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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Sans vouloir vous déranger, je cherche quelqu’un en mesure de m’éclairer sur la signification d’un dessin, probablement un fétiche ou quelque chose dans ce genre-là.

En finissant sa phrase, Damien Escoffier aperçut dans l’angle du stand un awalé et deux fétiches cloutés dont le prix de vente lui parut exorbitant. L’anecdote du fétiche à clous de Victor Lebrognec lui revint à l’esprit.

— Et alors ? fit M. Paul.

— Vous pourriez peut-être m’aiguiller !

— Qu’est-ce qui vous fait croire ça ?

Il eût été facile pour Escoffier de se glisser dans la peau d’un flic, mais ce n’était pas la meilleure façon de gagner la confiance du marchand. Il endossa le rôle du candide stupide, de l’amateur non éclairé. Il ne devait pas paraître très convaincant aux yeux d’un antiquaire qui avait visiblement roulé sa bosse.

— Vous êtes un spécialiste de l’art africain, c’est écrit sur votre devanture, insista Escoffier.

— Bon, montrez-le-moi, votre dessin.

Escoffier s’exécuta. Sur une malle, il étala plusieurs photographies extraites de son sac à dos. L’antiquaire manipula les prises de vue dans tous les sens, puis il appela quelqu’un d’invisible au fond du stand.

— Titinga !

Un homme affairé apparut dans l’obscurité, un beau sourire éclatant accroché au visage.

— Monsieur Koliga et moi sommes associés, annonça l’antiquaire. Il est burkinabé, c’est un Mossi qui connaît tous les symboles africains. Si lui ne peut pas vous renseigner, personne d’autre dans Saint-Ouen ne sera en mesure de le faire.

M. Paul regagna sa chaise de camping et mâchouilla son cigare en regardant passer les chalands.

— Que puis-je faire pour vous, fit l’homme qui avait répondu au prénom de Titinga.

Le Mossi avait un regard profond. À son tour, il examina les clichés sur lesquels trônait la petite tête mystérieuse.

— Un signe de la souris, lâcha-t-il sans hésitation.

— Un signe de quoi, dites-vous ?

— C’est long à expliquer.

— Je vous en prie, j’ai absolument besoin de comprendre ce que cela signifie.

— Cette tête est l’un des nombreux symboles de notre Yongr-bagre.

— Pardon ?

— Le Yongr-bagre est une méthode de divination. En Occident, vous pensez avoir tout compris avec la science. Dans notre culture, nous continuons de penser que la vie contient un mystère toujours inaccessible aux hommes. Seuls les devins ont le droit et le pouvoir d’interpréter les signes des dieux. Si vous préférez, ce sont les oracles des animistes.

Escoffier fut immédiatement sous le charme des paroles du Mossi qui s’exprimait avec lenteur, dans une langue choisie. Son regard doux tranchait avec celui de M. Paul toujours sur la défensive.

— Dans mon enfance, lui confia Escoffier, j’ai habité en Afrique mais je n’ai pas gardé le souvenir de cette coutume. Que vient faire une souris là-dedans ?

— Un peu de patience, dit le Mossi en riant de bon cœur. Pour comprendre le langage des dieux, le devin a besoin d’un support. Cela peut être l’eau, le vol des papillons ou la lecture des cauris. Sur le plateau central du Burkina Faso, les prêtres utilisent le sable. Du sable, et une souris. Le devin fait courir le petit animal sur une surface recouverte de sable, ensuite il interprète la signification des traces laissées par le corps et la queue de la souris. La tête que vous me présentez fait partie d’une ribambelle de signes dessinés de cette façon.

— Et quelle interprétation en font vos devins ?

— Nous appelons ce symbole le koun-miougou.

— Qui veut dire ?

Titinga eut l’air gêné. Il hésita avant d’aller plus avant.

— Je ne voudrais pas vous choquer ou vous inquiéter… Il annonce une mort accidentelle, qui n’est pas du fait de la nature : un assassinat, un coup de foudre, une mort pendant la guerre, ou quelque chose comme ça. C’est la mort rouge, la mort sang. Ce visage est celui de l’homme qui a perdu la vie, les yeux fermés, légèrement bridés, et cette expression, c’est le mystère de la vie après la mort. Nous retrouvons la même sur certaines pièces, regardez, dit le Mossi en entraînant le visiteur vers une vitrine derrière laquelle une dizaine de masques africains reposaient.

Escoffier resta figé derrière la vitrine, les yeux posés sur un petit masque aux lignes épurées, recouvert d’une fine pellicule de kaolin. Du fond de sa mémoire, l’officier de police vit ressurgir un monde lointain qu’il croyait avoir oublié. Des couleurs fauves, des sons, une chaleur exténuante, le pas dansant des femmes marchant dans la poussière, pieds nus, des cris d’enfants. L’Afrique hanta son esprit et son corps quelques secondes. Titinga Koliga patientait en observant le visiteur.

— C’était donc ça… Il s’agissait du visage de la mort, balbutia Escoffier.

— Vous êtes de la police, n’est-ce pas ?

— Oui, admit Escoffier. Je ne suis pas venu mettre le nez dans vos affaires contrairement à ce que redoute votre associé, je ne travaille pas pour l’Office central des biens culturels, soyez sans crainte.

— Alors, vous enquêtez peut-être sur les crimes ?

— On ne peut rien vous cacher.

M. Paul dressa l’oreille et se tourna vers les deux hommes toujours plantés devant la vitrine.

— Sans vouloir vous offenser, s’excusa Titinga, dès que j’ai lu la presse, j’ai reconnu le masque de la mort et le koun-miougou.

Inquiet par la tournure que prenait la conversation, M. Paul avança vers eux :

— Vous avez ce que vous voulez, grogna-t-il en s’adressant à Escoffier, laissez-nous tranquilles à présent.

— Je n’ai pas terminé, si vous permettez.

Puis se tournant vers le Mossi :

— Nous poursuivrons cet entretien une autre fois, si vous voulez bien.

— Je suis à votre disposition, ici en fin de semaine, à notre galerie du quai Malaquais les autres jours.

Il tendit sa carte au policier.

— Le signe de la souris… Interprétez-le comme un langage, dit encore le Burkinabé. C’est un avertissement, ou si vous préférez, une menace.

Le capitaine posa la main sur un masque qui reposait sur le coin d’une table basse.

— Ceci est le Gograoua, fit le Mossi, le masque Bélier, qui lutte contre les calamités, les fléaux de la nature, les épidémies, les ennemis du village. Quand un homme enfile un masque, il ne s’appartient plus, il entre en communion avec l’esprit, il change de personnalité, il oublie qui il était.

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