Le général [The Call of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #2
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-33015-9
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
Le sentiment de plénitude que connaissait Hushidh disparut soudain. Rasa avait raison. Hushidh avait beau voir l’instant présent avec netteté, elle n’avait pas envisagé toutes les conséquences de son acte. La soif de l’honneur ne contraindrait plus ces hommes, car il ne serait plus honorable à leurs yeux de servir Rashgallivak. Que se passerait-il alors ? Ils seraient lâchés sur la cité, ces soldats qui rêvaient de prouver leur force et leur pouvoir, et nulle autorité ne pourrait les canaliser vers un but utile. Hushidh se rappela les holos qu’elle avait vus sur des singes qui paradaient, secouaient les branches des arbres, s’attaquaient mutuellement, frappaient les faibles et tous ceux qui passaient à leur portée. Des hommes pris de folie furieuse se révéleraient beaucoup plus dangereux encore.
« Faites rentrer mes filles, dit Rasa aux femmes assemblées. Ensuite, que tout le monde s’occupe de mettre les volets et les barres aux fenêtres. Barricadez la maison comme si une tempête se préparait. Car c’est le cas. »
Et Rasa, passant entre ses filles, sortit sous l’auvent.
« Mais où allez-vous, maman ? gémit Kokor. Ne nous laissez pas toutes seules !
— Il faut que je prévienne les femmes de la cité. Le monstre est en liberté dans les rues, ce soir. La garde sera impuissante à le maîtriser. Elles doivent mettre à l’abri ce qui peut l’être, puis se cacher des feux qui brûleront cette nuit dans les ténèbres. »
Les troupes de Mouj étaient épuisées, mais quand en fin d’après-midi elles parvinrent en haut d’une passe et virent de la fumée au loin, elles retrouvèrent une énergie nouvelle. Les hommes savaient aussi bien que Mouj qu’une cité en feu est une cité incapable de se défendre. Par ailleurs, ils avaient conscience d’avoir accompli un exploit en couvrant une telle distance à pied. Et même s’ils n’étaient qu’un millier, ils avaient remporté une victoire et leur gloire vivrait à jamais, sinon individuellement pour chacun, du moins sous le nom des Mille de Mouj. Ils entendaient déjà leurs petits-enfants leur demander : « C’est vrai que vous êtes allés à pied de Khlam à Basilica en deux jours et que vous avez pris la cité le soir même sans un instant de répit et sans qu’un seul d’entre vous se fasse tuer ? »
Naturellement, cette dernière partie du récit n’était pas encore réalité. Qui savait dans quel état se trouvait Basilica à l’intérieur de ses murs ? Que se passerait-il si les soldats de Gaballufix, ayant déjà consolidé leurs positions dans la cité, étaient maintenant prêts à la défendre ? Les Gorayni savaient parfaitement qu’il leur restait à peine de quoi faire un seul repas ; s’ils ne s’emparaient pas de la cité le soir même à la faveur de l’obscurité, ils seraient obligés de jeûner au matin et de prendre la ville en plein jour – ou bien de fuir ignominieusement vers les cités de la Plaine, où leurs ennemis constateraient leur petit nombre et les tailleraient en pièces bien avant qu’ils n’aient le temps de remonter vers le nord. Aussi la victoire, tout à fait possible par ailleurs, était-elle surtout indispensable et urgente.
Alors, pourquoi tant de confiance chez eux, quand le désespoir eût été bien plus compréhensible ? Parce qu’ils étaient les Mille de Mouj et que Mouj n’avait jamais perdu une bataille. Dans toute leur histoire, les Gorayni n’avaient pas connu de meilleur général, il prenait soin de ses hommes ; il vainquait ses ennemis non en sacrifiant ses soldats dans de sanglants assauts, mais par des manœuvres et des coups habiles, en isolant l’adversaire, en coupant son ravitaillement, en divisant ses forces, tant et si bien que les généraux d’en face, désorientés, se mettaient à prendre des risques stupides rien que pour en finir une bonne fois avec la guerre et faire cesser cet interminable ballet qui les terrifiait. Ses soldats nommaient ces marches rapides « la danse de Mouj » ; ils savaient qu’en leur usant les pieds, Mouj sauvait leur sycitsas. Ah oui, ils l’aimaient ! Il faisait d’eux des vainqueurs sans en renvoyer trop dans leurs foyers sous forme de cendres dans un petit sac.
