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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Le sultan répond à la défaite de sa flotte en dénonçant les accords d’Akerman, en fermant les Détroits aux navires russes et en appelant à la « guerre sainte » contre les infidèles.

Nicolas Ier rejette les ultimes tentatives faites par l’Autriche de jouer les médiatrices dans le conflit russo-turque. L’empereur déclare au comte Zicci, dépêché d’urgence à Pétersbourg par Metternich : « Je ne veux pas un pouce de la Turquie, mais je ne permettrai pas non plus à quiconque d’en retirer un pouce. » Dans les années suivantes, Nicolas Ier répétera maintes fois cette phrase, pour expliquer sa politique. Un peu plus d’un siècle plus tard, les paroles de l’empereur seront reprises – sans que soit mentionné son nom – à Moscou, devenant la doctrine officielle de la politique étrangère soviétique.

En décembre 1827, l’Empire ottoman déclare la guerre à la Russie et, en avril 1828, paraît le manifeste impérial engageant les hostilités. Le 8 avril, Alexandre Nikitenko note dans son journal : « Ainsi, l’heure fatale a sonné pour la Turquie. Interrogez quiconque à Pétersbourg, du journalier au premier personnage de l’État, sur ce qu’on pense de la guerre imminente. “Eh bien, vous dira-t-on, la Turquie est perdue ! ” Tant les Russes sont, aujourd’hui, assurés de leur puissance3. »

En dépit du traité d’alliance signé avec l’Angleterre, les Russes voient dans ce dernier pays un soutien à la Turquie, donc un adversaire pour eux-mêmes. Le 26 avril, Alexandre Nikitenko écrit : « Si la guerre éclate, ce sera dans le but de renforcer la puissance de la Russie et d’auréoler de gloire le règne de Nicolas… Il y aura combat, un combat sanglant, pour la première place au rang des royaumes de l’univers, un combat entre la nouvelle Rome et la nouvelle Carthage, autrement dit entre la Russie et l’Angleterre. De quel côté la balance du destin penchera-t-elle ? L’Angleterre est puissante, la Russie est puissante et jeune4. »

Les troupes russes pénètrent dans les principautés du Danube ; simultanément, des opérations militaires sont menées dans le Caucase. En 1828, commandée par Paskievitch, l’armée du Caucase vient rapidement à bout de son adversaire turc et s’empare des forteresses – dont Erzeroum – constituant le point d’appui de l’autorité du sultan en Transcaucasie. Au cours de l’été 1829, le comte d’Érivan – titre conféré à Paskievitch pour sa victoire sur les Turcs – achève de défaire l’armée turque. Les opérations militaires effectuées dans les Balkans sont moins brillantes pour l’armée russe, placée sous le commandement de Wittgenstein qui, dans son état-major, compte l’empereur. Les Turcs résistent avec acharnement.

En 1829, pourtant, l’armée russe, commandée cette fois par le comte Dibitch, obtient des renforts et pénètre à nouveau en Bulgarie dont elle a été chassée l’année précédente ; elle bat les Turcs à Kulewcza, occupe Silistra. D’un bond, elle franchit les Balkans et, le 20 août, arrive devant Andrinople. Elle n’est plus qu’à quelques étapes de Constantinople. Mais le corps d’armée russe, très isolé du gros des troupes, se trouve dans une situation très dangereuse. C’est alors que le sultan, sa Cour ainsi que les ambassadeurs de France et d’Angleterre, qui, peu auparavant, appelaient Constantinople à résister, prennent peur.

Le 14 septembre voit la signature du traité d’Andrinople. La Russie acquiert les îles du delta danubien (avec interdiction d’y construire des fortifications) ; dans le Caucase occidental, les forteresses d’Akhalcik et d’Akhalkalaki sont rattachées à l’empire, de même que le littoral caucasien de la mer Noire, avec les villes d’Anapa et de Poti. Une fois encore, la Turquie confirme et garantit les droits à l’autonomie de la Moldavie, de la Valachie et de la Serbie. Les sujets du tsar russe peuvent commercer librement en mer Noire et dans tout l’Empire ottoman.

