni, comment faire pour coordonner nos actions ? »

Raor arqua les sourcils. « Eh bien, tu lui apporteras toi-même tes messages. N’avons-nous pas fait le nécessaire afin de prévoir une ligne de communication à activer dans ce cas précis ? Siège ou pas siège, les Bactriens autoriseront toujours le prêtre de Poséidon à se rendre à son temple et les Syriens le laisseront passer sans encombres. De son côté, Buleni veillera à ce qu’ils respectent le temenos, même s’ils ravagent le reste de la contrée. »

Sauvo se frotta le menton. « Oui », fit-il d’un air songeur. Ces trois-là avaient dû rebattre le sujet durant l’année écoulée, mais ils demeuraient assez humains pour trouver du réconfort à répéter des évidences, et, dans leur langage, cela ne leur prenait que quelques secondes. « L’aide de camp d’Antiochos dispose de l’autorité nécessaire. »

Everard en sursauta de surprise. Bon Dieu ! Ce Buleni a su s’élever dans la hiérarchie, hein ? Notre agent chez les Syriens n’a pas un grade aussi élevé. Réfléchissant : Eh bien, Draganizu vient de dire que Buleni avait passé cinq ans à préparer sa mission. La Patrouille ne jugeait pas nécessaire de gaspiller autant d’hommes-années.

« Par ailleurs, ajouta Raor, il est tout à fait naturel que Polydore se rende au temple de Poséidon pour y déposer une offrande. »

Donc, Polydore alias Buleni joue le rôle d’un fidèle de Poséidon, déduisit Everard.

« Ah-ha ! » Le gloussement de Draganizu, autrement dit Nicomaque, prêtre de l’Ébranleur du sol, était on ne peut plus humain.

Mais la voix de Raor resta sèche. On abordait enfin les affaires sérieuses. « Il est sans doute en train de guetter ton apparition. Dès que ses séides lui auront dit que tu es sorti de la ville, il se rendra au temple pour s’y entretenir avec toi en privé. Après-demain en fin de journée, je pense, mais nous devrons auparavant évaluer la tournure prise par les événements. »

Draganizu parut soudain mal à l’aise. « Pourquoi agir aussi vite ? Zoilus ne sera sûrement pas en mesure de te communiquer le plan de bataille d’Euthydème. Ce dernier n’en a encore élaboré aucun, j’en ai la conviction.

— Nous devons habituer les indigènes à vous voir ensemble au temple, rétorqua Raor. Par ailleurs, cela te permettra d’informer Buleni de la situation en ville, et lui te donnera les derniers détails sur les forces syriennes. » Un temps, puis elle conclut en détachant ses mots : « Vous devrez vous assurer que le roi Antiochos est informé de votre rencontre. »

Sauvo opina. « Ah ! oui. Il faut lui confirmer que Polydore a des liens avec certains habitants de la ville, oui, oui. »

Everard fut parcouru d’un nouveau frisson en entendant ces mots. « Polydore » a confié à Antiochos qu’il avait des parents bactriens hostiles à Euthydème – affirmant sans doute qu’ils le considéraient toujours comme un usurpateur – et tout à fait disposés à le trahir. Antiochos avalera sans peine ce bobard. Après tout, Polydore pourra lui servir d’otage, ce qui obligerait Nicomaque à sortir de son trou. Si tout se passe bien, le prêtre livrera à l’aide de camp le plan de bataille élaboré par Euthydème en prévision de sa sortie. Ainsi avisé, Antiochos aura toutes les chances de l’emporter.

Impressionné et reconnaissant, il se fera un plaisir d’accueillir la famille de Polydore dans sa cour. Et la belle Théonis fera le nécessaire pour que les choses aillent un peu plus loin. Résultat des courses : les Exaltationnistes auront obtenu un statut de choix… dans un monde sans Danelliens et même sans Patrouille, si l’on excepte quelques survivants isolés… un monde qu’ils pourront modeler selon leur bon plaisir.

Et si le bruit court que Théonis est une sorcière, cela ne fera que la rendre plus redoutable. Il en avait la chair de poule.

« Tu devras le voir une deuxième fois, ne serait-ce que pour lui faire connaître les plans d’Euthydème, une fois que Zoilus me les aura communiqués, poursuivit-elle. Antiochos ne doit entretenir aucun doute sur la qualité des informations que nous lui transmettons.

» Certes, au moment critique, nous réactiverons nos communications électroniques et notre système de surveillance par scooter temporel. Ainsi que nos armes énergétiques si nécessaire. Mais j’espère qu’Antiochos éliminera ses rivaux d’une façon normale. » Rire en cascade. « Nous ne voulons pas d’une réputation trop sulfureuse.

— Cela attirerait la Patrouille du temps, acquiesça Draganizu.

— Non, la Patrouille cessera d’exister dès l’instant qu’Euthydème aura péri, répliqua Sauvo.

— Il nous faudra toujours compter avec les agents affectés en amont, rappelle-toi », fit Draganizu, sans doute dans le seul but d’amener son argument suivant. « Ils représenteront une menace non négligeable. Moins nous laisserons de traces, moins nous courrons de risques, jusqu’à ce que nous soyons assez puissants pour leur interdire toute tentative contre nous. Mais il faudra dès siècles pour arriver à ce stade.

— Et quels siècles ce seront ! rugit Raor. Nous quatre, les quatre derniers survivants, serons devenus des dieux créateurs ! » Une pause, puis, d’une voix de gorge : « C’est le défi en lui-même qui importe. Si nous devons échouer et périr, nous aurons au moins vécu dans l’Exaltation. » Elle se leva d’un bond. « Et nous emporterons le monde avec nous dans un torrent de flammes. »

Everard serra les dents à s’en crisper les mâchoires.

Les deux hommes se levèrent à leur tour. Soudain, Raor se fit volupté. Ses longs cils s’abaissèrent, ses lèvres finement ourlées s’empourprèrent et se plissèrent, elle fit un signe de la main. « Avant que ne se lève un jour de périls et de labeurs, cette nuit nous appartient, soupira-t-elle. Pourquoi ne pas la prendre ? »

Everard sentit son sang bouillonner dans ses veines. Il planta ses doigts dans la terre et s’y cramponna, s’y ancra, de peur de se ruer sur cette tentatrice pour la prendre de force. Lorsque son champ visuel s’éclaircit et que se tut le tonnerre qui résonnait dans ses oreilles, il la vit qui s’éloignait, un bras autour de la taille de chacun de ses compagnons.

Ces derniers portaient tous deux une bougie. Ils avaient éteint toutes les autres. Raor s’en fut et la nuit posséda le salon.

Patience. Patience. Donne-leur le temps de batifoler à loisir. Quels veinards, ces deux enfoirés… Non, je ne suis pas censé avoir de telles pensées, pas vrai ? Everard s’abîma dans la contemplation du firmament.

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