Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-10335-7
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 2 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Et Rigg, où est-il censé sortir ? demanda Miche à Umbo.
— Là où se trouve son aéronef maintenant, dans son temps à lui. Il n’est pas loin, je le sens.
— Alors vas-y, ramène-le, l’encouragea Miche. Si les choses tournent mal, tu sais ce qu’il te reste à faire. Informer ton double des raisons de notre échec.
— Qui se résument probablement à l’intégralité de ce plan stupide », pesta Umbo.
Il soupira et relâcha peu à peu la pression qui maintenait Rigg dans le passé.
Rien ne se passa. Aucun aéronef n’apparut à l’horizon.
« Qu’est-ce que tu attends, vas-y ! insista Miche.
— C’est fait, indiqua Umbo. Je l’ai ramené. Le problème, c’est que je ne sais pas où. »
Le jeune cordonnier allongea le cou pour scruter l’horizon. Le téléphone orbital ! Si Rigg était de retour et toujours dans l’aéronef, il l’entendrait sonner. Il sortit le couteau et s’adressa au manche, non sans prendre conscience du ridicule de la situation.
« Rigg ? » répéta-t-il à plusieurs reprises.
Le manche finit par lui répondre.
« Qu’y a-t-il de si urgent ?
— Tu es là ! s’écria Umbo, soulagé.
— J’ai préféré me poser en lieu sûr, loin de Param. Je pensais que tu t’en serais douté.
— On y a pensé, l’assura Umbo. Mais je n’étais pas sûr d’avoir réussi. J’ai eu peur de t’avoir lâché je ne sais où ni quand.
— Ne t’inquiète pas, tu as réussi. J’avais commencé à vous rejoindre lorsque l’aéronef m’a rappelé. À tout de suite. »
Rigg apparut un bon quart d’heure plus tard.
« Quelle distance a pu couvrir Param, à ton avis ? lui demanda Miche après qu’il les eut rejoints.
— Elle a eu cinq heures devant elle. En se contentant de découpages minimes, juste de quoi rester invisible, elle a pu aller loin, estima Rigg, visiblement inquiet. Et encore plus si elle est sortie de son invisibilité une fois à couvert, dans cette forêt par exemple.
— Tu as vérifié que ta nouvelle trace était bien visible ? s’enquit Umbo.
— Oui, confirma Rigg. On peut y aller.
— Mais où est Param, bon sang ? s’impatienta Olivenko.
— Là-bas », signala Rigg en pointant du doigt quelques arbres en lisière du pré.
Olivenko dirigea son regard vers l’emplacement désigné. La silhouette de Param se découpait sur l’obscurité du bois. La princesse manifesta son indifférence en leur tournant ostensiblement le dos, mais sans fuir – une bonne nouvelle en l’état actuel des choses.
Miche fit grimper une première dizaine de souris sur le dos de Rigg, qu’Umbo envoya dans la foulée dans le passé. Au retour du prince, quelques minutes plus tard, les protégées de Père-Souris avaient disparu.
« J’ai fait un essai, annonça Rigg. On a bien le contrôle du Mur.
— Tu les as fait traverser ? l’interrogea Umbo.
— Pas eu le temps. J’avais peur de les abandonner en plein dans le Mur. La traversée va leur prendre au moins une heure. Commençons par les regrouper toutes au même endroit. »
Quelques centaines de souris s’entassèrent sur Rigg pour le second voyage, certaines retenues par une griffe à sa chemise ou son pantalon, d’autres en équilibre précaire sur leurs congénères. Le pauvre croulait sous le nombre. Il semblait boursouflé de rongeurs. Un vrai bibendum murin. Une masse de musculinité.
Non pas que le nom savant de Mus musculus se soit encore appliqué à ces créatures, même s’il désignait au sens strict leurs ancêtres. Mus sapiens aurait reflété plus fidèlement leur hybridité – ou Homo musculus, en hommage à leur parenté humaine.
Umbo fixa Rigg, fin prêt pour la seconde poussée.