Auteur d’un ouvrage intitulé La Politique extérieure de l’empereur Nicolas Ier, S. Tatichtchev reproche aux diplomates russes qui ont œuvré à l’élaboration du traité d’Andrinople, de « n’avoir pas fait la moindre tentative pour relier les intérêts moraux et matériels des peuples chrétiens de la Péninsule balkanique aux nôtres, pour développer et renforcer ces points de rapprochement que constituent l’unité de la foi, la parenté partielle de nos peuples, enfin, les traditions historiques ». S. Tatichtchev publie son étude à la fin des années 1880, alors que les idées slavophiles exercent une influence sur la politique étrangère russe. Nicolas Ier, nous l’avons dit, redoute les slavophiles et bâtit sa politique extérieure sur un principe laconiquement formulé par le comte Nesselrode, vice-chancelier à compter de 1828, chancelier à partir de 1845 et à la tête de la diplomatie russe pendant quarante ans : « Soutenir le pouvoir partout où il est, le renforcer là où il faiblit et le défendre là où on l’attaque ouvertement. »

La prise d’Andrinople confronte les responsables politiques et militaires russes à cette question : et après ? La perspective de pousser jusqu’à Tsargrad, afin de restaurer la croix de Sainte-Sophie, est très tentante. Général en poste au grand quartier général, A. Mikhaïlovski écrit dans son journal : « Toutes les pensées étaient fixées sur cette question : fallait-il, ou non, prendre Constantinople ? Sa conquête ne présentait pas de difficulté majeure, l’avant-garde de la colonne de gauche… se trouvait à très faible distance des aqueducs qui fournissaient Constantinople en eau… » Et le général de conclure : « Sous le rapport politique, le problème était plus complexe5. »

Les puissances européennes ne font pas mystère de leur opposition et s’affirment prêtes à envoyer une flotte multinationale pour défendre la capitale de l’Empire ottoman ; l’effondrement de l’Empire aurait, en effet, des conséquences imprévisibles. Nicolas Ier prend alors sa décision : l’anéantissement de la Sublime Porte contredirait les intérêts bien compris de la Russie, le maintien de l’Empire ottoman en Europe présente plus d’aspects positifs que négatifs. Une déclaration qui est aussi une réponse sans ambiguïté aux slavophiles.

Le souci de la « question d’Orient » passe brusquement au second plan en novembre 1830, en raison du soulèvement polonais. Les élèves de l’école militaire et les jeunes officiers se mutinent, soutenus par les artisans de Varsovie, mécontents de l’augmentation du prix du pain et de celle – survenue juste avant la révolte – de la bière et de la vodka. Les émeutiers s’emparent de l’arsenal. La lenteur du vice-roi Constantin Pavlovitch permet à la conspiration, mal préparée, de se transformer en véritable révolte dans la capitale, puis dans l’ensemble du royaume de Pologne. De complot en soulèvement, la situation dégénère en guerre. Nicolas Ier ne veut pas perdre de temps ; la révolte polonaise lui apparaît comme une partie du mouvement révolutionnaire initié en Europe par la révolution parisienne de Juillet.

Commandée par le vainqueur des Turcs, Dibitch, devenu feld-maréchal et comte Dibitch-Zabalkanski, l’armée russe gagne la Pologne. En quelques batailles, le feld-maréchal subit de lourdes pertes et ne parvient pas à remporter la victoire. La mort de Dibitch, victime du choléra en 1831, permet à l’empereur d’envoyer sur le front polonais un autre vainqueur des Turcs, le feld-maréchal Paskievitch. En août, le commandant en chef des troupes russes peut adresser à Pétersbourg la nouvelle de la victoire : « Sire, Varsovie est à vos pieds. » À quoi Nicolas Ier répond : « À dater de ce jour, tu es Prince Sérénissime de Varsovie. »

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