Le général [The Call of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #2
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-33015-9
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
Mais Hushidh voyait aussi que Rasa, entourée qu’elle était de cette toile immense, se sentait pourtant complètement seule, comme si la toile venait à elle sans la toucher tout à fait, ou à peine. Voilà l’impact qu’avait sur Rasa le pouvoir brut tel que l’exerçait Rash : elle avait l’impression que sa force et sa puissance dans la cité n’étaient rien, tout compte fait, puisqu’elle s’avérait incapable de résister à ces soldats.
Simultanément, il existait une autre toile d’influence : celle de Rashgallivak. Et celle-ci, Hushidh le savait, était méprisable et sans consistance. Si les liens de Rasa avec sa maisonnée avaient force et réalité, si son pouvoir dans la cité était presque tangible pour Hushidh, Rashgallivak, lui, ne jouissait que de très peu de respect de la part de ses soldats. Ils ne lui obéissaient que parce qu’il les payait, et encore, seulement parce que ses ordres leur convenaient. Comparé à Rasa, Rashgallivak se trouvait pratiquement seul. Quant à ses hommes, leurs liens entre eux étaient beaucoup plus forts qu’avec lui. Mais ils n’avaient rien à voir avec ceux des femmes entre elles.
La plupart des hommes étaient dans ce cas, Hushidh ne l’ignorait pas – sans beaucoup de liens, sans guère de relations, seuls. Mais ces soldats, particulièrement méfiants et sans générosité, avaient des liens très fragiles les uns avec les autres. Ce n’était pas l’amour qui les motivait, mais plutôt une espèce de jalousie envers l’honneur et le respect auxquels d’autres avaient droit. L’orgueil, donc. Et en cet instant, ils étaient fiers de leur force qui leur permettait d’arracher ces femmes à la maison, fiers de défier une des grandes figures de Basilica : ils paraissaient si grands aux yeux de leurs camarades ! Et de fait, tous leurs liens entre eux à ce moment précis ne tenaient que par le respect qu’ils croyaient inspirer.
Quelle fragilité ! Il suffirait à Hushidh de tendre la main pour couper sans difficulté les attaches entre ces hommes. Elle isolerait ainsi complètement Rashgallivak. Et Rasa avait beau la supplier de n’en rien faire, Hushidh sentait en cet instant son propre lien, plus profond que tout, à Sevet et Kokor, car ces femmes avaient été ses ennemies, ses tortionnaires, et voilà qu’elle avait l’occasion de les sauver : elles lui en seraient redevables, et cela guérirait une des blessures les plus profondes de son cœur ; que valait l’ordre de Rasa auprès d’une telle aubaine ?
Hushidh savait très bien les raisons de son acte à l’instant même où elle l’accomplissait : elle se connaissait parfaitement elle-même, la déchiffreuse en elle lisait aussi ses propres liens avec le monde qui l’entourait. Mais cela ne l’arrêta pas, parce qu’elle était ce qu’elle était en cet instant, la libératrice qui avait le pouvoir de défaire ces hommes puissants.
Aussi parla-t-elle, et elle les vainquit. Cela ne tenait pas aux mots qu’elle prononça ; il ne s’agissait pas d’une incantation magique capable de dissoudre les liens qui les maintenaient unis. Ce furent son ton méprisant, son visage, son corps, qui donnèrent à ses paroles la force de frapper au cœur de chacun des soldats et de leur faire croire qu’ils étaient absolument seuls, que les autres hommes n’auraient que dédain pour leur geste. « Quel honneur trouvez-vous à enlever cette femme blessée à sa mère ? dit-elle. Les babouins du désert ont plus d’humanité que vous, car les mères peuvent confier leurs enfants aux mâles de la tribu ! »
Pauvre Rash ! Il entendit les mots et crut pouvoir contrer Hushidh en discutant avec elle. Il ne comprenait pas qu’une fois ses hommes pris dans la toile qu’Hushidh tissait autour d’eux, chacune de ses paroles ne ferait que les éloigner de lui, car à chaque mot qu’il prononçait, il paraissait plus faible et plus lâche. « Tais-toi, femme ! Ces hommes sont des soldats qui font leur devoir…
— Un devoir de lâches ! Regardez ce que cet individu, qui se prétend un homme, vous a entraînés à exécuter. Il a fait de vous des rats immondes qui volent l’éclatante beauté et l’emportent dans sa tanière, où il vous couvrira d’une fiente qu’il nommera gloire ! »
Un homme d’abord, puis un autre lâchèrent Kokor et Sevet. Celle-ci tomba aussitôt à genoux en pleurant sans bruit. Kokor, de son côté, prit un air très convaincant de dégoût et de mépris et elle frissonna en tentant d’oublier les mains des soldats sur ses bras.