« Un instant, les freina Olivenko. Rigg, déplace-toi. »
Rigg comprit sur-le-champ, Umbo la seconde qui suivit. Si Rigg repartait au même endroit au même moment, lui et son premier double se télescoperaient – et s’annihileraient.
Rigg s’écarta d’un bon mètre.
« Si on peut éviter un accident de souris par la même occasion… »
Le monceau bestial se reforma ; Umbo requit un peu d’attention et enclencha la poussée.
Chaque souris pesait aussi lourd que Rigg. Umbo avait l’impression de pousser au cul d’un paquebot sur roulettes face à une pente raide.
« Impossible, haleta-t-il.
— Tu n’es pas obligé de les envoyer toutes en même temps, indiqua Rigg. Allège la charge, on fera les comptes après. »
Umbo reprit la poussée. Rigg et son fardeau animal restèrent visibles un moment. À l’instant où les premières souris commençaient à s’éloigner, visiblement lasses, Rigg et les plus proches disparurent. Quelques-unes, les plus égarées, restèrent à quai.
Au retour de Rigg, la quantité de souris transportées fut évaluée à une grosse cinquantaine.
« À ce rythme-là, il nous faudra deux cents chargements, calcula Olivenko. Si vous tenez absolument à en passer dix mille.
— Pas le choix, déclara Miche.
— Alors allons-y, se résigna Umbo.
— Tu vas tenir ? s’enquit Rigg. Je te sens fatigué.
— Je me reposerai plus tard. On étalera les transferts sur plusieurs jours s’il le faut. L’important est qu’elles arrivent toutes de l’autre côté.
— Je leur ai dit de se regrouper aux arbres, signala Rigg avant de se tourner vers Miche. Elles me comprennent au moins ?
— Parfaitement », confirma le tavernier.
À la tombée du crépuscule, une dizaine de chargements supplémentaires avaient été effectués, en alourdissant Rigg un peu plus chaque fois. La colline avait été parcourue d’un flanc à l’autre, par sécurité. Umbo n’en pouvait plus. La nuit n’allait pas tarder.
« On reprendra demain matin, proposa Rigg.
— Un dernier pour la route, souffla Umbo.
— Les deux précédents étaient les plus légers, observa Rigg. Tu es exténué. Assez pour aujourd’hui. »
Umbo n’insista pas.
Miche avait avancé le dîner sur un feu de sa préparation. Umbo avait vu du coin de l’œil le tavernier toquer à quelques troncs, plus tôt dans la soirée. Sa quête auprès des Enfants d’Odin semblait avoir payé : des épis de maïs grillaient dans les braises et, dans l’herbe à côté, attendaient un pain et une généreuse pointe de fromage.
« Ils mangent assez simplement, commenta Miche. Ça va nous changer de la bibliothèque.
— Difficile de faire moins raffiné que là-bas, pourtant, observa Olivenko.
— Comparé à la gastronomie d’Aressa Sessamo et d’O, c’est sûr, poursuivit Miche. Mais on ne va pas faire les fines bouches. Vu le standing de l’entremur, c’est un dîner de gourmets que je vous propose ce soir. Un vrai mess d’officiers ! »
Tandis qu’Umbo, Rigg et Miche croquaient dans leurs épis à belles dents, Olivenko se leva pour porter sa ration à Param. Quelques minutes plus tard, Umbo entendit des sanglots éclater. Il se redressa et, comme par hasard, vit Param essuyer ses larmes dans les bras d’Olivenko.
Elle te méprise, Umbo, lui dit sa petite voix intérieure. Toi et les tiens, les bouseux. Oublie-la ; de toute façon, tu ne l’aimes plus depuis des mois.
Ce qui ne l’empêchait pas de ressentir une certaine jalousie au spectacle de Param en pleurs sur l’épaule d’Olivenko…
La princesse se joignit à eux pour le petit déjeuner, en s’excusant publiquement pour sa « saute d’humeur » de la veille. Rigg et Umbo se confondirent eux aussi en plates excuses.
« J’ignore de quoi nous sommes revenus nous mettre en garde, déclara Rigg, mais mon petit doigt me dit que je me suis très mal comporté.