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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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L’hôtesse lui toucha l’épaule par-derrière.

– Il faut entrer chez moi, dit-elle d’un accent qui força l’attention de l’étranger.

– Bonne dame, balbutia-t-il, est-ce que vous me connaissez?

Thérèse répondit:

– Vous êtes le général comte de Champmas.

L’étranger se redressa.

– C’est vrai, dit-il, mais je ne me souviens pas de vous avoir jamais vue.

Un sourire amer essaya de naître sur la lèvre de Mme Soûlas, qui répéta:

– Il faut entrer chez moi; les gens qui se cachent ne sont pas bien ici. Passez, monsieur le comte.

Et comme le général hésitait, elle ajouta:

– J’aime vos deux petites demoiselles.

Le général passa sur le seuil aussitôt.

Dès qu’il fut entré Mme Soûlas ferma la porte et mit le verrou.

– Asseyez-vous, dit-elle. Vous êtes chez une honnête femme.

Le général s’assit.

L’hôtesse dit encore:

– Voulez-vous boire et manger? C’est de bon cœur que je vous l’offre.

– Je n’ai ni faim ni soif, répondit le général.

Alors l’hôtesse demanda:

– Puis-je vous rendre un service?

– Peut-être, murmura M. de Champmas.

Thérèse s’assit et répéta, comme si elle eût parlé sans savoir:

– J’aime vos deux demoiselles: l’aînée, que je connais, et la cadette, que je n’ai jamais vue… On dit que c’est un pauvre ange du bon Dieu!

– Il y a bien longtemps, prononça le comte à voix basse, que je n’ai embrassé mes filles.

– Ah! fit Thérèse qui croisa ses mains sur ses genoux, je n’ai pas tout dit: je connaissais l’autre aussi, la sainte… celle qui est morte.

– Je n’ai jamais eu d’autre enfant… commença le général.

Thérèse l’interrompit et dit avec effort:

– Je parle de Mme la comtesse de Champmas, votre femme.

Elle était très pâle et sa physionomie exprimait une profonde émotion.

– Qu’est-ce que vous veniez demander à ce Gautron? reprit-elle tout à coup.

– J’ai confiance en vous, madame, dit le général. Ceux qui ont préparé mon évasion, en quelque sorte sans mon aveu, m’ont fait savoir que ce Gautron me donnerait les moyens de quitter Paris et la France.

– Voilà tout?

– Voilà tout.

Thérèse réfléchit un instant.

– À cette table où vous appuyez votre coude, dit-elle brusquement, six inspecteurs de police déjeunent et dînent tous les jours.

Le général ne sourcilla pas.

– Oh! reprit-elle en souriant avec tristesse, je sais bien que vous êtes brave; c’est pour vous dire que vous pouvez rester ici longtemps.

Elle se leva et ouvrit son armoire, d’où elle retira un costume complet d’ouvrier aisé, plié avec un soin religieux.

– Je suis veuve, dit-elle, et j’aimais mon mari. Il le fallait bien; il était si bon…, car il y a des hommes qui sont de nobles créatures, monsieur le comte. Mettez cela, je vais tourner le dos pendant que vous vous habillerez.

Elle tendit les vêtements au général, qui la considérait attentivement, désormais, comme si un vague souvenir se fût réveillé en lui.

Elle alla s’asseoir à l’autre bout de la chambre, mais elle ajouta:

– Oui, oui, j’aimais bien mon mari! pauvre cher homme.

– Pourquoi me parlez-vous ainsi, bonne dame? demanda le général qui commençait sa toilette.

– Parce que je pense à défunte votre femme, répondit Thérèse. Mon mari était presque aussi bon que la comtesse de Champmas.

– Ma bien-aimée femme vous avait-elle donc rendu un service?

Thérèse hésita, puis elle répliqua avec une sorte de rudesse:

– Comme vous l’entendez, non… Avez-vous fini?

Le général passait la redingote de gros drap.

– J’ai fini, répondit-il.

Mme Soûlas lui mit une serviette blanche sur les épaules et prit une paire de ciseaux.

– Je vais couper vos cheveux et abattre votre moustache, dit-elle.

– J’allais vous le demander, répliqua le fugitif.

Quelques boucles de beaux cheveux bruns où déjà les fils d’argent abondaient tombèrent sur le carreau.

– Votre main tremble, bonne dame, dit le général.

– C’est ce que je me fais vieille à présent, répondit Thérèse.

Il n’y eut pas d’autres paroles échangées.

Thérèse mit une mante et un bonnet.

– De quel côté voulez-vous aller? demanda-t-elle.

– Route de Normandie, répondit M. de Champmas. Si je peux atteindre Le Havre, je passerai facilement en Angleterre.

– Venez donc. Vous êtes mon mari, et nous allons voir notre enfant malade à Saint-Germain, voilà toute l’histoire.

En disant ces mots sa voix trahissait une étrange émotion.

Ils sortirent. Le général, dans la rue, lui offrit son bras qu’elle prit.

Ils passèrent la rivière et montèrent la rue de la Harpe jusqu’à la hauteur de la Sorbonne.

Là, Mme Soûlas s’arrêta devant une porte cochère qui ressemblait à l’entrée d’une ferme et au-dessus de laquelle une lanterne presque éteinte montrait, en silhouette, une voiture attelée d’un cheval, avec cette légende:

FLAMANT, LOUEUR ET MESSAGER

Elle frappa longtemps en vain.

Au bout d’un gros quart d’heure on vint ouvrir.

– Que diable veut-on à pareille heure? demanda une grosse voix endormie.

– Nous venons de la part de M. Badoît, répliqua Thérèse.

– Diable! M. Badoît?

Puis on ajouta:

– Va bien, M. Badoît?

– Pas mal, merci. Je suis Mme Soûlas, la maîtresse de l’ordinaire de ces messieurs, rue de Jérusalem.

– Ah! ah! maman Soûlas! Bonne soupe! une renommée, quoi! et après?

– Mon mari et moi…

– Tiens, tiens? fit la grosse voix, je la croyais veuve, Mme Soûlas.

– Voici mon mari avec moi, monsieur Flamant, dit Thérèse qui se força de rire.

– Va bien, le mari? Tant mieux! Et après?

– Nous allons aller à Saint-Germain.

– Demain matin, c’est dit. Bonsoir, madame Soûlas, à l’avantage.

– Non, tout de suite. On nous mande par exprès, pour un enfant malade. Combien nous prendrez-vous?

– Cinquante francs et les guides.

Thérèse se récria.

– Soit, cinquante francs et les guides, dit le général qui n’avait pas encore parlé.

– Fameux, papa Soûlas! s’écria M. Flamant. Il ne parle pas souvent, mais il parle d’or! Entrez voir tous deux. Bijou a ses mouches, Coco boite; je vais vous atteler Marion. Ça n’a pas de mine, mais ça allonge comme une folle! Bonne bête, madame Soûlas.

Le général et sa compagne s’assirent dans l’écurie pendant qu’on attelait. En passant, M. Flamant leur mit une fois sa lanterne sous le nez.

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