Le général [The Call of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #2
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-33015-9
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
— Si vous voulez placer vos soldats devant notre porte, reprit Mère, pour empêcher des tolchocks, des maraudeurs ou des assassins d’entrer chez nous, parfait ; mais vous n’emmènerez pas mes filles. La revendication d’une mère a préséance sur celle d’un clan d’hommes. »
Pendant que Mère et Rash poursuivaient leur discussion, Kokor se pencha vers Sevet et, oubliant que sa sœur ne pouvait pas parler, lui demanda : « Mais pourquoi Rashgallivak veut-il nous emmener, d’abord ? »
Ce fut Hushidh qui répondit : « Tante Rasa est au cœur de la résistance contre l’autorité palwashantu à Basilica. Il pense que s’il vous garde en otages, elle se tiendra à carreau.
— Alors, c’est qu’il ne connaît pas Mère ! rétorqua Kokor.
— Rashgallivak est un faible, chuchota Hushidh, et il est nul en politique. S’il avait eu l’intelligence de votre père, il aurait su qu’il ne pouvait pas s’emparer de vous deux sans violence et que cette violence le desservirait. Il n’aurait donc jamais exigé cela. Mais s’il avait décidé de vous enlever malgré tout, il s’y serait pris beaucoup plus énergiquement. Vous seriez déjà chacune dans la poigne de deux soldats et deux autres tiendraient votre mère en respect. »
Hushidh n’était pas une imbécile, tout compte fait ! Kokor ne lui avait jamais attribué la moindre qualité. Ce qu’elle pensait de Père était parfaitement exact, mais Kokor elle-même n’aurait pas été capable de l’exprimer aussi clairement.
Naturellement, Père aurait eu, lui, une espèce de droit à s’emparer de ses filles. Pas un droit légal, évidemment, dans cette cité de femmes, mais les gens auraient peut-être compris qu’il tente le coup. Par contre, de quel droit Rashgallivak agissait-il ? « Surâme doit l’avoir rendu complètement fou pour qu’il essaie un tour pareil, souffla Kokor.
— Il a peur, répondit Hushidh. On fait des choses bizarres quand on a peur. C’est déjà arrivé à votre mère. »
Comme lorsqu’elle me garde enfermée, songea Kokor.
Puis elle comprit soudain que si elle s’était trouvée chez elle avec Obring, Rash n’aurait eu aucune difficulté à s’emparer d’elle. Son mari aurait cherché à repousser les soldats, ils l’auraient assommé en un clin d’œil et elle aurait été enlevée. Mère avait eu bien raison de la garder à demeure. Tiens donc ! « Il ne faut pas critiquer Mère, dit Kokor. Je trouve qu’elle s’en tire très bien. »
Entre-temps, la discussion entre Rasa et Rash s’était poursuivie, mais ils en étaient maintenant à répéter les mêmes arguments dans les mêmes termes. Hushidh avait conduit les deux sœurs au seuil du vestibule, afin de les garder aussi loin que possible des soldats quoique toujours dans la pièce. Kokor ne s’était pas écartée d’elle ni de Sevet. À la vue des mercenaires tous horriblement identiques avec leurs masques holographiques, elle perdit toute envie de montrer à Rashgallivak de quel bois elle se chauffait. Dans la pénombre des coulisses, il paraissait beaucoup plus petit et plus faible qu’ici. La présence des soldats lui donnait un air beaucoup plus menaçant et Kokor se prit à admirer le courage dont sa mère faisait preuve en les affrontant ainsi. Elle se demanda même si Rasa n’avait pas un tantinet perdu l’esprit ; par exemple, pourquoi les avait-elle fait venir, Sevet et elle, bien en vue, à portée de ces soldats ? Pourquoi ne les avait-elle pas laissées en haut, bien cachées ? Ou averties de s’échapper discrètement par les bois ? C’était peut-être ça qu’Hushidh évoquait en parlant des choses bizarres que Mère aurait faites sous le coup de la peur.
Pourtant, Mère ne semblait pas effrayée.
« Il vaudrait peut-être mieux qu’on s’en aille, maintenant, chuchota Kokor à Hushidh.
— Surtout pas. Vous ne devez pas bouger.
— Et pourquoi ça ?
— Parce que si vous essayez, vous alerterez Rashgallivak, ce qui le poussera sans doute à agir. Il ordonnera aux soldats de vous retenir et tout sera perdu.