On murmurait même dans les rangs que Mouj le bien-aimé était la véritable incarnation de Dieu et, bien que personne n’osât le dire tout haut – en tout cas pas à portée de voix d’un intercesseur –, dans cette marche où nul ne représentait l’Impérator, les murmures se firent de plus en plus fréquents. Le gros cul qui régnait à Gollod pouvait-il se prétendre l’incarnation de Dieu dans un monde où vivait un homme, un vrai, Vozmujalnoy Vozmojno ?
Arrivés à un kilomètre de Basilica, ils commencèrent d’entendre les bruits qui venaient de la cité, des cris surtout, portés par le vent qui soufflait de la fumée vers eux. L’ordre passa dans les rangs : « Que chaque homme coupe des branches d’arbre, au moins une dizaine. Elles serviront à allumer assez de feux de joie bien visibles pour faire croire à l’ennemi que nous sommes cent mille ! » Ils dénudèrent donc les arbres du bord de la route, puis suivirent Mouj sur une piste en lacets qui descendait des montagnes jusque dans le désert. La lune faisait un guide perfide, surtout pour ces soldats chargés de branches, mais malgré bien des chutes, rares furent les blessures ; enfin, ils se déployèrent dans le désert en ménageant de larges espaces vides entre leurs groupes. Une fois en place, ils firent des tas de leurs branches et au signal de la trompette – qui l’entendrait depuis la cité ? – ils y mirent le feu. Laissant alors un homme auprès de chaque foyer pour l’alimenter, l’armée se rassembla derrière Mouj et se mit en marche, cette fois par quatre colonnes de front, comme s’il s’agissait de l’intrépide avant-garde d’un ost immense, sur une large route plate qui menait à une porte dans la haute muraille de la cité.
Avant même d’atteindre les murs, les soldats se trouvèrent au milieu d’une véritable ville. Des hommes couraient en criant, beaucoup ayant bu plus que leur content de vin ; mais quand ils virent l’armée de Mouj défiler dans leurs rues, ils se turent et reculèrent dans l’ombre. Si l’assurance manquait à certains Gorayni jusque-là, ils l’acquirent à cet instant, car il était évident que les hommes de Basilica n’étaient pas des combattants. Leur peu de bravoure ne leur venait que de la boisson.
À l’approche de la porte, les soldats entendirent des bruits de métal entrechoqué qui suggéraient une bataille rangée, et au sommet d’une côte, ils tombèrent sur un combat qui opposait des hommes vêtus comme l’assassin que Mouj avait tué et d’autres tous horriblement identiques – non seulement par la tenue, mais aussi de visage !
On fit passer le mot dans les colonnes : « Les hommes en uniforme de la garde basilicaine seront sans doute nos alliés ; nos vrais ennemis sont ceux qui portent des masques. Mais on ne tue personne avant que Mouj n’en donne l’ordre. »
Ils parvinrent sur une place ronde devant la porte ; là, ils se séparèrent en quatre rangées, deux à gauche et deux à droite, jusqu’à former un demi-cercle autour de l’ouverture. Au centre se tenait Mouj lui-même.
« Gorayni, dégainez vos armes ! » hurla-t-il à pleins poumons ; il souhaitait manifestement se faire entendre des hommes qui se battaient à la porte plus que de son armée, à laquelle normalement l’ordre aurait été transmis à voix basse.
Le combat perdit de son intensité. Les hommes en uniforme de la garde basilicaine – bien peu nombreux d’ailleurs pour une si farouche résistance – virent les troupes gorayni et perdirent tout espoir. Ils s’adossèrent à l’enceinte, ne sachant quel ennemi affronter, mais avec au moins une certitude : ils ne vivraient pas une heure de plus.
Au milieu de la porte, sans plus d’adversaires à combattre, les soldats aux visages identiques restèrent immobiles, visiblement indécis.