« Voyez comme vous avez rebuté ces belles dames, dit Hushidh. Voilà ce que Rash a fait de vous : des limaces et des vers qui rampent à ses pieds. Où irez-vous pour redevenir des hommes ? Comment faire pour vous purifier ? Il doit bien exister un endroit où cacher votre honte ; allez-vous-en loin d’ici et trouvez-le, petites limaces ; fouissez le sol et voyez si vous parvenez à dissimuler votre humiliation ! Croyez-vous que ces masques vous donnent l’air puissant ? Ils ne font que vous désigner comme les domestiques de ce méprisable moucheron qui se dit un homme ! Domestiques de rien du tout ! »
Un des soldats ôta le manteau holographique qui lui cachait le visage. C’était un homme ordinaire, plutôt sale, mal rasé, l’air un peu stupide et très effrayé ; il avait les yeux écarquillés et pleins de larmes.
« Voyez ! poursuivit Hushidh. Voyez ce que Rashgallivak a fait de vous !
— Remets ton masque ! cria Rashgallivak. Je vous ordonne d’emmener ces femmes chez Gaballufix !
— Écoutez-le, dit Hushidh. Il n’a rien de Gaballufix ; pourquoi donc lui obéissez-vous ? »
Ce fut le coup de pouce décisif. À leur tour, la plupart des autres soldats arrachèrent leur masque et, abandonnant leur holo-manteau sous l’auvent de Rasa, s’enfuirent loin de la scène de leur humiliation.
Rash resta seul devant la porte. Le tableau avait bien changé ; nul besoin d’être déchiffreuse pour voir que le pouvoir et la majesté étaient maintenant du côté de Rasa, tandis que Rash se retrouvait seul et impuissant. Ses yeux se posèrent sur les manteaux à ses pieds.
« C’est ça, dit Hushidh. Cache ta face. Plus personne n’a envie de la voir, toi moins que tout autre. »
Et il obéit ; il se baissa, ramassa un des manteaux et se le passa sur les épaules ; le magnétisme et la chaleur de son corps activèrent le costume, et soudain il ne fut plus Rashgallivak, mais l’image de fausse virilité que tous les soldats de Gaballufix avaient arborée. Puis il fit demi-tour et se sauva comme ses hommes, avec cet arrondi des épaules qui dénonce le vaincu. Un babouin battu par un rival n’aurait pas montré plus d’abjection que n’en révélait l’allure de Rash tandis qu’il s’enfuyait.
Alors Hushidh sentit la toile de crainte et de respect qui se formait autour d’elle ; l’adulation des filles et des femmes de la maison la fit vibrer – et plus que tout, l’hommage de Sevet et de Kokor. Kokor la fière, qui la regardait à présent d’un air stupide à force de révérence ; et Sevet, qui l’avait si cruellement moquée pendant de si longues années, la contemplait maintenant avec des yeux remplis de larmes, les mains tendues vers elle comme une suppliante, les lèvres tordues dans un effort pour dire : « Merci, merci, merci ! »
« Qu’as-tu fait ? » souffla Rasa.
Hushidh comprit à peine la question. C’était pourtant évident ! « J’ai brisé le pouvoir de Rashgallivak. Il ne constitue plus un danger pour vous.
— Petite sotte ! répondit Rasa. Il y a des milliers de ces bandits à Basilica, des milliers, et maintenant le seul homme qui était capable de les contrôler, malgré sa faiblesse, cet homme-là est brisé, vaincu. À la tombée du jour, ces soldats se déchaîneront, et qui les arrêtera, qui ? »