Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » История » Histoire de la Russie et de son empire
Histoire de la Russie et de son empire - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
1 ... 267 268 269 270 271 272 273 274 275 ... 376
Перейти на страницу:

Que la Russie soit « élue » – et pourquoi – ne fait aucun doute pour les héros des Nuits russes : « Nous sommes neufs et frais ; nous sommes innocents des crimes de la vieille Europe20. » L’Occident doit céder sa place, car sa littérature, l’un des « thermomètres » de « l’état spirituel de la société », montre « le malaise insurmontable » qui s’en est emparé, « l’absence de toute conviction commune, l’espoir sans espérance, la négation sans affirmation21 ».

En pleine décrépitude, l’Occident emploie de vieilles structures politiques, économiques et sociales, qui ne conviennent pas pour le monde nouveau. Les Nuits russes proposent une virulente critique du système parlementaire : « Où courent tous ces gens ? – Élire leurs législateurs. – Mais qui vont-ils choisir ? – Calmez-vous, tout le monde le sait : celui pour lequel le plus d’argent a été dépensé22. » Le « monde des manufactures », autrement dit le système capitaliste, n’est pas mieux traité. Faust reconnaît que l’industrie occidentale produit quantité de marchandises, mais au prix d’une exploitation sans pitié (« Fort heureusement, précise Odoïevski en note, ce mot, dans ce sens, n’existe pas encore en russe ; on peut le traduire de la manière suivante : profit aux dépens du prochain23 ») et en recourant au travail des enfants, les acculant au crime. Il est à noter que, pour critiquer le capitalisme, Faust se réfère aux rapports des commissions d’enquête parlementaires de Grande-Bretagne, utilisés par Friedrich Engels dans son ouvrage La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, paru en 1845, soit un an après Les Nuits russes.

À la fin des années 1830, on assiste à la naissance du mouvement intellectuel des « occidentalistes ». Hegel devient leur Christophe Colomb spirituel. Il acquiert une telle popularité dans les années 1840 que les Russes ne l’appellent pas autrement qu’Egor Fiodorovitch, traduisant le prénom allemand du philosophe : Georg Friedrich. Dans le cercle philosophico-littéraire de Nikolaï Stankievitch (1813-1840), se rencontrent slavophiles (C. Aksakov) et jeunes « occidentalistes » (Vissarion Bielinski, 1811-1848, futur critique littéraire de renom, ou Mikhaïl Bakounine, 1814-1876, le « père » de l’intelligentsia russe). Bientôt, l’occidentalisme, principalement sous l’influence d’Alexandre Herzen, se constitue en mouvement particulier, prenant peu à peu un caractère de plus en plus révolutionnaire. Sur ce terrain va se développer l’intelligentsia russe, qui partira s’instruire en France auprès de Saint-Simon, Lamennais, Auguste Comte, Proudhon, avant de découvrir la théorie idéalement « achevée » de Marx, qui explique tout.

Par-dessus toutes les disputes qui prennent un caractère de plus en plus aigu, se trouve la conviction – commune aux partisans d’une autocratie patriarcale protectrice et aux rares tenants des idées libérales, révolutionnaires qui ne cessent de se radicaliser – du caractère particulier, exceptionnel de la Russie, de sa mission unique. La Russie sauvera le monde de la révolution, clament les uns. La Russie apportera la révolution au monde, répliquent les autres.

Un slavophile orthodoxe peut déclarer : « Le peuple russe, tel le vieil Israël, a reçu la Parole de Dieu. Il est porteur et garant du vrai christianisme. Il détient la véritable connaissance de Dieu, sa foi est authentique, il possède la vérité elle-même, le vrai christianisme, la véritable liberté, le véritable amour : il a l’orthodoxie. »

Occidentaliste, révolutionnaire qui incitera la génération suivante à l’action terroriste, Alexandre Herzen critique la première Lettre philosophique de Tchaadaïev et explique : tous les faits parlent en faveur de Tchaadaïev, mais c’est moi, Herzen, qui ai raison, car je « crois », et lui « non ».

Les vers stupéfiants de Fiodor Tiouttchev :

On ne comprend pas la Russie par la raison.

Elle ne se mesure pas à l’aune commune,

Elle a une tournure à part,

En elle on ne peut que croire,

n’étonnent que les étrangers. Le lecteur russe semble, lui, comprendre parfaitement, après la publication du poème en 1866, comme il le comprend également à la fin des années 1990. Les vers de Tiouttchev deviennent l’explication la plus populaire de la situation en Russie au terme du deuxième millénaire.

La foi repose sur des fondements solides : jeunesse du peuple, foi authentique, collectivisme inhérent aux Russes et qui les distingue de l’Occident individualiste.

Les années 1840 sont marquées par la découverte d’un nouvel et capital objet de foi, argument des plus convaincants pour démontrer le caractère exceptionnel de la Russie. Il s’agit de la commune paysanne (obchtchina) que l’on nomme aussi le mir. Il semble que la seule réforme effectuée par le Gouvernement provisoire après la révolution de Février et conservée jusqu’à ce jour, soit celle de l’orthographe : l’alphabet est allégé de plusieurs lettres qui paraissent superflues. Le mot mir, doté de deux sens en russe, ne s’écrit donc plus que d’une seule façon. Avant la réforme, le mir, écrit avec le i cyrillique, signifiait la paix, l’absence de guerre, tandis qu’avec un « i à point », il désignait le monde, l’univers, le globe terrestre. Le mir paysan, l’obchtchina, s’écrivait avec un « i à point », à l’instar du mot désignant l’univers. L’obchtchina est, pour les paysans, leur monde, leur planète.

L’existence de la commune paysanne n’est un secret pour personne, ni pour les paysans qui vivent en son sein, ni pour les propriétaires nobles qui vivent à son compte. Les slavophiles, toutefois, découvrent l’obchtchina en tant que cellule de la vie sociale, dans laquelle le bien de tous l’emporte sur les intérêts de chacun. La véritable découverte s’effectue après le voyage à travers la Russie d’un savant allemand, spécialiste des questions agraires, August Haxthausen. Il arrive dans le pays trois ans après Custine, mais est accueilli avec une extraordinaire bienveillance. Nicolas Ier lui accorde mille cinq cents roubles de « rente » et six mille de plus pour la publication d’un livre. Le gouverneur du territoire que Haxthausen s’apprête à étudier, reçoit cette prescription : « Écarter discrètement tout ce qui pourrait fournir à cet étranger le prétexte à des conclusions erronées ou déplacées, lesquelles pourraient advenir par méconnaissance des us populaires de notre patrie24. »

Publié en allemand à l’étranger durant l’année 1847, le livre de Haxthausen, Étude des relations internes de la vie populaire et plus particulièrement des institutions rurales de Russie, confirme scientifiquement l’existence d’un mode de vie à part, russe. L’obchtchina réunit un groupe de paysans, vivant le plus souvent dans le même village ; la terre qu’ils travaillent appartient à la commune, et non à un propriétaire terrien. Les lopins de terre sont régulièrement repartagés, afin que tous puissent en avoir, tour à tour, de bons et de mauvais. Le respect d’une égalité idéale est le grand but de la commune. Il est impossible de quitter l’obchtchina, même en acceptant de payer sa part de capitation. La caution solidaire lie tous les membres de la commune villageoise, qui répondent du non-paiement de l’impôt par l’un d’eux.

1 ... 267 268 269 270 271 272 273 274 275 ... 376
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)