Histoire de la Russie et de son empire
- Автор: Геллер Михаил Яковлевич
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Perrin
- Жанр: История
Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
Dans les deux campagnes entreprises – 1826 et 1827 – l’armée perse est défaite. Le 13 février 1828, un traité de paix est signé à Tourkmantchaï (près de Tabriz), aux termes duquel la Perse cède à la Russie les khanats de Nakhitchevan et d’Érivan, et s’engage à verser vingt millions de roubles-or de contributions de guerre. Alexandre Griboïedov prend une part active aux pourparlers de paix. Dramaturge de renom et diplomate expérimenté, Griboïedov élabore un projet de mise en valeur économique des territoires conquis. Il propose de fonder une compagnie de négoce sur le modèle de celle des Indes orientales ou de la Compagnie russo-américaine, d’installer des comptoirs à Enzely et à Astrabad, d’ouvrir des consulats dans les principaux centres commerciaux de Perse. Mais, ainsi que le dira par la suite l’historien marxiste Mikhaïl Pokrovski : « La Transcaucasie fut conquise par une Russie encore noble, et non bourgeoise. »
Vainqueur des Perses, le général Paskievitch, qui succède à Iermolov, suggère de démembrer le pays, de rattacher une partie de son territoire à la Russie et de former, dans la partie restante, des khanats entièrement ou semi-vassalisés. Gardien de l’ordre et de la légitimité, Nicolas Ier refuse l’idée de renverser le shah. Alexandre Griboïedov est nommé ministre plénipotentiaire à Téhéran. Mais, le 11 février 1829, peu après son arrivée dans la capitale persane, il est sauvagement assassiné par une foule de fanatiques qui prennent d’assaut l’ambassade de Russie. Le traité de Tourkmantchaï est ratifié. Il clôt l’ultime affrontement entre Perses et Russes. Des terres peuplées d’Arméniens entrent dans la composition de l’empire.
Les hostilités sont à peine terminées avec la Perse, que commence une guerre russo-turque. Le 7 mai 1828, la première armée russe, dans l’état-major de laquelle se trouve l’empereur Nicolas, franchit le Prouth, tandis que l’armée du Caucase lance des opérations militaires en Asie. La guerre contre l’Empire ottoman est l’aboutissement de deux siècles d’action diplomatique autour de la « question d’Orient ».
Deux mois après son avènement au trône, Nicolas Ier lance un ultimatum au sultan. L’empereur exige le retour aux conditions politiques, militaires et civiles en vigueur dans les principautés de Moldavie et de Valachie, avant 1821. Il réclame également les institutions promises à la Serbie lors de la paix de Bucarest. Nicolas propose au gouvernement turc d’envoyer à la frontière russe une délégation pour des pourparlers ; le sultan a six semaines pour accepter les conditions posées.
L’ultimatum ne souffle pas mot de la Grèce. Poursuivant la politique d’Alexandre Ier, Nicolas tient les Grecs pour des « rebelles », soulevés contre leur souverain légitime. Il n’en demeure pas moins évident pour tout un chacun que l’ultimatum russe menace la Turquie de l’ouverture d’un nouveau front qui affaiblirait sa position en Grèce.
Durant les premières années du règne de Nicolas Ier, la diplomatie russe démêle avec une extrême habileté le nœud complexe de la « question d’Orient », au sein duquel la Grèce occupe une place de premier plan. Soucieuse de ses intérêts en Méditerranée, l’Angleterre souhaite un règlement du « problème grec ». L’Autriche, dont la politique est définie par Metternich, s’oppose à l’octroi d’une large autonomie à la Grèce ; elle craint en effet une explosion dans les Balkans. L’opinion publique européenne, particulièrement française et anglaise mais également russe, soutient avec enthousiasme les Hellènes soulevés pour leur liberté. Lord Byron se porte volontaire pour combattre avec eux ; il mourra à Missolonghi. La position de la Russie est encore compliquée par l’attitude de sa principale alliée, l’Autriche.
