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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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— Arrête ! chuchote-t-elle, d’une voix rauque. Arrête ! Pas avec eux, ici !

Enragé, Jason se jette sur le coffret à fumots et en offre à la ronde. Stacion refuse ; elle est enceinte. C’est une rousse, rondelette, gentille et douce de caractère – absolument déplacée dans cette réunion d’hypertendus. Jason aspire avidement la fumée. Au fond de lui, il sent tous ses nœuds se dénouer. Il peut à présent regarder Micael, sans que lui viennent à l’esprit des images scabreuses. Mais il ne peut oublier cette bouffée de désir. Micael se doute-t-il ? Rirait-il si je lui disais la vérité ? S’offusquerait-il ? M’en voudrait-il de m’être tu ? Et si c’était lui qui me le demandait, que ferais-je ? Jason prend un second fumot et son esprit se vide instantanément de toutes les questions auxquelles il ne veut/peut pas répondre.

— Alors, pour quand est ce bébé ? demande-t-il, avec une feinte bonne humeur.

— Quatorze semaines, dieu soit loué, répond Micael. Le numéro cinq. Une fille, cette fois.

— Nous l’appellerons Céleste, dit Stacion, se tapotant le ventre. (Sa tenue de grossesse est composée d’un court boléro jaune et d’une bande brune ceignant sa taille. Son ventre bombé est nu. Le nombril protubérant semble être le pédoncule de ce gros fruit de chair. Ses seins, gonflés de lait, apparaissent et disparaissent au rythme de la respiration sous la courte veste entrouverte.)

— Nous envisageons de demander des jumeaux pour l’année prochaine, ajoute-t-elle. Un garçon et une fille. Micael me parle tout le temps de l’époque bénie et heureuse où lui et Micaela étaient jeunes. Comme s’il existait un monde spécial pour les jumeaux.

Ces mots déclenchent aussitôt en Jason une série de visions érotiques, le ramenant à ses vieux fantasmes. Il voit les jambes de Micaela se tendant sous le corps souple et actif de son frère – il voit l’expression d’extase qui transforme le visage encore enfantin, fixant un point au-dessus de l’épaule du jeune homme. Oh oui, quel bon temps ils ont dû avoir tous les deux ! Micael, le premier à la pénétrer. À quel âge ? Neuf, dix ans, peut-être. Peut-être encore plus tôt ? Leurs expériences maladroites. Laisse-moi monter sur toi, cette fois-ci, Micael. Oh, ça va plus loin comme ça. Tu crois que c’est mal ce qu’on fait ? Mais non, idiote ; ne sommes-nous pas restés liés ensemble pendant neuf mois ? Mets ta main là. Et ta bouche… ici… encore. Oui. Tu fais mal à mes seins, Micael. Oh ! Oh ! C’est bon ! Attends, encore quelques secondes. Ah, le bon temps !

— Qu’y a-t-il, Jason ? (C’est la voix de son beau-frère qui lui parle.) Tu semblés tellement crispé.

Jason, de toutes ses forces, lutte pour se dominer. Ses mains tremblent. Un troisième fumot. C’est très rare qu’il en prenne autant avant de dîner.

Stacion aide Micaela à sortir le repas.

— J’ai appris que tu t’étais lancé dans un nouveau sujet de recherches, dit Micael. De quoi s’agit-il exactement ?

Quelle délicatesse ! Il a deviné que je suis mal à l’aise. Il essaye de me sortir de mes cauchemars. De toutes ces pensées morbides qui m’assaillent.

— Je pose la question de savoir si la vie urbmonadiale engendre un nouvel être humain. Un homme parfaitement adapté aux deux données essentielles de notre société : un espace vital restreint et un très faible coefficient d’intimité privée.

— Tu veux dire une mutation génétique ? demande Micael, plissant le front. Un héritage de caractéristiques sociales ?

— C’est ce que je pense.

— Mais cela est-il possible ? Peut-on parler de génétique quand des gens décident volontairement de se réunir en une société comme la nôtre et de… ?

— Volontairement ?

— Tu ne crois pas ?

Jason sourit.

— Je doute que ce fût jamais volontaire. Au début, sais-tu, ce fut la nécessité qui les y poussa. À cause du chaos qui régnait dans le monde. Ou s’enfermer et se protéger dans des bâtiments clos, ou s’exposer aux périls extérieurs – je parle des années de famine. Et depuis, depuis que tout s’est stabilisé, crois-tu que ça ait changé ? Pouvons-nous vraiment choisir où vivre ?

— Je suppose que nous pourrions sortir si nous le voulions vraiment, et vivre dans ce qui peut exister à l’extérieur.

— Mais nous ne le choisissons pas. Parce qu’au fond de nous, nous savons que ce ne serait qu’une absurde fantaisie. Nous restons ici, que cela nous plaise ou non. Et ceux à qui cela ne convient pas, ceux qui éventuellement ne peuvent plus le supporter… eh bien, tu sais ce qui leur arrive.

— Mais…

— Attends. N’oublie pas ces deux siècles de sélection, de tamisage, Micael. La chute pour les anomos ! Et ceux certainement qui ont réussi à s’enfuir, du moins au début. Ceux qui sont restés se sont adaptés aux circonstances. Ils aiment la vie urbmonadiale. Cela leur semble naturel.

— Mais est-ce réellement génétique ? On pourrait appeler cela un conditionnement psychologique, non ? Par exemple, en Asie, les gens n’ont-ils pas toujours vécu entassés comme nous le sommes, se multipliant sans cesse – dans les pires conditions : sans hygiène, sans régulation, sans rien – et pourtant ils l’acceptaient comme un état de choses naturel.

— Bien sûr, opine Jason. Parce que, depuis des millénaires, on leur avait inculqué de ne pas se rebeller contre cet état de choses. Ceux qui restaient, ceux qui se reproduisaient, étaient ceux qui acceptaient. Il en est de même chez nous.

— Comment peux-tu faire la différence ? demande Micael, d’un ton dubitatif, entre le conditionnement psychologique et une modification génétique à long terme ? Comment savoir ce qui est du ressort de l’un ou de l’autre ?

— Je n’ai pas encore étudié ce problème, reconnaît Jason.

— Tu n’aurais pas intérêt à collaborer avec un généticien ?

— Peut-être plus tard. Quand j’aurai établi les paramètres de recherches. Tu sais, je ne suis pas encore prêt à soutenir cette thèse. Je recueille des informations pour savoir simplement si on peut la soutenir. J’applique une méthode scientifique – c’est-à-dire que je me refuse à faire des suppositions à priori et chercher après les faits qui les corroborent. Au lieu de quoi, j’examine d’abord les faits et…

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