— C’est ce qu’il finira par faire, de toute façon.
— Oui, mais est-ce qu’il attendra assez longtemps ?
— Assez longtemps pour quoi ?
— Réfléchis », répondit Hushidh.
Kokor réfléchit. En quoi un simple retard leur serait-il utile ? Ah oui, si quelqu’un arrivait à la rescousse ! Mais qui pourrait bien se dresser contre les soldats des Palwashantu ? « Les gardes municipaux ! » s’écria Kokor, ravie d’avoir trouvé.
Était-ce sa faute si ses paroles tombèrent juste dans un silence au milieu de la discussion entre Mère et Rash ?
« Comment ? s’exclama Rashgallivak. Qu’avez-vous dit ? » Il pivota et regarda par la porte d’entrée. « Non, il n’y a personne. » Puis il se tourna vers Rasa. « Mais ils vont arriver, n’est-ce pas ? Voilà donc ce que vous espériez : me retarder jusqu’à l’arrivée des gardes. Eh bien, il n’y aura plus de retard. Emparez-vous d’elles ! »
Les soldats s’avancèrent aussitôt vers les femmes à l’entrée du vestibule et Kokor se mit à hurler.
« Sauvez-vous, jeunes sottes ! » cria Mère.
Mais Kokor ne put obéir : un des hommes la tenait déjà par le bras et deux autres avaient saisi Sevet. Et cette bâtarde d’Hushidh qui ne levait pas le petit doigt pour les aider !
« Fais quelque chose, petite garce ! piailla Kokor. Ne les laisse pas faire ! »
Tandis que les soldats entraînaient Kokor vers la porte.
Hushidh la regarda un instant droit dans les yeux. Puis elle parut prendre une décision.
« Arrête, Rashgallivak ! cria-t-elle. Arrête immédiatement ! »
Mais Rash se contenta de s’esclaffer et son rire glaça Kokor jusqu’aux os : c’était le rire d’un homme qui se sait vainqueur. Ce triste sire, intendant de la maison de Wetchik quelques jours plus tôt, jouissait maintenant du pouvoir que lui donnaient ses soldats.
« Ordonne-leur d’arrêter ! vociféra Hushidh. Ou je te jure que plus jamais tu ne pourras leur donner un seul ordre !
— Non, Hushidh ! » s’exclama Mère.
Mais de quoi diable Mère croyait-elle Hushidh capable à présent ? Kokor voyait Sevet aux mains des soldats, avec leurs visages inexpressifs, terrifiants, inhumains. Sa sœur dans l’étau de leur poigne, quelle injustice ! Quelle injustice aussi que ces mains retiennent Kokor et l’entraînent ! « Vas-y, Hushidh, cria-t-elle. Je ne sais pas ce dont Mère te croit capable, mais vas-y ! »
Pour tout le monde, sauf pour Hushidh, la situation était simple : Rash et deux de ses hommes empêchaient quiconque d’intervenir, tandis que les quatre autres soldats faisaient franchir de force à Kokor et Sevet la vaste porte d’entrée de la maison de Rasa. Tante Rasa elle-même s’égosillait sans résultat – « C’est vous qui faites du mal à Sevet ! On vous expulsera de la cité ! Voleur d’enfants ! » – et toutes les femmes et filles de la maison se rassemblaient dans le couloir devant le spectacle.
Pour Hushidh la Déchiffreuse, cependant, le tableau était fort différent. Car elle ne voyait pas seulement les gens, mais aussi les fils qui les reliaient. À ses yeux, les femmes et les enfants terrifiés n’étaient pas des individus ni même des entités séparées ; non, tous étaient étroitement rattachés à Rasa, si bien qu’au lieu d’être seule et impuissante, comme d’autres pouvaient la voir, elle puisait la force de ses paroles dans des dizaines d’autres femmes, leur peur alimentait sa peur, leur colère sa colère, et quand elle se dressait dans la majesté de son courroux, elle était bien plus grande qu’une simple femme. Hushidh distinguait même les fils puissants qui raccordaient Rasa au reste de la cité, solides filaments cordés semblables à des artères et des veines qui transportaient partout le sang qu’était l’identité de Rasa. Quand elle criait au visage de Rashgallivak, c’était la fureur de toute la cité des femmes qui tonnait dans sa voix.