En février 1826, le Premier ministre anglais Canning envoie à Pétersbourg le duc de Wellington, pour féliciter le nouvel empereur russe de son avènement et, par la même occasion, évoquer les affaires orientales. L’Angleterre propose ses bons offices, en qualité de médiatrice entre la Russie et la Turquie. Elle demande également de pouvoir exercer sa médiation entre les Grecs et la Sublime Porte. Nicolas Ier rejette catégoriquement la première proposition – la querelle russo-turque ne regarde que lui –, mais il accepte la seconde.
Le 4 avril, un accord anglo-russe est conclu à Pétersbourg. Il s’agit du premier acte diplomatique européen concernant la libération de la Grèce. Pétersbourg accepte la médiation de Londres entre la Porte et les Grecs, et promet son concours. La Grèce obtiendra son autonomie, se contentant de verser un tribut à la Turquie. L’Angleterre a ce qu’elle voulait, mais il est stipulé que l’accord restera en vigueur, quelles que soient les relations entre la Russie et la Porte. En d’autres termes, en cas de guerre russo-turque, l’Angleterre demeure liée à la Russie.
En février 1826, le duc de Wellignton mène ses pourparlers avec Nicolas Ier. Au mois de mars, Pétersbourg adresse son ultimatum au sultan. En avril, l’accord russo-anglais est signé. En mai, Istanbul accepte l’ultimatum et envoie ses représentants pour parlementer. L’accord du 4 avril est conclu dans le plus grand secret ; il ne parviendra à la connaissance de l’Europe qu’au bout de quelques mois. Mais, auparavant déjà, l’empereur a ébruité l’affaire, ce qui ne pouvait qu’influencer les Turcs.
Une fois l’ultimatum accepté, le sultan promulgue un décret visant à transformer le corps des janissaires, qui constitue le noyau des forces ottomanes, en armée de type européen. Les janissaires répliquent par le soulèvement de Constantinople : en vingt-quatre heures, tout est saccagé. Le sultan, qui disposait jusqu’alors de troupes indisciplinées et peu opérationnelles, se retrouve tout simplement sans armée. Il n’a d’ailleurs pas plus de soutien diplomatique.
Les pourparlers avec la Turquie s’ouvrent le 1er août et s’achèvent le 7 octobre, par la signature de la Convention d’Akerman qui satisfait aux moindres exigences russes. La Russie conserve en Asie tout le territoire qu’elle occupe au moment de l’accord ; les Russes ont pleine liberté de négoce dans les mers et les ports ottomans, à part égale avec les Turcs. Les privilèges de la Moldavie et de la Valachie sont confirmés ; la Serbie doit, dix-huit mois plus tard, être dotée de cette Constitution qu’on lui promet depuis longtemps.
L’Autriche et la Prusse se déclarent opposées aux médiations entre souverains légitimes et rebelles. Poussée par une opinion pro-hellène, la France se rallie à l’accord et suggère de le transformer en traité d’alliance. En juillet 1827, un pacte est signé à Londres entre la Russie, l’Angleterre et la France, en vue de pacifier l’Orient. « Mus par le désir d’éviter que coule le sang et de prévenir une catastrophe… », lit-on dans le texte, les trois souverains proposent au sultan leur médiation collective. Soutenu par Metternich, le sultan atermoie. Le 20 octobre, dans la baie de Navarin (littoral sud-est de la Grèce), la flotte turco-égyptienne est anéantie par les escadres alliées de la Russie, de l’Angleterre et de la France.
Cette victoire maritime transporte la Russie d’enthousiasme. Tchitchikov, héros des Ames mortes de Gogol, témoigne de la popularité de cette bataille : il porte un costume couleur « flamme et fumée de Navarin ». L’Angleterre, en revanche, apprend avec inquiétude l’anéantissement de la flotte ottomane. Le roi George IV qualifie publiquement la bataille de « funeste événement ». L’Angleterre est furieuse de la part prise par la Russie dans la bataille, de l’affaiblissement – superflu à son gré – de la Turquie, de la possibilité de voir s’instaurer une Grèce, non pas autonome, mais bel et bien indépendante.